Vœux de Mgr Mousset pour l’année 2020

Chers amis,

Merci à vous M. le Préfet, M. le Maire de Périgueux, de Boulazac, de Trélissac, etc…Merci à vous Mesdames et Messieurs les élus… Merci aux autorités militaires, civiles et judiciaires, à celles et ceux qui œuvrent pour notre sécurité, aux membres des diverses associations de notre département, et tout particulièrement à celles et ceux qui sont engagés dans le domaine caritatif et de la santé pour aider, soutenir et accompagner les personnes diversement éprouvées. Merci aux membres des autres confessions chrétiennes et aux membres d’autres religions ou spiritualités.

Merci enfin à vous, mes frères et amis prêtres et diacres, religieuses, religieux, fidèles laïcs membres de l’Eglise catholique en Périgord et engagés au service de sa mission…

Je suis heureux de vous accueillir pour la traditionnelle cérémonie des vœux. Le début d’une nouvelle année permet de s’arrêter un instant dans la succession de nos activités quotidiennes pour vivre un temps de gratuité et de convivialité. C’est aussi l’occasion de faire mémoire de certains évènements du passé et de nous placer face aux défis que nous sommes appelés à relever.

En formulant des vœux et en prenant de bonnes résolutions à l’occasion de la nouvelle année, nous choisissons de nous situer résolument du côté de cette espérance qui nous porte, au plus profond de nous-mêmes, à croire que le meilleur reste à venir. Voilà pourquoi je désire que cette espérance, qui pour les chrétiens est une vertu fondamentale, éclaire le regard que nous portons sur cette année nouvelle dont nous avons franchi le seuil. Espérer, ce n’est pas faire preuve d’optimisme !  Ce n’est pas davantage faire comme si tout allait bien, en niant ce qui va mal. Espérer, c’est apprendre à être réaliste, tout en cherchant à discerner ce qui peut nous aider à sortir d’une impasse, à améliorer une situation. Espérer, c’est croire que nous avons la capacité de relever la tête dans l’adversité et de ne pas nous contenter de subir la réalité comme une fatalité. Mais pour que notre espérance ne soit pas qu’une illusion, il nous faut avoir le courage de nommer les problèmes, afin de mieux les affronter.

De ce point de vue, il ne s’agit pas de faire la leçon, mais de chercher humblement et patiemment à aller à la racine des problèmes, pour parvenir à les traiter. Sur ce chemin-là, nous devons commencer par nous-mêmes. L’Eglise catholique a à le vivre concernant les tragiques dérives liées à la pédo-criminalité ou au harcèlement sexuel, dont nous savons qu’elles ont porté atteinte au respect de la dignité de toute personne et qu’elles ont brisé des vies. Ainsi l’Eglise s’est mise et se met à l’écoute de la souffrance des victimes, et, dans le même temps, elle a engagé un travail de purification, pour que de tels actes ne puissent plus jamais se reproduire. Ainsi, chers amis, nous apprenons chaque jour un peu plus que pour vivre dans l’espérance, nous devons apprendre à faire aussi la vérité, afin de chercher et de promouvoir ce qui est bien et ce qui est bon.

Espérer, c’est aussi ne pas oublier la réalité d’une communauté humaine marquée par des conflits, en certains lieux de notre monde, et par les blessures des guerres qui se sont succédées dans le temps. L’espérance que nous souhaitons assumer et porter à l’aube de cette nouvelle année ne peut pas davantage faire fi des pauvres, des plus faibles et de toutes les personnes en situation de précarité au sein de nos sociétés, et plus particulièrement ici en Périgord. Espérer pour ces personnes, c’est chercher avec courage et persévérance à reconnaître leur éminente dignité et à lutter contre l’injustice, la pauvreté et l’exclusion.

C’est de cette façon que je me sens appeler à comprendre les vertus de l’espérance si nécessaire. L’espérance « comme la vertu qui nous met en chemin, qui nous donne des ailes pour aller de l’avant, même quand les obstacles semblent insurmontables ».

Avec cette nouvelle année, je ne peux pas ne pas évoquer les élections municipales qui vont animer, dans notre pays, les prochaines semaines. C’est un moment important pour la vie de notre Pays et de notre démocratie. Sans faire de la politique (ce qui n’est pas la mission de l’évêque !), je voudrais exprimer l’estime de l’Église catholique aux personnes qui s’engagent en politique pour servir, selon des approches différentes, le bien commun, au plan local et national. Et, dans cette perspective, je veux souligner l’importance d’une reconnaissance et d’une valorisation de tous ces engagements au service du politique : nous en avons besoin pour permettre et favoriser un vivre-ensemble et pour regarder l’avenir avec confiance et espérance.

