Vendredi 30 janvier, Mgr Philippe Mousset présentait ses vœux à la salle du Lux. En voici la retranscription.
Périgueux, le 30 janvier 2026
Aux élus, aux responsables associatifs, aux autorités civiles, aux militaires, et à tous les acteurs du bien commun.
Mesdames et Messieurs, Chers amis,
Le début de la nouvelle année nous offre la possibilité de nous arrêter, l’espace d’un instant, dans la succession des activités quotidiennes, pour vivre un temps de gratuité et de convivialité. Dans un monde traversé par des crises profondes — sociales, économiques, écologiques, géopolitiques, mais aussi relationnelles et spirituelles — ce temps de vœux est précieux. Il nous permet de prendre un peu de hauteur, pour nommer ce qui compte et réaffirmer ce qui nous relie.
Je suis donc heureux de vous accueillir avec les membres du conseil épiscopal et je tiens à vous remercier d’être présents. Ce soir, nous venons d’horizons différents, dans la diversité de nos convictions et de nos croyances, mais nous sommes rassemblés par un même souci, celui du bien de tous, ce que nous manifestons à travers les vœux que nous échangeons en cette période.
Merci à vous, Mesdames et Messieurs les représentants de l’État. Merci à vous Mesdames et Messieurs les élus. Merci à vous, Mesdames et Messieurs les responsables associatifs, éducatifs, économiques et culturels. Je tiens aussi à exprimer ma reconnaissance aux acteurs de la santé qui prennent soin, au quotidien, des personnes dans leurs fragilités, dans des conditions souvent exigeantes. J’adresse aussi un merci aux forces de sécurité et de secours, (militaires, gendarmes, policiers et pompiers), qui veillent sur notre sécurité et assument une mission difficile et parfois risquée. Merci aussi aux membres des associations caritatives et solidaires, professionnels et bénévoles, qui accueillent, accompagnent et soutiennent les plus fragiles d’entre nous, celles et ceux qui peinent à trouver leur place au sein de notre société.
Merci à vous, frères et sœurs des autres confessions chrétiennes, ainsi qu’à vous, frères et sœurs d’autres religions ou spiritualités.
Merci enfin à vous, mes frères et amis prêtres et diacres, religieux, religieuses, fidèles laïcs, membres de l’Eglise catholique en Périgord, diversement engagés au service de sa vie et de sa mission.
Même si cela s’avère important et nécessaire, je mesure que les remerciements ne suffisent pas ! Et si j’exprime ce soir des vœux de paix, de solidarité et d’espérance, je m’interroge : comment ces vœux peuvent-ils contribuer à transformer notre manière de vivre et d’agir ?
C’est pourquoi je voudrai nous inviter, en ce début d’année, à poser un regard concret, sur ce qui se vit déjà dans notre société et au sein de l’Église catholique, sur toutes ces petites semences de paix et d’espérance, sans taire ce qui fait débat, les problèmes et les difficultés auxquels beaucoup d’entre nous sont confrontés.
Si nous prenons le temps de regarder nos territoires du Périgord avec attention, nous constatons que beaucoup de choses se font, souvent discrètement, mais avec constance, pour favoriser un vivre ensemble respectueux de la dignité des personnes. Tout ce qui s’organise pour accueillir et accompagner les plus fragiles d’entre nous, tout ce qui se structure pour lutter contre l’isolement, tout ce qui se déploie dans une pédagogie du “faire avec”, et non du “faire à la place de”, est porteur d’avenir.
Ces engagements nous permettent souvent d’aller plus loin et plus profond que ce que nous avions imaginé. Ils révèlent nos capacités de créativité, de solidarité et de fidélité. C’est ainsi que les personnes les plus fragiles nous rappellent ce qu’est notre humanité commune, dans un contexte où la violence semble devenue un mode d’expression privilégié au détriment du respect de l’autre, quel qu’il soit.
Je pense aussi à tout ce qui ne fait pas de bruit dans l’ordinaire de nos vies et qui tient le monde et qui, de manière étonnante, l’empêche de s’effondrer.
