“”Je suis heureux de vous accueillir, avec les membres du Conseil épiscopal présents dans la salle, pour la traditionnelle cérémonie des vœux. C’est dans un esprit de simplicité, de « sobriété heureuse », selon l’expression chère à Pierre Rabhi, que je désire m’adresser à vous. L’échange des vœux, au début de l’année nouvelle, est bien plus qu’un rite ou une convention ! Venus d’horizons différents, dans la diversité de nos convictions et de nos croyances, nous manifestons, au moyen des vœux, notre bienveillance les uns pour les autres, notre souci du bien des autres et du bien commun que nous voulons servir ici, sur cette terre du Périgord que nous aimons.

Merci à vous, Madame la Préfète, Monsieur le Maire de Périgueux, Mesdames et Messieurs les Maires des communes environnantes et de notre département, Mesdames et Messieurs les élus, les députés. Merci aux Autorités militaires et judiciaires, aux membres des diverses associations de notre département, en particulier des associations qui œuvrent dans le domaine caritatif, pour soutenir celles et ceux qui sont diversement éprouvés. Merci à vous frères et sœurs, à vous qui êtes membres des différentes confessions chrétiennes (et je n’oublie pas que nous sommes au cœur de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens), à vous aussi qui représentez d’autres religions, d’autres spiritualités. Merci enfin à vous, mes frères et amis prêtres et diacres, religieuses, religieux, laïcs diversement engagés dans notre Église.

À tous et toutes, ainsi qu’à vos proches, je souhaite une bonne et heureuse année 2018. Plus que jamais je souhaite que la paix habite la société et les cœurs !

Qu’il me soit permis aussi de remercier celles et ceux qui travaillent et consacrent beaucoup d’eux-mêmes, nuit et jour, au service de notre sécurité et de notre protection. Chers amis, dans un contexte difficile, vous participez à la paix sociale et donc au respect du bien commun. Nous imaginons facilement tout le travail que cela nécessite en amont pour assumer les exigences de vos missions. Merci !

Sans revenir sur tous les grands évènements de l’année 2017, je ne peux pas ne pas évoquer les élections qui l’ont profondément marquée. Ce fut un moment important de la vie de notre société et de notre démocratie. Sans chercher à faire de la politique (ce qui n’est pas la mission de l’évêque !), comment ne pas souligner que les élections ont manifesté que notre société a changé sur les plans, économique, social, culturel et même religieux… Ce qui semblait stable est devenu plus mouvant. Plus largement, c’est le monde entier qui a connu de grands changements. Dans ce contexte qui s’accompagne nécessairement d’une certaine instabilité et d’une réelle inquiétude pour beaucoup, je voudrais exprimer mon estime et celle de l’Église catholique, aux personnes qui s’engagent dans le politique pour servir, selon des approches différentes, le bien commun. Tout ce qui concerne la vie de l’homme et de la  société concerne aussi l’Eglise. A ce titre-là, je forme des vœux pour que, dans ce monde qui bouge si vite, nous puissions nous rassembler sur l’essentiel, à savoir le respect de la personne humaine, de sa dignité, de ses droits et de ses devoirs, de sa place au sein de notre maison commune, cette création qu’il nous faut protéger, pour que, demain, d’autres que nous puissent bénéficier de ses dons. Je souhaite aussi que nous ayons à cœur de nous rassembler dans l’attention aux personnes fragilisées, exclues, blessées, à celles qui sont aux périphéries de notre société pour diverses raisons. Et, dans cette perspective, je tiens à redire l’importance d’une reconnaissance et d’une valorisation des engagements au service du politique, dont nous avons besoin pour permettre et favoriser un vivre-ensemble et pour regarder l’avenir avec confiance.

« Il n’y a pas d’humanité sans culture de la terre »[1]. Cette affirmation du Pape François me conduit à évoquer la réalité agricole et plus largement le monde rural dans notre département. Nous avons conscience que là aussi se vivent des mutations. Elles sont le résultat d’enjeux qui souvent nous dépassent et qui, pour cette raison, contribuent à entretenir un climat de crise. Bien des agriculteurs sont aujourd’hui encore confrontés à des difficultés. Dans ce contexte, je souhaite que les communautés chrétiennes de notre diocèse puissent rester à l’écoute des joies, des peines, des souffrances, des attentes et des espoirs du monde agricole et plus largement partout où elles sont implantées. Je souhaite aussi qu’à la lumière de l’Évangile, les chrétiens accompagnent et soutiennent les initiatives qui favorisent une culture de la rencontre et qui contribuent, en vue du bien de tous, au développement des ressources et des potentialités dans notre département.

