Un dimanche par an pour célébrer l’importance de la Parole de Dieu, c’est bien, mais c’est peut-être peu.
Longtemps, dans l’Église catholique, l’étude et la transmission des Écritures étaient un domaine réservé aux prêtres et religieux et les laïcs n’étaient pas aussi familiers de la Parole que dans la tradition protestante par exemple.
Dans les maisons, la Bible était posée avec respect sur un meuble, et la Parole était comme enfermée dans un coffret rarement ouvert. Le seul fait de sa présence suffisait à lui donner une dimension sacrée, protectrice, voire magique.
C’était essentiellement à l’église, durant la messe, que la Parole était accueillie avec plus ou ou moins d’attention, selon la chaleur et la conviction de la voix qui la portait, souvent faible, rapide et monotone. Qu’en restait il une fois franchie le porche de l’église ?
Les séances de catéchisme ne lui ont pas toujours fait la part belle. Les textes de l’Ancien Testament étaient trop souvent proposés comme des récits pittoresques, isolés du contexte global de la Révélation. Quant aux Évangiles, ils étaient l’occasion de leçons de morale qui ne vibraient pas assez de l’Amour que nous portait Le Christ vivant.
Ce fut du moins ma propre expérience.
Peu à peu, les chrétiens laïcs ont exprimé leur désir de mieux connaître et d’approfondir la Parole de Dieu et les paroisses ont vu naître des groupes d’études bibliques, souvent animés par des prêtres cultivés. Mais il pouvait arriver que notre parole étouffe la Parole. A force de décortiquer les textes, nous en perdions la sève qui devait toucher notre âme.
Les petits livrets tels que « Prions en Église » ou « Paroles et prières » ont contribué à faire entrer la Parole dans le quotidien de nos vies, encore faut il les tenir au plus proche de nous.
Aujourd’hui, La Parole de Dieu a envahi Internet et nous ne comptons plus les propositions qui nous sont faites pour étudier la Bible. Initiatives louables et utiles si nous savons en choisir la source et ne pas faire de cette approche un simple tutoriel de plus.
Comme beaucoup de chrétiens, il m’a fallu du temps pour comprendre et faire l’expérience que la Parole de Dieu un contact un contact intime, respectueux, familier et fréquent, avec l’attention que l’on accorde aux rencontres importantes. Car la Parole est essentiellement RENCONTRE. Déstabilisante quand elle questionne le concret de notre vie, secourable quand elle offre une réponse à nos questionnements, salvatrice quand elle nous aide à traverser les ténèbres de nos vies. Se familiariser avec la Parole de Dieu, c’est engranger une nourriture précieuse pour chaque jour, mais aussi pour les jours de disette, comme fait la fourmi de la Fable.
Je me souviens de cette amie dont le mari venait juste d’être terrassé par un AVC sévère et qui a répondu à ma propre angoisse en citant Saint-Jean : « Si tu crois, tu verras la Gloire de Dieu ». Je la savais nourrie des Écritures, ce jour-là, j’ai vu combien la Parole pouvait être vivante, véritable lumière sur nos pas. Je n’oublie pas non plus mes propres moments d’attente inquiète ou de gratitude, qui furent éclairés par la venue spontanée sur mes lèvres de versets ou psaumes.
Notre familiarité avec la Parole affine la relation que nous pouvons établir avec Dieu, et nous prépare à une authentique vie spirituelle où Dieu pourra vivre en nous au-delà des mots.
Alors qu’il était proche de la mort, Saint François d’Assise déclina l’offre d’un de ses frères qui voulait lui faire la lecture d’un passage des Prophètes pour alléger ses souffrances. Son biographe,Thomas de Célano, nous rapporte l’explication qu’il donna à son frère : « Il est bon de recourir aux témoignages des Écritures, il est bon d’y chercher le Seigneur notre Dieu : en ce qui me concerne je me suis déjà suffisamment plongé dans les Écritures pour n’avoir plus maintenant qu’à les ruminer dans la méditation ; je n’ai plus besoin d’autre chose, mon fils, je connais le Christ pauvre et crucifié. »
Mais il faut être saint pour en arriver là.
Danièle Gatti