Saint Front, fondateur et patron du diocèse

Selon la légende, il s’agit d’un apôtre et du premier évêque de Périgueux, mais l’époque à laquelle il a vécu est difficile à déterminer, et les diverses Vitae qui le concernent sont apocryphes ; sa charge épiscopale apparaît donc hypothétique.

En revanche, sa mémoire est objet de culte dès le début du VII° siècle, comme en témoigne la visite que fait alors à Périgueux saint Géry de Cambrai (v. 560-v. 625), qui vient prier sur le « tombeau du bienheureux confesseur Front » (sepulchrum beati Frontis confessoris devotissime).

Deux siècles après, Raban Maur (780 ?-856) mentionne sa vie et ses mérites dans son martyrologue écrit entre 843 et 854.

Enfin, en 1008, un moine venu annoncer le décès de Senofriedus, abbé de Ripoll en Catalogne, se rend à l’église Saint-Pierre de la Cité « où repose le remarquable confesseur du Christ, Front » (ubi egregius confessor Christi Fronto requiescit).

Ces détails établissent le fait qu’un personnage du nom de Front a réellement existé et que sa renommée dépasse largement le cercle du Périgord. Alors, quand a-t-il vécu ?

Plusieurs éléments concurrents montrent qu’il est fort possible que ce soit au milieu du IIIe siècle, avant le déclenchement des persécutions qui concernent l’ensemble de l’Empire ; à cette période, l’existence de communautés chrétiennes dans l’ensemble du monde antique est un fait acquis. Un homme peut avoir vécu saintement, avoir été inhumé aux alentours de l’actuelle clinique Francheville, et son tombeau être devenu objet de dévotion.

À partir de 276, l’espace urbain se réduit car la Cité est entourée de remparts, et la désaffection d’une grande partie de la ville a pu faciliter la dévotion populaire dans les cimetières.

Front s’est-il particulièrement distingué par sa piété, au point qu’on ait pu ensuite le proposer comme modèle à la communauté chrétienne de Périgueux ? L’exemple de la nécropole vaticane, où l’on construit dès le II° siècle le premier monument, appelé ‘trophée de Gaius’, sur la tombe de Pierre, abonde en ce sens.

Après 313, lorsque le christianisme est autorisé au même titre que toutes les autres religions, peut-être a-t-on construit un oratoire qui s’est ultérieurement complété d’un lieu de culte et d’un baptistère pour placer les nouveaux convertis sous un exemple fameux.

Un autre facteur n’est pas à négliger : le christianisme construit dès 314 une organisation géopolitique et doit se structurer géographiquement et dogmatiquement. Il marque spirituellement sa présence dans le sens de l’exemple donné par les pères de l’Église. Il faut donc que le personnage que l’on cite en référence soit bien antérieur aux persécutions.

C’est pourquoi il semble que les II°-III° siècle constituent la période où a le plus vraisemblablement vécu Front. Étranger aux remous théologiques qui agitent le christianisme au IV° siècle, il s’est par la suite maintenu comme exemple de dévotion. Ceux qui ont ensuite rédigé ses cinq vies se sont chargés de lui donner de l’épaisseur, mais ont brouillé notre perception, et ceci de manière durable.

Son tombeau (ou son cénotaphe) se trouvait auparavant dans l’église Saint-Pierre de la Cité, restée dans la mémoire collective sous le nom de Saint-Pierre-ès-Liens : il s’agit probablement de l’église qui se trouvait à l’est de la Porte de Mars, hors de l’enceinte.

C’est là que, selon W. de Taillefer, a été découvert une tombe dont l’occupant, identifié par un texte, se nomme Léon, qualifié de papa, autrement dit d’évêque.

Il est très vraisemblable que, si un évêque a été inhumé à cet endroit, c’est que la tombe d’autres personnages d’envergure s’y trouvait. Cette église aujourd’hui détruite, et dont le titre est passé à l’église Saint-Étienne à une date indéterminée, paraît donc avoir été de première importance ; à l’appui de cela, on constate que jusqu’à la fin du moyen-âge, les évêques de Périgueux, avant de se rendre à l’église Saint-Étienne, passent par l’église Saint-Pierre-ès-Liens. Il s’agit de la survivance d’une tradition : Saint-Pierre est probablement le premier siège épiscopal de Périgueux, l’endroit où l’on prenait anciennement possession du titre d’évêque.

C’est peut-être par ce biais-là que peut s’expliquer la ‘promotion’ de saint Front au titre d’évêque. Ce n’est qu’après 1008 que ses reliques, transportées sur le Puy-Saint-Front, seront reconnues en 1261 par l’évêque Pierre de Saint-Astier.