« Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements. »
Les cendres 2026
Frères et sœurs,
Si j’osais emprunter une expression aux plus jeunes — sans vouloir jouer au jeune — je vous dirais : je vous souhaite un Carême qui déchire ! Oui, un Carême qui déchire… Comme nous y invite le prophète Joël dans la première lecture : « Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements. » Au moment de la mort de Jésus sur la croix, le voile du Temple à Jérusalem, à l’endroit le plus sacré, s’est déchiré. Ce n’est pas un détail. Cela signifie que le cœur même de Dieu est désormais ouvert. Plus rien ne nous sépare de Lui.
Le cœur de Dieu s’est révélé pleinement dans le cœur ouvert de Jésus. Un cœur qui aime sans limite. Si le Christ a laissé son cœur s’ouvrir ainsi, c’est pour que nous n’ayons plus peur de laisser le nôtre s’ouvrir.
« Déchirez vos cœurs » : cela veut dire de nous libérer en Dieu de nos carapaces, nos masques, de nos duretés accumulées. Cela veut dire ouvrir ce sanctuaire intérieur qui est en chacun de nous.
Un lieu où Dieu demeure, où Dieu vient faire sa demeure en nous.
Un lieu où nous sommes aimés sans mesure.
Le Carême est un chemin vers ce lieu, un chemin vers cet amour vrai.
Un amour qui jaillit ensuite vers nos frères et sœurs.
Voilà l’enjeu profond du Carême : laisser l’amour de Dieu nous libérer et nous transformer pour que le monde soit plus fraternel, plus habitable, plus proche du Royaume où chacun, chacune a sa place, est attendu et espéré.
Mais ce chemin dans l’évangile devient concret.
L’Évangile nous donne trois verbes simples :
prier, jeûner, partager.
Prier
Prier, ce n’est pas multiplier les paroles.
C’est se rendre disponible.
Concrètement, cela peut vouloir dire :
prendre chaque jour quelques minutes de silence ;
ouvrir l’Évangile, la bible ;
lire un passage, même court, laisser une parole descendre de la tête au cœur.
Laisser Dieu nous regarder.
Revenir à Lui, comme on va à la source qui nous fait vivre.
Sans prière, le cœur risque de se dessécher peu à peu.
Et pour prier simplement, nous pouvons aussi regarder vers Marie.
Une école de prière pour tous. Elle ne parle pas beaucoup dans l’Évangile.
Mais elle écoute.
Elle accueille. Elle garde et médite les événements en son cœur.
Avec elle, nous pouvons redécouvrir une prière humble et fidèle.
Un « Je vous salue Marie » prié lentement.
Un chapelet médité en laissant passer dans notre cœur les mystères de la vie du Christ.
Marie ne prend pas la place du Christ.
Elle nous conduit à Lui.
Elle nous apprend à ouvrir notre cœur comme elle a ouvert le sien.
Jeûner
Jeûner, ce n’est pas seulement manger un peu moins.
C’est apprendre la liberté pour choisir ce qui est bon, essentiel.
Oui, jeûner de nourriture, pour nous rappeler que nous ne vivons pas seulement de pain.
Mais aussi jeûner des écrans, du bruit, de l’agitation permanente.
Jeûner de paroles blessantes.
Jeûner de jugements rapides, de préjugés.
Le jeûne creuse en nous un espace nouveau.
Et dans cet espace, Dieu peut venir demeurer, parler à notre cœur.
Partager
Partager, ce n’est pas donner seulement ce qui nous reste.
C’est donner un peu de nous-mêmes.
Partager son temps pour offrir sa présence, offrir une écoute pour comprendre, pour dialoguer au cœur même des différences.
L’aumône, c’est aussi une question de cœur.
Un cœur ouvert par l’amour devient un cœur capable de générosité.
Chers frères et sœurs,
Le Carême n’est pas une performance individuelle.
Il est un chemin à vivre ensemble, en Eglise, en peuple en marche, en pèlerins sur cette terre don de Dieu nous dit le pape Léon XIV.
Soyez attentifs aux propositions qui vous seront faites dans vos paroisses pour vous aider à vivre ce Carême, autour de la Parole de Dieu par exemple…
Et je voudrais m’adresser particulièrement aux jeunes.
À vous qui cherchez du sens.
À vous qui cherchez votre place.
À vous qui cherchez une identité qui vous fasse vraiment vivre.
Peut-être que votre lien avec l’Église est fragile.
Peut-être que vous venez voir.
Peut-être que vous hésitez.
Je voudrais simplement vous dire : regardez vers le Christ.
Dans l’Évangile, il est appelé Prince de la Paix.
Nous pourrions dire aussi : Prince de l’Amour.
Pas un amour superficiel.
Pas un amour seulement sentimental.
Mais un amour fort, un amour qui va jusqu’au don de soi, un amour plus fort que la haine et la violence. Cet Amour qui brille et nous attire dès maintenant, vers lequel nous marchons, c’est celui que nous célébrerons à Pâques ! Un amour qui n’écrase pas, qui ne domine pas, mais un amour qui nous rend capable de nous relever en toutes situations, ET AINSI faire de nous des témoins de l’espérance en ce monde tel qu’il est ! qui en a tant besoin !
Son cœur s’est déchiré pour nous, s’est ouvert à l’infini pour nous.
Et de ce cœur ouvert jaillit une vie nouvelle.
Apprenons de Lui à nous engager pour le bien de nos frères et sœurs,
pour le bien de nos communautés chrétiennes, pour le bien de ce monde.
Votre vie peut être tellement belle en regardant le Christ et en le suivant.
Notre vie peut être tellement belle en marchant à sa suite.
Alors oui, chers amis, que ce Carême soit un Carême qui déchire nos cœurs pour les ouvrir, un Carême qui nous fasse prier davantage, jeûner avec liberté, et partager avec générosité.
Un Carême qui nous conduise au cœur ouvert du Christ pour que de ce cœur jaillisse un amour plus fort que tout.
Amen.