Nous constatons tous que le monde ne va pas bien et que la situation actuelle engendre des inquiétudes et des angoisses. Et notre beau Périgord n’échappe pas à ce constat ! Nous sommes aussi conscients qu’un certain nombre de problèmes ne peuvent pas être résolus à la seule échelle locale. Et pourtant, je continue de croire à l’importance et à la nécessité de créer des espaces de dialogue au cœur même de ce qui nous différencie – différences de convictions, de religions, de cultures et de parcours de vie. C’est grâce au dialogue que nous pouvons apprendre à nous connaître, par-delà les impressions et les ressentis qui nous tiennent trop souvent à distance les uns des autres.
Lorsque ce dialogue est réel, il ne transforme pas seulement les structures. Il transforme les personnes, de l’intérieur. Et c’est ainsi que le monde change, lentement mais profondément.
C’est l’un des vœux que je forme pour cette nouvelle année. Le vœu d’un dialogue renouvelé là où, notamment, beaucoup d’hommes et de femmes ont le sentiment de ne pas être écoutés et reconnus.
Je pense plus particulièrement aux élections municipales qui constituent pour notre société un enjeu important. En saluant de nouveau avec reconnaissance tous les élus de proximité, ainsi que celles et ceux qui ont fait le choix de s’engager dans cette campagne en vue de l’élection, je souhaite que, par-delà les intérêts particuliers, puisse se vivre un vrai débat à la hauteur des préoccupations exprimées par les citoyens, un débat qui contribue à promouvoir la recherche d’un vivre ensemble dans le respect des différences et avec une réelle attention aux personnes les plus fragiles.
Comment ne pas parler, ici, de la crise qui affecte de plein fouet le monde agricole ? Ma formation et mon itinéraire m’ont largement sensibilisé aux réalités et aux difficultés du monde agricole. Et les manifestations qui ont lieu en divers endroits de notre pays, y compris en Périgord, mettent en lumière ces difficultés ! De fait, beaucoup d’agriculteurs souffrent et s’inquiètent pour leur avenir. Personne ne peut se résigner à un avenir incertain pour l’agriculture avec tout ce qu’elle représente, dans sa noble mission de chercher à offrir une nourriture de qualité, la plus accessible possible à tous, et de contribuer à l’entretien de ces espaces ruraux auxquels nous sommes tant attachés. En cette période où le monde agricole exprime sa colère face à une situation de crise profonde, je tiens à redire notre reconnaissance, notre merci, à celles et ceux qui vivent de la terre et qui contribuent par leur travail à nous faire vivre. Si les problèmes des agriculteurs ont leurs particularités, ils ne concernent pas seulement cette catégorie sociale. D’une certaine manière, leurs questions sont aussi les nôtres et nous interrogent plus profondément : quelle société voulons-nous et que voulons-nous pour notre société ? Quelles concertations nécessaires pour que les processus de l’économie de marché soient davantage maîtrisés au niveau de l’Europe et du monde, au niveau de nos régions et de nos départements ? Quelles actions et quels engagements possibles de notre part ? Je souhaite que cette crise puisse donner lieu à un dialogue constructif qui contribue à améliorer les conditions de vie et de travail des agriculteurs et rendent ce beau métier plus attractif car nous mesurons tous ce que nous devons aux agriculteurs !
Dans cet esprit de dialogue, l’Ensemble pastoral du Périgord vert, en lien avec le délégué diocésain pour le monde rural, le Père Arnaud Favart, propose une rencontre le samedi 7 février 2026 à Thiviers, de 14h à 17h, afin de permettre aux agriculteurs et à celles et ceux qui vivent dans nos territoires ruraux de se rencontrer et de partager leurs difficultés et leurs attentes. C’est un petit pas mais qui me semble aujourd’hui important pour nous mettre à l’écoute les uns des autres et chercher ensemble à ouvrir des chemins d’espérance et de vie.
Pour servir le dialogue par-delà les intérêts partisans, je tiens aussi à formuler le vœu du respect de la dignité humaine dans les débats de société, comme celui qui concerne la fin de vie. Je sais combien ce sujet est sensible et que, pour cette raison, il requiert d’être abordé avec délicatesse et dans le respect des personnes en situation de souffrance. Chrétiens, avec nos frères et sœurs des autres religions, et avec un certain nombre d’hommes et de femmes de différentes spiritualités, nous croyons que la dignité de toute vie humaine est inaliénable et que cette vie doit être respectée du début jusqu’à la fin. Pour accompagner la fin de vie, il existe déjà des lois, la plus récente étant la loi Claeys-Leonetti. Je crois notamment, avec beaucoup d’autres, que les soins palliatifs, s’ils étaient déployés à la mesure de ce que la loi a prévu, devraient permettre que personne ne se retrouve seul face à la souffrance. Il me semble important et nécessaire pour le présent et l’avenir de notre société de nous y engager afin de promouvoir l’accompagnement dû aux personnes en fin de vie et d’éviter le recours à des solutions qui, à terme, pourraient profondément remettre en question le sens et l’objectif des soins aux personnes.