Pour ces vœux, je ne souhaite pas revenir sur tous les évènements qui ont émaillé notre vie en Eglise au cours de l’année 2019, ce serait un exercice trop long car beaucoup de belles choses ont été vécues un peu partout. Il me semble préférable, dans le contexte actuel, de mettre en lumière certaines attitudes de fond.

Je voudrais notamment offrir des vœux de Paix à tous, à chacune et chacun de vous, à vos proches, à vos familles. Ces vœux de paix sont d’autant plus précieux à mes yeux que nous constatons tous avec tristesse l’accroissement de la violence, qui semble être devenue pour certains le seul moyen d’expression. Face à ces violences, il est d’autant plus nécessaire et vital de chercher au plus profond de nous-mêmes la paix, pour devenir des artisans de paix là où nous sommes engagés, là où nous vivons. N’est-ce pas cette paix intérieure qui nous a été offerte à l’occasion des fêtes de Noël ? N’est-ce pas cette paix intérieure que les religions et différents courants spirituels et philosophiques cherchent à promouvoir ?

Permettez-moi ici de me livrer un peu en vous partageant ce qui m’émerveille et me touche profondément : la capacité de l’homme et de la femme à croire et à espérer que rien n’est définitivement perdu pour trouver la paix et se retrouver soi-même, même là où, à vue humaine, cela parait impossible. Je pense en particulier à ce que j’ai vécu, avec les membres des Aumôneries de prison, lors de rencontres et célébrations avec les détenus. J’aime cette capacité d’intériorisation et d’intériorité, qui permet à toute personne de reconnaître son aptitude à donner sa parole, à aimer, à croire, à espérer, à se relever, à être fraternel, à trouver la paix là-même où elle semble avoir déserté ! Je crois à cette capacité humaine d’intériorisation qui nous témoigne que l’on peut chercher à apaiser des situations tendues, parfois bloquées, et à promouvoir dans les relations humaines, le dialogue et le respect, un dialogue respectueux des différences, à traversdes espaces de rencontre, sur le plan social, économique, culturel, religieux…

Je pense ici en particulier à la fraternité vécue avec les membres des différentes confessions chrétiennes (et pas seulement au cours de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens qui s’achève), ainsi qu’aux liens fraternels qui nous unissent aux membres des différentes religions (Juifs, Chrétiens et Musulmans) et qui se manifestent à diverses occasions. Je veux évoquer également le groupe fraternel qui rassemble des catholiques et musulmans et qui se réunit plusieurs fois par an. Cette fraternité vécue est le fruit de l’intériorité dont tout homme, toute femme, est capable, une intériorité qui conduit à prendre une saine distance avec toutes formes de violence, d’intolérance et de rejet, pour promouvoir un dialogue authentique, dans la vérité et l’amitié.

Je pense aussi à ce qui a été proposé par les membres de la Mission rurale, à travers deux rencontres :

  • La première sur l’Europe, qui a rassemblé plus de 250 personnes désireuses de mieux connaitre ses fonctionnements et ses champs d’action (au plus près de nous), afin de contribuer à dissiper la confusion dans nos esprits sur la réalité d’une Europe souvent accusée de tous les maux, et cela dans un climat de débats respectueux de nos différences à ce sujet…
  • La deuxième autour de la mission des élus dans le rural, là encore en vue de mieux connaitre leur rôle, leur quotidien. Et il faut préciser que cette rencontre a été possible grâce au concours du Président et du Directeur de l’Union des Maires de Dordogne.

Evoquer rapidement ces réalités, ce n’est pas chercher à nous octroyer des bons points. C’est seulement souligner que la pratique d’un dialogue respectueux des différences existe dans notre société et dont, vous et moi, sommes témoins, acteurs, mais qui, néanmoins, mérite un « coup de pouce » pour l’encourager, un dialogue qui nous aide à prendre un peu de distance avec certaines réalités pour mieux rechercher ensemble le bien de tous ! C’est en tout cas ce que je nous souhaite à tous, à travers les vœux de paix offerts.

Ces vœux de paix s’étendent aussi à deux sujets qui sont profondément liés : l’écologie et la bioéthique. Nous pressentons, en effet, quelles que soient nos convictions et nos croyances, que ces sujets d’actualité nous interrogent tous quant à l’avenir de la famille humaine.

