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Vœux de Mgr Philippe Mousset pour l’année 2025

Périgueux, salle du Lux, le 17 janvier 2025

« Chers amis,

Merci à vous Mme… M…. […]. Merci aux autorités militaires, civiles et judiciaires, aux sapeurs-pompiers, aux policiers et aux gendarmes, à celles et ceux qui œuvrent pour notre sécurité. Nous vous sommes profondément reconnaissants. Merci aux membres des diverses associations de notre département, et tout particulièrement à celles et ceux qui sont engagés dans le domaine caritatif et de la santé pour aider, soutenir et accompagner les personnes diversement éprouvées et plus encore en cette période de crise que nous vivons. Merci à vous, frères et sœurs des autres confessions chrétiennes, ainsi qu’à vous, frères et sœurs d’autres religions ou spiritualités.

Je suis heureux de vous accueillir pour la traditionnelle cérémonie des vœux. Le début d’une nouvelle année permet de s’arrêter un instant, dans la succession de nos activités quotidiennes, pour vivre un temps de gratuité et de convivialité, et cela s’avère d’autant plus précieux que nous sommes confrontés à de nombreuses inquiétudes quant au présent et à l’avenir, tant pour notre pays que pour le monde.

Au début de cette cérémonie de vœux, je tiens à faire mémoire des évènements tragiques que notre pays a subis, il y a tout juste dix ans, avec la série d’attentats qui nous ont si profondément meurtris. Dans ma conscience d’évêque et de citoyen, il m’est apparu important de rejoindre le rassemblement auquel j’avais été invité en ce début d’année, pour ne pas oublier ce déchaînement de violence qui nous a tous sidérés. En écoutant les prises de paroles à cette occasion, j’en suis venu à me poser ces questions que je vous partage : Comment pouvons-nous tirer ensemble des enseignements de ces évènements tragiques ? Comment nos différences de convictions philosophiques, religieuses ou politiques peuvent-elles faire droit à la recherche et au service d’un bien supérieur, de ce bien commun sans lequel il apparaît difficile de vivre ensemble ? Et, par bien commun, j’entends notamment le respect de la vie dans toutes ses dimensions, le respect de la dignité de tout être humain, ainsi que le respect de la planète qui nous a été confiée comme un don à protéger et à valoriser.

Cette commémoration m’a conduit à relire la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948, qui précise dans l’article 18 que [je cite] : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites. ».

C’est cette liberté de pensée, de conscience et de religion, vécue dans le respect de l’autre, que nous devons promouvoir et protéger contre les radicalismes et les fanatismes de tous ordres ! Et, c’est aussi la défense de cette liberté qui a conduit les chrétiens, avec les membres des différentes communautés religieuses du Périgord, et plus largement de notre pays, à condamner ces actes terroristes et criminels, en redisant avec force que prétendre tuer au nom de Dieu est un contre-sens absolu et une aberration que rien ne peut justifier !

Sans revenir sur tous les grands évènements de l’année 2024, je ne peux pas ne pas évoquer les élections qui l’ont marquée. Ce fut un moment important de la vie de notre société et de notre démocratie. Cela dit, comme beaucoup d’autres, je constate que ces élections ont ouvert une période de profonde instabilité qui contribue à entretenir le sentiment d’une réelle inquiétude et risque aussi d’accroître la perte de confiance dans le politique et les politiques de tous bords. Malgré ce contexte difficile, je veux rendre hommage au travail de nos élus locaux qui, au quotidien, se dépensent, souvent sans compter, pour le bien de tous ! Et, je tiens à exprimer mon estime et celle de l’Église catholique, aux personnes qui s’engagent dans le politique pour servir, selon des approches différentes, le bien commun évoqué il y a un instant. Car, je reste convaincu que cette période de crise peut devenir l’occasion d’un sursaut dans la recherche commune d’un bien supérieur aux seuls intérêts individuels, et permettre ainsi à toute personne et à tout groupe humain d’exprimer le meilleur de ses capacités et de ses potentialités, pour le service du bien de tous, avec une attention particulière aux plus fragiles d’entre nous. Au fond, quelles que soient nos convictions et nos croyances, l’un des objectifs majeurs de nos différents engagements n’est-il pas de contribuer à « rendre la vie plus humaine » ?

