« Qu’est ce que cela peut faire ? Tout est grâce. » Telle est exactement la phrase de Sainte-Thérèse de l’Enfant Jésus qui est venue me percuter il y a plusieurs années et qui m’accompagne un peu comme un mantra, quelles que soient les circonstances, mais avec plus ou moins de conviction. Je l’ai accueillie simplement, donnant au mot « grâce » le sens de don de Dieu dont l’Amour cherche à ma rejoindre dans le quotidien de ma vie.
Il est des jours bénis où il m’est facile de dire et de croire que tout est grâce. Les jours où je me sens vivante, en harmonie avec la création et les créatures, consciente de recevoir ma vie de Dieu. Des jours où mon âme est comme dilatée, ouverte à la douce banalité du quotidien comme à l’approche du mystère. Il est des moments où je suis même submergée jusqu’aux larmes, sans que j’y sois préparée : Beauté d’un paysage, d’un jeu de lumière, d’un animal, d’une fleur, d’un rocher qui me parle du créateur…Beauté de l’âme d’une personne qui se fait pour moi canal de la grâce à travers une œuvre d’art, une délicatesse, un sourire, un engagement généreux…
Il y a même des jours où j’expérimente qu’il y a « en moi plus grand que moi », un appel à me dépasser, à m’élever, et une capacité à le faire qui me surprend.
OUI, Ces jours là, il m’est facile de dire que « Tout est grâce » et de laisser couler ma gratitude telle une eau rafraîchissante.
Mais il y a aussi les jours sombres où mon âme se rétracte comme une sensitive, et se referme, imperméable à la réception de la grâce. Jours de souffrances physiques ou morales, jours d’échec, d’abandon, de trahison, de solitude. Jours où la souffrance des autres me révolte, dans les hôpitaux, les prisons, les camps de réfugiés, les pays en guerre, sans oublier la cruauté des faits divers de notre société qui me ferait douter de la bonté de Dieu et des hommes.
Oui, Ces jours là, il est m’est bien difficile de dire « Qu’est ce que cela peut faire, Tout est grâce. »
Lorsque Sainte-Thérèse a prononcé cette phrase, elle avait 23 ans, était en fin de vie, torturée par les souffrances de la tuberculeuse, plongée dans une nuit de la foi depuis des mois et tentée par le suicide. Dire que « tout est grâce » dans ces circonstances n’est pas de l’héroïsme, c’est un niveau de sainteté dont je me sens bien incapable.
Pourtant, je sais que cette phrase recouvre une vérité profonde que j’accueille dans la foi, mais aussi dans une certaine expérience. Derrière la porte close de mon âme, je sais que la grâce cherche les fissures par lesquelles elle pourra me rejoindre, même goutte à goutte. Elle est là comme un murmure qui m’invite à l’abandon confiant, une présence qui me rejoint dans l’obscurité, comme celle d’une mère pour l’enfant qui pleure dans sa chambre.
Pour être accueillie, la grâce a besoin de silence, d’attention, de disponibilité. Telles sont les conditions privilégiées que m’offre le temps des vacances ; un temps pour regarder les bénédictions que je reçois et rendre grâce, un temps pour regarder le plus paisiblement possible ce qui me fait mal, et tenter de tout déposer au pied de la Croix dans un regain de confiance, un temps pour m’engager à être pour les autres le canal de la grâce.
Un temps pour demander la grâce de croire que Tout est grâce.
Danièle Gatti