Plus largement, je souhaite que les nombreux défis sociétaux, qu’il s’agisse du défi de la discussion du projet de loi sur la fin de vie, ou encore de celui de l’immigration et des peurs qu’elle suscite, ou celui de la transition climatique, celui aussi de la pauvreté, celui des violences faites aux femmes et de toutes les formes de violence à l’encontre des personnes, je souhaite que ces nombreux défis puissent donner lieu à de véritables débats, emprunts de respect et d’écoute, afin qu’ensemble, dans la diversité de nos croyances et de nos convictions, nous puissions rechercher le bien commun et contribuer ainsi à l’avènement d’une société plus juste et plus humaine.
Oui, je souhaite qu’ensemble, nous ayons à cœur de continuer à relever le grand défi de la fraternité pour qu’elle ne reste pas qu’un simple mot dans la devise de notre République.
Voilà pourquoi, je tiens à exprimer ma profonde gratitude et ma reconnaissance à celles et ceux qui, ici en Périgord, valorisent la rencontre, le dialogue, le débat des idées, parfois aussi le combat des idées plutôt que celui des personnes et qui, ce faisant, ouvrent des chemins de paix.
Notre monde en crise a besoin de veilleurs, de ces hommes et de ces femmes capables de nous éveiller et de nous rendre attentifs à ce monde nouveau qu’il nous appartient, pour une part, de faire advenir par nos choix de vie et nos choix sociétaux au cœur même des secousses qui, à tout moment, pourraient contribuer à nous autodétruire.
Dans cette perspective, je forme le vœu qu’ici, en Périgord, nous soyons et nous devenions des bâtisseurs de ponts entre l’humain, l’économique, le social et le culturel plutôt que de perdre notre temps et notre énergie à construire des murs !
Comme le Pape Léon nous y a invités, nous et tous les hommes et les femmes de bonne volonté, soyons et devenons des artisans de paix, à travers nos engagements concrets et quotidiens et dans l’exercice de nos différentes responsabilités. Même si, à travers les différents conflits qui marquent notre monde, nous mesurons que la paix ne dépend pas que de notre seule bonne volonté, je suis convaincu qu’un dialogue franc et respectueux entre des personnes qui cherchent la vérité au-delà des idéologies, des intérêts particuliers et des opinions diverses, contribue à ouvrir des chemins de paix. C’est aussi le vœu que je forme pour nous tous qui vivons en Périgord.
Au service de la paix, je me réjouis des liens d’amitié qui, ici, en Périgord, se sont tissés entre les différentes Églises chrétiennes et avec les autres religions. Ils attestent de cette réalité que les religions peuvent contribuer à l’avènement d’une société fraternelle, d’une société respectueuse des différences ! Et le Jubilé de la Fraternité que nous avons vécu en novembre dernier à Trélissac a mis en lumière cette réalité comme un signe d’espérance pour tous.
Permettez-moi maintenant d’adresser une parole particulière à mes frères et sœurs catholiques.
Avec l’année 2025, s’est achevé le Jubilé de l’espérance initié par le Pape François et poursuivi par son successeur, le Pape Léon XIV. L’un des signes du Jubilé est le passage des Portes saintes à Rome. Ici, en Périgord, les catholiques ont été invités à passer des portes d’espérance, comme pour mieux nous rappeler qu’avec le Christ, dans la foi et l’espérance, des portes peuvent s’ouvrir là où tout semble si souvent fermé.
Les temps forts qui ont marqué ce Jubilé pour l’Église catholique en Périgord, les différents pèlerinages à Rome, le Jubilé de la Fraternité, le Jubilé des enfants et des jeunes, le Jubilé des personnes détenues, et tant d’autres initiatives, sont un encouragement à suivre le Christ pour puiser en lui et dans l’Évangile une foi vivante, porteuse de paix et d’espérance auprès de tous.