Il ne s’agit pas ici d’énoncer simplement une idée, un slogan, mais de favoriser un élan intérieur réfléchi et mûri, pour ne pas nous bercer d’illusions. Car, comme beaucoup, je m’interroge : quel monde sommes-nous en train d’édifier ? Quel monde voulons-nous construire ? Quel monde allons-nous laisser aux générations à venir ?

Nos inquiétudes pour demain se cristallisent notamment dans la crise écologique et l’avenir de notre maison commune ! Pourtant, le dérèglement climatique et la perte de la biodiversité provoquent une salutaire prise de conscience : ensemble, nous devons préserver notre planète et cesser de l’abîmer ! Le défi est immense, mais les premiers consensus dessinent des progrès possibles, des changements de modes de vie marqués par une sobriété heureuse et un partage solidaire. Les jeunes nous y poussent avec ardeur… Nous sommes de plus en plus nombreux, toutes générations confondues, à vouloir avancer sur ce chemin…

La bioéthique resterait-elle étrangère à cette transition et à ces changements de modes de vie ? Saurons-nous cultiver un débat éthique raisonnable et approfondi, capable de discerner sans tabous et dans le respect des différences, les enjeux véritables autour :

  • du marché des tests génétiques, de l’expérimentation sur des embryons, des modifications génétiques de l’embryon humain et de la sélection accrue des enfants à naître, de la filiation sans paternité, de la maternité sans gestation avec le risque de la marchandisation ?

Plus que jamais, une vision audacieuse de l’Homme, de la personne humaine est nécessaire, grâce au dialogue. Il est important, pour servir la paix au sein de notre société, de développer des espaces qui nous aident à nous redire ce qui constitue notre humanité, notre dignité, ce qui fait l’unité de la personne dans sa dimension corporelle, psychique, relationnelle et spirituelle.

Je veux aussi offrir des vœux de paix à l’Eglise catholique en Périgord, une Eglise qui, ici comme ailleurs, est en conversion et en transformation pour être mieux présente à ce monde qui change et qui bouge.

Car l’Eglise, à l’heure où nous sommes les témoins d’un changement d’époque en ce monde, est appelée, sous l’impulsion du pape François, à vivre une conversion pastorale et une transformation missionnaire. Cet appel est plus pressant encore dans les vieux pays de chrétienté, comme le nôtre. Cette transformation est déjà en route. C’est une transformation qui commence par l’écoute attentive de ce qui se vit et de ce qui change, au-delà de nos réseaux et de nos fonctionnements habituels. C’est une transformation qui refuse de se laisser écraser par le bruit de ce qui s’effondre, pour favoriser et développer une véritable disponibilité à ce qui germe et à ce qui pousse souvent sans bruit.

Je suis témoin de cette transformation lente qui nous précède un peu partout, dans nos communautés, souvent aussi au seuil de nos communautés, même au-delà, cela sans attendre la prise de conscience de nos institutions qu’elles soient Romaines, nationales, diocésaines ou paroissiales. C’est la raison pour laquelle nous sommes engagés officiellement, depuis octobre dernier, dans une Démarche Missionnaire Synodale pour nous aider à vivre ensemble les conversions et les transformations nécessaires au service d’un renouveau missionnaire inéluctable.

Sans oublier dans ces transformations missionnaires de notre Eglise, notre maison commune, notre planète « terre » qui est aussi comme une sœur qui souffre avec qui nous partageons l’existence, et comme une mère en souffrance également qui nous accueille à bras ouverts… (Laudato si’, encyclique du pape François). Pour cette raison, j’ai confié à deux femmes de deux générations différentes la mission d’être ici, au sein de l’Eglise en Périgord, des personnes référentes pour l’écologie. En les remerciant d’avoir accepté cet appel, la mission qui leur est confiée est d’être, selon la dénomination officielle, des référentes Laudato Si’ pour une sauvegarde de la création…

Voilà, chers amis, j’en ai fini, conscient de ne pas avoir pu évoquer toutes les réalités qui font la richesse de la vie et de la mission de l’Eglise catholique en Périgord. Mais les vœux ne sont pas nécessairement le lieu idéal pour dresser un bilan. Quoi qu’il en soit, je vous souhaite à toutes et tous la force de la paix et de l’espérance, pour qu’ensemble nous trouvions les moyens de relever les défis afin de construire une société plus juste, plus fraternelle et plus humaine.

+ Philippe MOUSSET, Evêque de Périgueux et Sarlat

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