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Vœux de Mgr Philippe Mousset, évêque de Périgueux et Sarlat

Le 26 janvier 2024, Mgr Philippe Mousset présentait ses vœux à la salle du Lux de Périgueux. (Crédit photo : Emma Lassort)

 » Chers amis,

Merci à vous, Madame la Maire de Périgueux, Mesdames et Messieurs les Maires de Boulazac, de Trélissac et du Grand Périgueux, dont je suis un résident. Merci à vous Mesdames et Messieurs les élus du département. Merci aux autorités militaires, civiles et judiciaires, aux sapeurs-pompiers, aux policiers et aux gendarmes, à celles et ceux qui œuvrent pour notre sécurité. Merci aux membres des diverses associations de notre département, et tout particulièrement à celles et ceux qui sont engagés dans le domaine caritatif et de la santé pour aider, soutenir et accompagner les personnes diversement éprouvées et plus encore en cette période de crise que nous vivons. Merci à vous, frères et sœurs des autres confessions chrétiennes, ainsi qu’à vous, frères et sœurs d’autres religions ou spiritualités.

Merci enfin à vous, mes frères et amis prêtres et diacres, religieux, religieuses, fidèles laïcs, membres de l’Eglise catholique en Périgord, diversement engagés au service de sa vie et de sa mission.

Même si la période des vœux bouscule nos agendas, pour ma part, je la vis de plus en plus comme une précieuse opportunité, pour cultiver cette convivialité si importante en Périgord et promouvoir un véritable vivre ensemble, d’autant plus nécessaire que ces temps s’avèrent pour beaucoup particulièrement anxiogènes. Au fond, cette période des vœux m’apparaît comme un moment privilégié pour valoriser la conviction qui habite le cœur et l’esprit de la plupart d’entre nous, la conviction que l’intérêt général et la recherche du bien commun ne peuvent pas se réduire à la somme de nos intérêts particuliers, parce qu’ils sont toujours un appel à un dépassement de soi pour parvenir à relever avec les autres, dans le respect des différences et la mise en commun de ce qu’il y a de bon en chacun de nous, les grands défis de notre monde et de notre planète. Cette conviction commune que nous avons besoin les uns des autres parce que tout est finalement lié, j’ai eu l’occasion de l’entendre exprimée avec force et de diverses manières, ici en Périgord, dans les cérémonies de vœux auxquelles j’ai pu assister. Ainsi, chers amis, nous réalisons de plus en plus que les défis actuels, si grands soient-ils, ne sont pas sans lien entre eux et qu’ils requièrent de notre part à tous, au cœur même de ce qui nous différencie, une réelle mobilisation, par-delà nos intérêts particuliers, pour réussir ensemble à innover et à ouvrir des chemins d’avenir, non seulement pour nous-mêmes mais aussi pour les générations futures.

Je ne vous apprends rien si je vous dis que l’année 2023 a été particulièrement difficile. Il y a eu tout d’abord la tragique poursuite des guerres avec leurs tristes cortèges de victimes, et je pense notamment à l’Ukraine. Puis, il y a eu, le 7 octobre dernier, l’atroce drame que l’on sait : les actes barbares commis par les terroristes du Hamas contre des Juifs en Israël. La violence inouïe de ces attaques et de ces meurtres a sidéré le monde, parce qu’elle est injustifiable ! Certes, d’aucuns ont pu souligner qu’elle n’était pourtant pas sans cause. Mais il n’en reste pas moins que le terrorisme est un mal inacceptable, contre lequel nous avons à lutter pour ne pas le laisser gagner du terrain tant par les armes que dans les esprits ! C’est ce qui a justifié la riposte de l’État d’Israël. Mais, face à l’ampleur de la riposte, comment ne pas nous interroger ? Comment ne pas constater ce qu’elle a de disproportionnée pour la population palestinienne de Gaza qui en est la tragique victime collatérale ?  Est-il certain que les moyens déployés pour lutter légitimement contre le terrorisme, ne vont pas contribuer à entretenir la spirale infernale de la vengeance et de la violence ? Dans cette perspective, le Cardinal Aveline, Archevêque de Marseille, reconnu pour son engagement dans le dialogue interreligieux, en particulier avec nos frères et sœurs juifs, soulignait récemment, je cite : « On peut certes compter le nombre de victimes, de morts et de blessés, de maisons détruites ou de tunnels découverts, mais ce que personne ne mesure, c’est non seulement le nombre de cœurs brisés par la souffrance, anéantis par la détresse et le désespoir, mais aussi la stupéfiante et dangereuse élévation du niveau de haine dans les deux camps. Qui osera encore parler de fraternité ? Seuls ceux qui s’efforcent aujourd’hui, dans ces circonstances, de pratiquer la miséricorde, là où il n’y a plus ni justice ni même sentiment d’humanité, pourront un jour relire ce qui s’est passé et, patiemment, tisser de nouvelles fraternités, en rétablissant d’abord le droit et la justice ».

