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Véronique Gorioux, aumônier de l’hôpital de Périgueux

En poste depuis le 17 février 2025, Véronique Gorioux revient sur son parcours et sur la mission de l’aumônerie hospitalière.

Pouvez-vous vous présenter ?


Mariée, 3 garçons, née dans les marais poitevins, dans une famille non pratiquante. Je me définie comme « chercheur de Dieu ». Baptisée à 25 ans, après le décès d’une personne très proche. La question de la mort s’est posée : peut-on mourir « vieux » et heureux ?
Cette quête m’accompagne toujours : les émotions de la fin de vie ? En quoi la vie se manifeste-t-elle jusqu’au dernier souffle ? Comment accompagner la personne unique, avec bienveillance jusqu’au grand passage dans sa singularité ?

Après 15 ans d’expérience dans l’accompagnement de personnes âgées dans une congrégation au niveau national, j’ai accompagné en pluridisciplinarité des problématiques d’avancée en âge : l’annonce d’une pathologie, l’addiction, la dépression, la solitude, passer d’un agenda plein à un agenda vide, se sentir inutile.

La longévité de la vie s’est allongée, c’est une réussite scientifique. Mais comment bien vieillir ? C’est la décennale 2020-2030 de L’OMS qui interpellent tous les professionnels de santé : “bien vieillir”. Ce qui amène le travail de réflexion à cette question : « comment rester en autonomie le plus longtemps possible ? » C’est fréquent aujourd’hui de vivre jusqu’à 100 ans, je ne dis pas que c’est bien ou pas bien, c’est la réalité.

Passionnée par ces sujets de la vie jusqu’au bout, j’ai validé un diplôme universitaire à la faculté de médecine de Montpellier, sur l’anthropologie du vieillissement : qu’est-ce que vieillir dans notre société et qu’est-ce que cela nous fait vivre intérieurement ? Car ne rien vivre n’est pas possible, quel que soit l’âge.
En 2024, j’ai validé un autre diplôme universitaire, à l’Institut catholique de Paris, sur les abus (sexuels, de conscience, de pouvoir, etc…) et la bientraitance : accompagner, écouter, prévenir. Cela m’aide aujourd’hui dans ma mission d’aumônier envoyée par l’Eglise : évoluer, collaborer avec des professionnels de santé dans un cadre institutionnel public.

Notre condition humaine commune est de naître, croître, diminuer et mourir, c’est universel mais chaque personne est unique.

La question de la fin de vie et du mourir est un sujet tabou dans notre société, pourtant je vous assure que les personnes qui traversent cette étape de vie ont besoin de parler pour beaucoup, de nommer les choses : livrer un pan de vie, exprimer sa colère, sa tristesse, sa gratitude aussi… Bien-sûr, le service de l’aumônerie accompagne tous les âges, à tout âge on peut être hospitalisé.

Aujourd’hui, on vit plus loin de nos aînés…


C’est vrai. Il y a trente ans, on veillait encore les défunts dans les villages, en famille, dans la solidarité. Aujourd’hui, le défunt disparaît. Il est pris en charge, on ne le veille plus pourtant cette manifestation de solidarité participait à faire le deuil. Nous sommes dans une société qui valorise la performance, le beau, la jeunesse, la bonne santé…, nous oublions littéralement que mourir fait partie de la vie.
Dans ce moment d’épreuve de nos vies, parce qu’on est tous concernés par une hospitalisation, on a besoin d’une prise en charge et aussi de donner du sens à la réalité de ce qui est à vivre aujourd’hui.
Toute personne qui a besoin de parler est accueillie, écoutée par l’aumônerie sans jugement, dans le respect de la croyance ou non-croyance de la personne.

Combien de personnes composent l’aumônerie à l’hôpital de Périgueux ?


Il y a une équipe de 14 bénévoles et un prêtre référent, je suis salariée de l’hôpital. L’Aumônerie dépend de la pastorale de la santé du diocèse. La mission de l’aumônerie est encadrée par la loi de 1905 : neutralité et respect des croyances. Il y a une double hiérarchie dont l’aumônier dépend : l’Eglise et l’hôpital.

N’y a-t-il pas contradiction entre laïcité et mission d’aumônier ?

Non, c’est complémentaire. Je suis une collègue parmi les 2600 salariés de l’hôpital. J’accueille patients, salariés, et proches, à leur demande et dans une absolue confidentialité. N’importe qui peut, en particulier dans les moments d’épreuve, ressentir le besoin de parler. L’aumônerie accueille tout le monde sans distinction. L’aumônerie propose 1 messe tous les 15 jours dans les ehpad du CHP. L’aumônerie permet aux personnes qui en font la demande recevoir le sacrement de communion. L’aumônerie est en lien avec tous les prêtres de la paroisse dont le CHP de Périgueux dépend pour les autrs sacrements : réconciliation, onction des malades
Un véritable soutien est manifesté par l’Eglise locale auprès des personnes hospitalisées grâce à l’adhésion à un calendrier annuel des astreintes de l’aumônerie. Tous les jours il y a une présence et tous les week end.  

Les bénévoles sont-ils formés ?


Oui, régulièrement, et en lien avec d’autres diocèses. Nous nous retrouvons chaque semaine pour partager nos expériences, et analyser nos pratiques. C’est essentiel pour ne pas rester seul et pour continuer à s’enrichir ensemble.

Avez-vous un souvenir marquant ?


Récemment, Fabien en fin de vie (pianiste), m’a demandé, lors d’une visite : « j’ai droit au baptême moi ? » Spontanément, je lui réponds « biensûr que vous avez droit au baptême… » Ses yeux se sont éclairés de joie. J’ai ensuite fait un retour au médecin du service qui m’a confirmé que ses jours étaient comptés. Avec la collaboration de l’équipe soignante, et grâce à la présence d’un prêtre du diocèse de Périgueux et Sarlat, à 9h le lendemain la baptême a eu li. Il est mort trois jours plus tard. Il avait sans doute attendu d’être enfant de Dieu pour partir… J’ai eu l’honneur d’être sa marraine.
Comment vivez-vous cette mission au quotidien ?

Auprès du patient, nous sommes deux pauvres qui marchons côte à côte. Nous sommes tous des handicapés, pour certains ça ne se voit pas. La personne vit l’épreuve de l’hospitalisation, elle est alors au cœur de notre attention avec discrétion, bienveillance, dans le respect de ces croyances ou non croyances. Cette mission nourrit ma vie de femme, d’épouse, de mère, de laïque. Être utile pour son prochain, tout en prenant soin de soi. Et puis le rire aussi, quand il est possible, fait beaucoup de bien. Prendre soin de soi, c’est se donner des espaces de silence, de calme et de ressources.

Propos recueillis par C. Foucher

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