thierry_niquot-2Depuis le jeudi 28 février au soir, le siège du successeur de l’Apôtre Pierre est vacant, suite au choix de l’actuel “pape émérite“ Benoît XVI de renoncer à l’exercice du ministère pétrinien.

Tant de choses ont été écrites ou dites sur cette décision sans précédent dans la récente histoire de l’Eglise. Ce qui m’a le plus surpris, parfois même attristé, c’est que d’aucuns, y compris au sein de l’Eglise, se soient octroyés le droit de commenter une décision qui, selon les propres paroles de Benoît XVI, a été prise, après qu’il a examiné sa conscience devant Dieu. Ma surprise ne provient pas tant des commentaires que de ce qu’ils laissent entrevoir, à savoir une forme de déni de la liberté de conscience qui est pourtant l’un des apports majeurs de la Révélation biblique et chrétienne. Le Concile Vatican II nous l’a rappelé avec force : “La conscience est le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre“ (Constitution Gaudium et Spes, n°16). Partant de là, qui sommes-nous pour juger du bien-fondé d’une décision qui a été prise par une personne, fût-elle le pape, en son âme et conscience ? L’attitude la plus juste reste celle du respect, même si nous sommes en droit de ne pas comprendre et d’en être déroutés !

Concernant le pontificat de Benoît, il nous faudra probablement un peu de temps pour en recueillir tous les fruits, bien au-delà des sondages d’opinions qui ont mis en avant le fait que l’Eglise en sortirait affaiblie ! Il nous faudra du temps pour reconnaître que le Seigneur a donné à l’Eglise et au monde, dans la personne de Benoît XVI, le successeur de Pierre qu’il lui fallait pour ce temps… Un homme qui, avec ses richesses et ses pauvretés, s’est comporté comme un humble ouvrier dans vigne du Seigneur… Un homme qui, en fidélité à Jésus-Christ, a donné sa vie, jusque dans sa libre renonciation à l’exercice du ministère pétrinien, par amour de Dieu et des hommes, pour la vie et la mission de l’Eglise en ce monde !

A l’heure où le siège du successeur de Pierre est vacant, nous sommes appelés, comme disciples et témoins de Jésus-Christ, à la confiance en l’Esprit Saint, nous rappelant les paroles de Jésus, avant sa passion et sa mort : “Je ne vous laisserai pas orphelins. Je viendrai vers vous.“ (Jn 14,18) Parce que nous savons en qui nous avons mis notre foi, nous n’avons aucune raison de nous agiter à la manière de tant d’hommes et de femmes en ce monde, aucune raison de penser que nous avons été abandonnés. C’est lui, Jésus-Christ, qui est la tête de ce corps qu’est l’Eglise et rien ne nous permet de conclure qu’avec la renonciation de Benoît XVI, l’Eglise aurait perdu sa tête !

La vacance du siège pétrinien est un appel pour chacun de nous et pour nos communautés à revenir à Celui qui est au fondement même de l’Eglise, de sa vie et de sa mission, à Jésus-Christ qui a promis à son Eglise que les portes de l’Hadès (enfer) ne tiendront pas contre elle (Cf. Mat. 16,18).

Cette promesse ne cesse pas de s’accomplir depuis 2000 ans, malgré les vicissitudes de l’histoire : elle est le signe que l’Esprit Saint est à l’œuvre et que, le moment venu, il donnera à l’Eglise le successeur de Pierre qui saura, dans la foi en Jésus-Christ, mener cette barque, autrement que Benoît XVI, mais avec au cœur un même amour, celui de Dieu et des hommes.

Accueillons donc comme un appel à l’espérance ces paroles de Benoît XVI, dans son adresse aux cardinaux, le jeudi 28 février : “L’Église vit, grandit et se réveille dans les âmes qui, comme la Vierge Marie, accueillent la Parole de Dieu et la conçoivent par l’œuvre de l’Esprit Saint. Elles offrent à Dieu leur propre chair et, précisément dans leur pauvreté et leur humilité, deviennent capables d’engendrer Dieu aujourd’hui dans le monde. À travers l’Église, le mystère de l’Incarnation demeure présent pour toujours. Le Christ continue à avancer à travers le temps et en tout lieu.

 Thierry Niquot,Vicaire épiscopal pour le Périgord Centre
Publié dans Eglise en Périgord N°5