Je viens de le souligner à l’instant : dans notre société où les changements vont vite et donnent prise à bien des inquiétudes et à la tentation du repli sur soi, de la fermeture, il est d’autant plus important de chercher à développer tout ce qui peut aider à la rencontre et au dialogue, tout ce qui contribue à favoriser un vivre ensemble respectueux des différences. Je pense en particulier à deux réalités qui interrogent nos sociétés: celle des migrants et celle de la place des différentes religions et de leurs liens.

Dimanche dernier, l’Église catholique a célébré la Journée mondiale du Migrant et du Réfugié. Cette année, dans notre diocèse, nous l’avons vécue à Sarlat. Ce fut un beau moment ! La Journée mondiale du Migrant et du Réfugié a été instituée par le Pape Benoît XV, en 1914. Elle est d’abord une invitation à regarder avec attention et bienveillance la situation de tous ceux qui sont contraints, à cause de la violence, de la guerre, de problèmes économiques, climatiques, de quitter leur pays. Elle est aussi un appel à tout mettre en œuvre pour que ces personnes soient accueillies dans des conditions respectueuses de leur dignité et de leurs droits.
Une telle journée n’a donc pas vocation à nous culpabiliser, ni même à nous inciter à montrer du doigt les coupables présumés de ces situations douloureuses et, dans bien des cas, tragiquement inhumaines. Or, « tous les éléments dont dispose la communauté internationale indiquent que les migrations globales continueront à caractériser notre avenir »[2]. Face à cette réalité, indéniablement complexe, vraiment complexe, dans sa gestion en raison des causes et des enjeux qui nous dépassent souvent, en fidélité à l’Évangile et plus largement à la Bible et à l’histoire du peuple d’Israël, les chrétiens, avec tous les hommes de bonne volonté, sont appelés à vivre l’accueil inconditionnel de ces personnes qui, pour la très grande majorité d’entre elles, n’ont pas quitté leur pays d’origine par plaisir.

Inévitablement, cet accueil inconditionnel se trouve confronté au respect des lois en vigueur et, par ailleurs, à la recherche du bien commun. Comment faire pour que chacun trouve sa place en se souciant de la place des autres ? Chers amis, je crois qu’il y a là, comme un signe des temps qui nous est donné aujourd’hui à comprendre et à interpréter : un nouveau monde est en train de naître sous nos yeux, un monde qui gémit dans les douleurs de l’enfantement (Cf. St Paul). Je souhaite, pour ma part, que ces temps de grandes et profondes mutations soient l’occasion de développer notre attention, notre capacité de compassion et notre sollicitude, de favoriser notre solidarité et notre engagement avec le souci du dialogue entre tous pour trouver les moyens d’articuler l’accueil inconditionnel des personnes et le bien commun de l’unique famille humaine, ainsi que celui de chacun de ses membres. Aidons-nous mutuellement à découvrir ce que chacun porte de meilleur, et à le valoriser pour nous enrichir les uns les autres !

Je voudrais ce soir saluer le travail de toutes les associations qui œuvrent sans compter pour l’accueil et l’accompagnement des migrants et des réfugiés, dans les conditions respectueuses de leur dignité, de leurs droits et de leur histoire, et cela dans le respect du cadre légal.

Je voudrais signaler, à ce propos, une très belle initiative, qui montre que ça avance bien : une journée qui s’intitule « Les talents venus d’ailleurs » et qui sera vécue la veille des Rameaux.

Dans une société affrontée à de profondes mutations, surgit nécessairement la question des religions, de leur place. Dans la société française qui reste majoritairement marquée dans son histoire par l’apport du christianisme, il y a la question de la place de l’Islam, avec les peurs qui lui sont associées et les amalgames trop souvent entretenus. Chers amis, n’oublions pas trop vite que l’histoire de la France, notre histoire commune, a connu des moments d’insécurité culturelle avec la venue d’autres peuples habités par des références culturelles, et parfois religieuses, différentes. Or, ce sont toujours les valeurs humaines et éthiques, honorant la personne humaine dans toutes ses dimensions qui ont contribué à l’émergence et au développement d’une société ouverte aux différences et riche de ces différences. C’est le dialogue authentique qui a toujours permis à la société française de devenir ce qu’elle est aujourd’hui.

Je veux souligner ici que des liens d’amitié se sont tissés entre les différentes églises chrétiennes et avec les autres religions. Je mentionne en particulier les liens qui existent aujourd’hui avec les différentes branches du bouddhisme présentes dans notre département. Et je tiens aussi à évoquer ici les liens d’amitié et d’estime réciproque qui se vivent et de développent peu à peu avec nos frères musulmans.