Dans cette perspective, je veux mentionner ici la belle rencontre que nous avons vécue à Périgueux en novembre dernier, à l’occasion du 60ème anniversaire de la déclaration du Concile Vatican II, (Nostra aetate), par laquelle l’Eglise catholique a reconnu ce qu’il y a de vrai et de saint dans les religions non chrétiennes, ouvrant ainsi la voie d’un dialogue constructif avec toutes les religions, et notamment avec l’Islam.Et je peux témoigner que les catholiques, avec tous les chrétiens, protestants, orthodoxes, anglicans, ainsi qu’avec les juifs, les musulmans, les bouddhistes, s’emploient aujourd’hui à développer des relations de fraternité, dans un esprit de responsabilité et de dialogue, pour rendre visible cette conviction que, dans le respect de la laïcité, les religions sont au service de la paix, de la justice et de la cohésion sociale et qu’elles cherchent, pour leur part, à contribuer à rendre la vie plus humaine !

Dans cette même perspective, permettez-moi d’évoquer les jeux olympiques et paralympiques qui ont si fortement marqué l’année 2024. Dans le message que le Pape François a envoyé pour cet évènement, il soulignait notamment, je cite, que : « Le sport est un langage universel qui transcende les frontières, les langues, les races, les nationalités et les religions ; il a la capacité d’unir les personnes, de favoriser le dialogue et l’accueil réciproque ; il stimule le dépassement de soi, forme à l’esprit de sacrifice, favorise la loyauté dans les relations interpersonnelles ; il invite à reconnaître ses propres limites et la valeur des autres. Les Jeux Olympiques, s’ils restent vraiment des “jeux”, peuvent donc être un lieu exceptionnel de rencontre entre les peuples, même les plus hostiles ». Il me semble que les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 nous ont permis de vivre cette expérience de fraternité au cœur même de ce qui nous différencie et parfois nous oppose. Me reviennent en mémoire les paroles d’un prêtre français, sportif de haut niveau, qui, dans le cadre de ces Jeux, parlait de l’esprit même de la compétition. Il disait, je cite : « [la compétition développe] l’endurance, la persévérance, la combativité, la foi en soi, la confiance en ses capacités, l’espérance de faire mieux, le sens de l’équipe qui encourage et stimule, l’humilité dans l’échec et l’adversité (et par-dessus tout…) l’amour des adversaires (qui) ne sont pas des ennemis à abattre, mais des concurrents qu’on cherche à dépasser pour mieux se dépasser soi-même ». Comment ne pas souhaiter, chers amis, que cet esprit des Jeux puisse nous porter à mieux vivre ensemble et nous pousser aussi à chercher les moyens de rendre la vie plus humaine dans tous nos engagements !

Comme le souligne le Concile Vatican II qui, je le crois, demeure une boussole sûre pour notre temps, et cela, malgré les adaptations nécessaires, je cite, « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. […] La communauté des chrétiens, [l’Eglise], se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire ». A ce titre-là, je forme des vœux pour que, dans ce monde où les changements engendrent bien des questions et des inquiétudes, nous puissions, dans la diversité de nos convictions et de nos croyances, nous rassembler sur l’essentiel, à savoir le respect de la personne humaine et de sa dignité de la conception à la fin de vie, de ses droits et de ses devoirs, de sa place au sein de notre maison commune, le respect de cette création qu’il nous faut protéger, pour que, demain, d’autres que nous puissent bénéficier de ses dons. Je souhaite aussi que nous ayons à cœur de promouvoir, ensemble, l’attention aux personnes fragilisées, exclues, blessées, à celles et ceux qui sont, pour diverses raisons, rejetés aux périphéries de notre société. Je n’oublie pas ici toutes les victimes des catastrophes naturelles, et plus particulièrement celles du cyclone qui a dévasté Mayotte et je salue l’élan de solidarité destiné à soutenir ceux qui ont tout perdu et qui, pour nombre d’entre eux, étaient déjà en situation de précarité ! Je souhaite que nous ayons tous à cœur de promouvoir la fraternité pour lutter contre toutes les violences, en particulier contre celles faites aux femmes. Je souhaite que nous soyons de ces hommes et de ces femmes qui, par le biais des associations, des mouvements ou personnellement, œuvrent, à la mesure de leurs capacités et dans le respect de leurs différences, à l’édification d’une société plus juste, plus fraternelle et plus humaine, dans nos villes et nos villages, ainsi que dans nos campagnes. Car je crois que ce sont toujours les valeurs humaines et éthiques, honorant la personne humaine dans toutes ses dimensions, y compris dans sa quête spirituelle, qui contribueront à l’émergence et au développement d’une société ouverte aux différences et soucieuse de les promouvoir pour s’en enrichir. Et notre histoire commune nous rappelle que c’est le dialogue authentique qui a toujours permis à la société française de découvrir sa véritable identité, sans jamais oublier ses racines.