Je tiens à exprimer ma reconnaissance aux frères prêtres et diacres, aux religieux et religieuses, aux fidèles laïcs qui, dans l’humble fidélité au quotidien, sont au service de la vie et de la mission de l’Église en Périgord. Par vos différents engagements, vous témoignez de la présence vivante de l’Église catholique au plus près des personnes, dans nos territoires ruraux et nos cités. Vous manifestez concrètement que les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes et des femmes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les vôtres, ceux de l’Église, et qu’il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans nos cœurs de disciples du Christ. (Cf. Gaudium et Spes, n°1)
Au mois d’octobre dernier, avec une petite délégation, nous nous sommes associés à la joie de l’archidiocèse de Garoua, au Cameroun, pour le 70ème anniversaire de sa création et la consécration de sa cathédrale ! Ce lien qui unit notre diocèse à celui de Garoua, comme nous le rappelle l’heureuse présence de prêtres de ce diocèse chez nous pour le service de la mission, nous permet de ne pas oublier que si notre Église, ici en Périgord, est riche d’une histoire multiséculaire, elle n’en demeure pas moins en pèlerinage, appelée à témoigner de l’étonnante jeunesse de l’Évangile et de son actualité pour ce monde.
C’est le sens du rassemblement diocésain de Pentecôte 2026 qui prendra la forme d’un pèlerinage diocésain vers notre cathédrale Saint Front, en signe d’unité et dans un élan missionnaire renouvelé. Nous serons invités à vivre une marche spirituelle et fraternelle ouverte à tous, petits et grands, jeunes et moins jeunes, personnes bien portantes, malades, handicapées, avec une attention particulière à celles et ceux qui seront confirmés ce jour-là, ainsi qu’à tous ceux qui frappent à la porte de notre Eglise !
Dans cette perspective, tout sera mis en œuvre pour que cette marche vers la cathédrale soit aussi une marche où celles et ceux qui ne peuvent pas marcher, puissent y être associés autrement ! Je forme le souhait que nous soyons nombreux à répondre à cet appel.
Je nous invite aussi à nous réjouir de la richesse de nos édifices religieux, et je remercie ici les municipalités, l’État, la région et le département pour tous les investissements faits en vue de l’entretien de ces édifices qui constituent un fleuron de notre patrimoine commun.
Le 8 décembre dernier, j’ai présidé la bénédiction du nouveau centre spirituel de Chancelade, au Logis de l’Abbé, qui vient s’ajouter aux autres lieux de ressourcement spirituel de notre diocèse (je me permets de citer seulement l’abbaye d’Echourgnac et nos sœurs, ainsi que le prieuré de St Jean-Baptiste à Echourgnac aussi). Ces lieux dans leur diversité sont précieux. Ils contribuent à cultiver l’intériorité, cet espace intérieur en chacun de nous, cette “tente” de la rencontre, du dialogue, de la réconciliation et du renouveau.
Je souhaite que ces lieux de ressourcement spirituel, ouverts à tous, nous aident à faire émerger en nous le veilleur qui sommeille, à intérieur de chacun et de chacune de nous, disposé à se laisser transformer, pour apprendre à regarder autrement notre monde et à discerner dans les secousses du temps présent des chemins d’enfantement.
Pour conclure, en ce début d’année, je forme des vœux simples de dialogue, de paix, de fraternité et de solidarité. Que nous sachions reconnaître ce qui fait déjà grandir l’espérance. Que nous ayons le courage d’ouvrir des chemins porteurs de vie et d’humanité, avec une attention renouvelée aux plus fragiles d’entre nous et qu’ensemble, nous apprenions à servir le bien commun et la paix.
À chacune et chacun d’entre vous, à vos proches, à celles et ceux dont vous avez la charge, à celles et ceux qui vivent en Périgord, je vous souhaite la paix, cette paix à laquelle nous aspirons tous et que nous savons brisée en tant d’endroits de notre planète. Tel est mon vœu le plus cher. Tel est aussi le cœur de ma prière et de ma pensée pour vous, au début de cette nouvelle année.
Et maintenant, prenons le temps du partage fraternel et de la convivialité. Merci à tous de votre présence et merci à l’équipe du St Jacques qui a préparé ce moment.
+ Philippe MOUSSET,
évêque de Périgueux et Sarlat