Ainsi, chers amis, un regard rétrospectif sur l’année 2023 pourrait nous laisser penser que le bruit des armes qui déchirent les peuples en de nombreux points du globe, et jusque sur cette Terre qualifiée de Sainte, augure d’un triste avenir pour notre humanité. Et, si nous faisions la liste des conflits et des lieux de violences dans le monde mais aussi dans notre société, nos cités, il nous serait difficile de ne pas déplorer l’amère réalité du monde ! Mais, face à cette réalité dramatique, ne sommes-nous pas justement appelés à ne pas nous laisser gagner par le découragement, tout en faisant preuve de lucidité ? Dans ce sens, je suis frappé par le fait que, dans ce combat incessant contre toutes les formes de violence, brille encore et toujours la fragile lumière de l’espérance. Elle brille sur cette terre que les croyants des trois monothéismes considèrent comme une Terre Sainte.

Elle brille aussi en Ukraine, ainsi qu’au Soudan, au Liban, en Arménie et dans tant d’autres pays. En ces différents lieux, nous y voyons des peuples accablés mais non pas anéantis, des hommes et des femmes qui ont souvent tout perdu mais qui font preuve d’un courage édifiant dans l’adversité. Nous y voyons des peuples qui font le choix du bien commun et qui cherchent, de diverses manières, à sauvegarder et à fortifier leur unité, en prenant appui sur leur histoire, leur culture et leurs valeurs ! Au fond, ces peuples nous rappellent avec force ce qu’Albert Camus soulignait, après tant d’autres, à savoir que « la seule bataille qui vaille d’être menée, c’est celle de la paix ».

Mais nous mesurons tous que cette bataille de la paix est un défi d’autant plus complexe que les intérêts qui sont en jeu dans les relations entre les personnes, les communautés et les nations, sont multiples et contradictoires. La complexité du défi ne signifie pas pour autant que nous n’avons pas les moyens de le relever ! Pour ma part, et je ne suis pas le seul à le croire, je suis convaincu qu’un dialogue franc et respectueux entre des personnes qui cherchent la vérité au-delà des idéologies, des intérêts particuliers et des opinions diverses, contribue à ouvrir des chemins de paix. Comme le rappelait le Pape François dans son message pour la Journée mondiale de la paix du 1er janvier 2020, « Le monde n’a pas besoin de paroles creuses, mais de témoins convaincus, d’artisans de paix ouverts au dialogue sans exclusions ni manipulations ». Devenir des artisans de paix, voilà ce qui doit, plus que jamais, nous inspirer au cœur de nos responsabilités et de nos engagements. Encore faut-il pour cela ne pas oublier que la paix ne peut se construire qu’au prix du respect des personnes, ainsi d’ailleurs que du respect du droit et de la parole donnée. Et, le respect, c’est bien plus que la simple tolérance ! Je ne vous apprends rien si je vous dis que tolérer, c’est toujours prendre le risque de la confusion entre unité et uniformité, autrement dit gommer peu à peu ce qui nous différencie ! De ce point de vue, nous le savons tous par expérience, on tolère jusqu’au moment où l’on estime que la situation est devenue intolérable ! Le respect, quant à lui, nous engage à reconnaître l’autre dans ce qu’il a d’unique, pour faire droit à sa différence et pour apprendre à composer avec cette différence en vue du bien de tous ! C’est pour cette raison que tout dialogue digne de ce nom ne peut pas faire l’économie du respect. C’est seulement de cette façon que nous pouvons nous sentir humains et que vibre en nous cet appel à devenir plus humains, en cherchant à ouvrir des chemins de paix au cœur de nos différences. A l’inverse, l’obstination à croire que la paixse trouve dans l’uniformité ou la pensée unique, au détriment de l’altérité et de l’universel, conduit, tôt ou tard, à recourir à la force et à la violence, quelle qu’en soit la forme, pour imposer aux autres son point de vue !

Voilà pourquoi je tiens à exprimer ma profonde gratitude et ma reconnaissance à celles et ceux qui, ici en Périgord, valorisent la rencontre, le dialogue, le débat des idées, parfois aussi le combat des idées plutôt que celui des personnes et qui, ce faisant, ouvrent des chemins de paix. Ils honorent et servent la fraternité qui est l’une des composantes majeures de la devise de notre République et qui est aussi, je le crois, une valeur qui nous est commune. Dans ce sens, je me réjouis des liens d’amitié qui, ici, en Périgord, se sont tissés entre les différentes Eglises chrétiennes et avec les autres religions. Ils attestent de cette réalité que les religions peuvent contribuer à l’avènement d’une société fraternelle, d’une société respectueuse des différences !

Au début de cette année nouvelle et après ces fêtes de Noël où les chrétiens ont célébré la naissance de l’Enfant Jésus, le Prince de la Paix, Dieu avec nous, nous percevons la nécessité de privilégier des actions qui promeuvent de nouveaux dynamismes dans la société, plutôt que de nous replier sur nos convictions partisanes ; des dynamismes capables d’impliquer et de mettre en mouvement tous les acteurs sociaux (groupes et personnes) dans la recherche de solutions nouvelles aux problèmes actuels !