Concernant nos racines, je tiens aussi à évoquer notre patrimoine cultuel, autrement dit, ces édifices religieux qui ont façonné le paysage de notre beau Périgord. Nous mesurons tous l’impact de ce patrimoine dans le département sur le plan de la cohésion sociale, de la mémoire locale et du tourisme avec ses retombées économiques non négligeables ! Et je veux remercier ici tous les élus pour les efforts financiers consentis afin d’entretenir ce patrimoine cultuel. Il me semble que les rencontres avec les maires, les services du patrimoine, les acteurs de la sécurité et les affectataires qui sont organisées tous les 3 ou 4 ans par la Commission diocésaine d’Art Sacré, sont, de ce point de vue, précieuses. Elles permettent d’éviter bien des contentieux liés très souvent à l’ignorance ou à la méconnaissance de la loi et de tout ce qu’elle rend possible pour aider à entretenir, valoriser et transmettre ce patrimoine, et cela, toujours dans le respect de la diversité de nos convictions et de nos croyances.

Enfin, pour terminer, qu’il me soit permis d’évoquer l’Année jubilaire que le pape François, selon la tradition, a ouverte le 24 décembre dernier à Rome. Le 29 décembre en la cathédrale St Front, comme dans toutes les cathédrales du monde, une messe a été célébrée pour entrer dans ce jubilé avec des perspectives et des projets pour l’année 2025. Le mot « jubilé » signifie partager la joie, entrer dans la joie ! Il se trouve que le Pape François a voulu que ce Jubilé soit porté par l’Espérance qui est « contenue dans le cœur de chaque personne comme un désir et une attente du bien » et qui n’est, dans ce sens, ni un optimisme de commande, ni une illusion réconfortante ou le vague espoir de « lendemains qui chantent ». Ce jubilé de l’Espérance vient mettre en lumière et stimuler les multiples et belles initiatives qui peuvent contribuer à rendre la vie plus humaine, en invitant tout homme et toute femme à puiser à cette source qu’est le Christ et qui est capable de nous entrainer vers de vrais renouveaux, en nous aidant à ne pas nous laisser submerger par les flots de nos peurs ! Oui, croire en Jésus, mettre notre confiance en lui, c’est toujours nous mettre en route pour chercher, dans l’écoute et la compréhension des autres, à rendre ce monde meilleur !

Est-il besoin ici de redire que l’Église n’est pas en dehors de ce monde ! Qui plus est, elle porte aussi la marque de la faiblesse humaine quand elle affronte des fragilités et de graves scandales ! Voilà pourquoi, dans un temps d’affaiblissement institutionnel et de transformation de nos structures pastorales, l’Eglise catholique est invitée à avancer avec humilité mais d’un pas plus décidé en fidélité à ce qu’elle a de plus précieux, une présence, celle du Christ source de vie. Elle sera perçue d’autant plus comme signe d’espérance qu’elle aura à cœur de vivre ce qu’elle annonce par sa proximité auprès de tous, et en particulier auprès des plus fragiles. Dans cette perspective, et à l’occasion de l’Année jubilaire, une icône de Marie, signe d’espérance, a été proposée pour circuler dans des lieux de fragilité que sont les EPHAD et les centres pénitenciers.

Un des signes de cette espérance fut la réouverture de Notre Dame de Paris. La menace de sa disparition, il y a 5 ans, nous a renvoyés à notre propre fragilité. Et aujourd’hui, grâce aux compétences et au travail acharné de tant d’hommes et de femmes, la réouverture de la cathédrale a pu être vécue comme un signe de relèvement, de victoire de la vie et de résurrection. D’un point de vue symbolique, il faut souhaiter que Notre Dame de Paris puisse aussi réussir à ouvrir largement ses bras aux pauvres, aux marginaux, pour devenir en ce monde un signe authentique d’espérance. C’est là aussi le défi que les chrétiens catholiques, avec tous les hommes et les femmes de bonne volonté, sont appelés à relever tout au long de cette année jubilaire, une année d’espérance.

Je termine donc en vous souhaitant la paix pour vous et pour tous, cette paix à laquelle nous aspirons tous et que nous savons brisée en tant d’endroits de notre planète. Je souhaite aussi que nous puissions devenir des artisans de paix dans l’année qui vient, là où nous vivons. Tel est mon vœu le plus cher. Tel est aussi le cœur de ma prière et de ma pensée pour vous, au début de cette nouvelle année. »

+ Philippe Mousset,
évêque de Périgueux et Sarlat

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