C’est là le fruit du dialogue : dialogue entre les institutions mais surtout dialogue entre les personnes qui n’est jamais synonyme de perte d’identité comme certains le laissent entendre, pour mieux entretenir la peur. Oui, le dialogue interreligieux devient, peu à peu, une réalité.

Au moyen du dialogue, nous voulons témoigner que les religions reconnues à leur juste place, dans le cadre de l’État laïc, apportent leur contribution à la fraternité et à un véritable vivre ensemble respectueux des différences et de la liberté des individus.

Dans un autre domaine, vous savez que les états généraux de la bioéthique ont lieu cette année et ont été ouverts hier. Les questions abordées sont des questions vitales et fondamentales pour notre vie en société. Ce n’est pas le lieu ici, d’évoquer plus en détail ces questions et leurs enjeux. Mais nous aurons à faire entendre notre voix, parmi bien d’autres, à travailler les questions posées et, toujours avec le souci du dialogue, à promouvoir une attitude de « raison » capable de toucher l’intelligence et le cœur, dans le témoignage serein, « avec douceur et respect » (Cf. 1P 3, 15-16).

Dans cette dernière partie de mes vœux, je voudrais dire quelques mots plus particuliers à notre Eglise diocésaine : Il ne s’agit pas de faire la liste de tous les projets, des initiatives, comme j’ai pu le faire les années passées, ce serait trop long, avec le risque terrible d’en oublier, mais d’exprimer ma profonde reconnaissance pour l’immense générosité déployée au service de la mission dans les communautés chrétiennes, les services et mouvements, et dans l’Enseignement Catholique.

Nous parlions il y a un instant des mutations et des métamorphoses de notre société : nous sommes dans ce temps de l’histoire où les choses bougent, certaines s’effondrent ou disparaissent, d’autres germent. L’Eglise catholique n’échappe pas à ce phénomène. Aujourd’hui, c’est un fait : nous sommes beaucoup moins nombreux. Souvent on me pose la question : les catholiques sont-ils une minorité ? Difficile à dire, à préciser, entre ceux qui pratiquent et ceux qui, sans pratiquer, se reconnaissent dans les valeurs évangéliques et chrétiennes. Mais on peut dire, eu égard au critère de la pratique, que l’Église catholique est devenue minoritaire. Ce n’est pas nécessairement un mal, parce que cela peut donner l’occasion aux chrétiens catholiques de poser un choix libre et d’avoir à cœur de le fonder sur la joie de l’Évangile et non plus seulement sur une dimension sociologique et en vertu du principe du « On a toujours fait comme ça » !

Rappelons-nous que, dans les débuts de l’Église, les chrétiens étaient en situation fortement minoritaire : ils n’étaient qu’une poignée organisée en petites communautés et malgré cela (ou peut-être à cause de cela !), l’Évangile, la Bonne Nouvelle est parvenue à toucher bien des cœurs. Dans cette situation, les premiers chrétiens ont simplement cherché à vivre l’Évangile au quotidien ! Et ainsi, ils ont porté témoignage, ils ont mis en œuvre un art de vivre avec Jésus et à sa suite, en portant le souci d’être au milieu des autres et, c’est important de le dire, d’être avec les autres pour relever des défis communs et construire une société toujours plus juste et plus humaine.

Ce n’est pas par la contrainte, mais par la compassion, le témoignage fraternel dans les joies comme dans les difficultés et les peines que l’on peut conduire les autres à s’interroger sur la vie, sur le sens de la vie et leur permettre de découvrir le trésor de l’Évangile et ce dont il est porteur pour le bien de chaque personne et pour le bien de tous.

C’est tout le sens de l’axe missionnaire de notre Église diocésaine : « Vivre l’évangile et l’annoncer sans complexe » le proposer à la liberté des hommes et femmes de ce temps… Sans oublier de travailler avec tous les hommes de bonne volonté pour faire advenir un monde meilleur, une civilisation de l’amour !

 Alors, je souhaite que notre Église diocésaine libère la force paisible de l’Évangile au cœur même des changements et des mutations de notre monde.

Encore une fois, bonne et heureuse année à chacune et à tous, pour vous-mêmes et vos familles, vos amis !

Merci de votre attention.”

 

+ Philippe MOUSSET, Évêque de Périgueux et Sarlat

[1] Pape François, Discours à la Confédération des cultivateurs italiens, 31 janvier 2015.

[2] Message du Pape François pour la 51ème Journée Mondiale de la Paix, 1er janvier 2018.

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