Dans cette perspective, comment, ici, ne pas parler de la crise qui affecte de plein fouet le monde agricole ? Ma formation et mon itinéraire m’ont largement sensibilisé aux réalités et aux difficultés du monde agricole. Et les manifestations qui ont lieu en divers endroits de notre pays, y compris en Périgord, mettent en lumière ces difficultés ! De fait, beaucoup d’agriculteurs souffrent et s’inquiètent pour leur avenir. Personne ne peut se résigner à un avenir incertain pour l’agriculture avec tout ce qu’elle représente, dans sa noble mission de chercher à offrir une nourriture de qualité, la plus accessible possible à tous, et de contribuer à l’entretien de ces espaces ruraux auxquels nous sommes tant attachés. Si les problèmes des agriculteurs ont leurs particularités, ils ne concernent pas seulement cette catégorie sociale. D’une certaine manière, leurs questions sont aussi les nôtres et nous plus profondément : quelle société voulons-nous et que voulons-nous pour notre société ? Quelles concertations nécessaires pour que les processus de l’économie de marché soient davantage maîtrisés au niveau de l’Europe et du monde, au niveau de nos régions et de nos départements ?

Quelles actions et quels engagements possibles de notre part ? Je souhaite que cette crise puisse donner lieu à un dialogue constructif qui contribue à améliorer les conditions de vie et de travail des agriculteurs et rendent ce beau métier plus attractif car nous mesurons tous ce que nous devons aux agriculteurs !

Plus largement, je souhaite que les nombreux défis sociétaux, qu’il s’agisse du défi de la discussion du projet de loi sur la fin de vie, ou encore de celui de l’immigration et des peurs qu’elle suscite, ou celui de la transition climatique, celui aussi de la pauvreté, celui des violences faites aux femmes et de toutes les formes de violence à l’encontre des personnes, je souhaite que ces nombreux défis puissent donner lieu à de véritables débats, emprunts de respect et d’écoute, afin qu’ensemble, dans la diversité de nos croyances et de nos convictions, nous puissions rechercher le bien commun et contribuer ainsi à l’avènement d’une société plus juste et plus humaine, d’une société plus fraternelle.

Je ne reviens pas sur l’ensemble des évènements qui ont marqué la vie de notre Église diocésaine. J’évoquerai, cependant, le rassemblement de Pentecôte 2023, CAP sur la Mission, qui nous a permis de faire l’expérience d’une véritable communion, dans la diversité des sensibilités et des milieux sociaux (en particulier grâce au concours du Secours Catholique), qui sont aussi la réalité de notre Église ! Avec ce rassemblement au cours duquel une cinquantaine d’adultes ont été confirmés, comment ne pas mentionner le nombre étonnamment croissant des catéchumènes, de ces adultes qui demandent à être baptisés ? La démarche de ces hommes et de ces femmes témoigne d’une recherche de sens à leur vie et d’une soif d’intériorité, de cette intériorité qui permet de garder, avec nos fragilités et nos faiblesses, une sorte d’intégrité dans les moments difficiles, dans les moments sombres de la vie et de l’histoire. Si cette attente et cette soif d’intériorité pour des relations plus authentiques, plus libres et plus fraternelles, ne cessent de croître, elles nous obligent à redécouvrir l’essentiel de notre mission, dans le respect de la dignité de chaque personne. Et c’est là une chance pour notre Eglise !

Je voudrais aussi évoquer la célébration du 40ème anniversaire du jumelage entre notre diocèse et l’archidiocèse de Garoua au Cameroun. Nous l’avons célébré au mois d’octobre dernier. Ce fut l’occasion de reconnaître le chemin parcouru et l’enrichissement mutuel de nos Eglises diocésaines qu’il a déjà permis, à travers notamment la présence et la mission, si précieuses, de prêtres de l’archidiocèse de Garoua ici en Périgord. C’est une chance pour notre Eglise diocésaine que de pouvoir ainsi s’ouvrir à l’universel et de faire l’expérience de sa catholicité !

Pour conclure, je tiens à exprimer notre profonde reconnaissance aux municipalités et aux pouvoirs publics pour les efforts et les choix qui sont faits au service de l’entretien et de la valorisation du patrimoine culturel et religieux dont notre département est si riche, ce qui contribue d’ailleurs à son attractivité et à sa réputation ! Je termine donc en vous souhaitant la paix pour vous et pour tous, cette paix à laquelle nous aspirons tous et que nous savons brisée en tant d’endroits de notre planète. Je souhaite aussi que nous puissions devenir des artisans de paix dans l’année qui vient, là où nous vivons. Tel est mon vœu le plus cher. Tel est aussi le cœur de ma prière et de ma pensée pour vous, au début de cette nouvelle année. »

… + Philippe MOUSSET, Evêque de Périgueux et Sarlat

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