Le dimanche 16 octobre, à 15h30, en la cathédrale Saint Front de Périgueux, le diocèse accueillera un nouveau diacre, Stéphane Julien, bergeracois. Pour nous, il revient sur son cheminement.

Pouvez-vous vous présenter ?

Stéphane Julien / Je m’appelle Stéphane Julien, j’ai 52 ans, et nous sommes mariés Ségolène et moi depuis 30 ans. Nous sommes parents de quatre enfants entre 30 et 22 ans. Je travaille à Bergerac, à la Madeleine, où j’exerce la profession de podologue- posturologue.

Vous allez être ordonné diacre le 16 octobre prochain. Quel est a été votre parcours ?

S. J./ Il a débuté dans une famille catholique pratiquante, mais “explosée”, car ma mère a divorcé alors que j’étais très jeune. La foi était omniprésente chez moi, mais, comme le divorce a eu lieu avant Vatican II, c’était compliqué pour une divorcée à cette époque. La relation de maman à l’Église, a donc été un peu difficile. Cependant, et sans doute parce que c’était difficile, elle a fait le choix de me donner une éducation religieuse par le biais de l’institution Saint-Front, à Bergerac.

Je pense que mon cheminement a commencé dès la cellule familiale, par le parcours que j’ai pu avoir au sein de cette institution où les prêtres étaient omniprésents et le catéchisme obligatoire. Ensuite, il y a eu la seconde, avec l’aumônerie, ou du moins la réflexion spirituelle qui y était présente.

Lors de la célébration, on reconnaît le diacre à son étole, portée en diagonale. ici des diacres, lors de l'installation de Mgr Mousset, en 2014

Lors de la célébration, on reconnaît le diacre à son étole, portée en diagonale. Ici des diacres, lors de l’installation de Mgr Mousset, en 2014

C’est un cheminement qui a commencé il y a longtemps.

S. J./ Oui. Un prêtre dominicain nous avait dit un jour : « Il y a des Astérix et des Obélix », et moi je suis Obélix : j’ai été trempé dedans quand j’étais petit !

Je ne dis pas que c’est un chemin linéaire sans cailloux, mais c’est quelque chose qui me porte depuis très jeune.

Alors, quand l’appel au diaconat a eu lieu, il y a plus de vingt ans, je n’ai pas été surpris.

Je n’ai pas accepté, ou plutôt nous n’avons pas accepté tout de suite. Parce que nous avions des enfants en bas âge, parce que nous avons eu une relation à la foi un peu fluctuante entre ma femme et moi… Quand j’étais proche de l’Église, elle en était plus éloignée et vice-versa ; ce n’est vraiment que récemment que nous avons réussi à unifier cette relation à l’Église, et c’est pour ça qu’on a vraiment commencé le discernement il y a 6 ans.

Ségolène a été confirmée un peu tardivement, l’équipe d’accompagnement nous avait proposé de nous orienter vers le diaconat mais elle est tombée gravement malade ; on s’est alors dit que ce n’était pas le moment, qu’il fallait avant tout gérer les priorités. Une fois ces priorités gérées, on a de nouveau été appelés, et on s’est dit “on y va”.

Nous avons suivi une première année de discernement à Périgueux avec 5 autres couples. Puis nous avons été 4 couples à accepter de continuer la formation à Agen.

Pourquoi avez-vous été appelé ?

S. J./ Je ne sais pas, c’est très étonnant. On sent bien qu’on a une place à prendre dans l’Église, mais cette place on l’avait déjà prise, puisque nous étions investis depuis longtemps dans l’aumônerie, avec les pères Magimel, ou Veyssière…

Alors pourquoi à un moment donné, a-t-on senti en moi que je pouvais aller un peu plus loin ? C’est une question que je me pose encore, et que je me poserai longtemps, je crois…

J’ignore pour quelle raison on est appelé, finalement. Je pense que lorsqu’on est catholique, on a tous le devoir de transmettre… Donc je ne sais vraiment pas pourquoi moi.

Mais diacre c’est un peu plus que transmettre, c’est aussi servir, non ?

S. J./ Bien sûr, mais je suis convaincu que tout baptisé doit transmettre et servir. C’est un rôle qui, dès l’instant où on adhère au Christ, est dévolu à chaque membre de la communauté.

Quand on devient diacre, et je m’en rends compte de plus en plus, on entre dans la lumière par rapport aux autres. Pourtant je pense que, dès lors que l’on est baptisé, on devient “diacre”, d’une certaine manière, ce qui est faux, bien sûr, théologiquement !

Mais je pense quand même que par notre baptême on est tous appelé à ce service d’Église et à la transmission de notre foi et de la Parole…

Ordination de diacres en 2007

Autour de Mgr Mouïsse, Yvon Ribeyron et Alain Schott, derniers diacres diocésains, lors de leur ordination en 2007.

Lorsque vous parlez du diaconat, vous parlez du couple, c’est important, pour vous ?

S. J./ C’est indissociable. Je crois que l’Église devrait se poser la question de la place de la femme du diacre. La vie d’un diacre, pour celui qui est marié, est indissociable de sa vie d’époux et de parent. La formation théologique est vécue à deux, Ségolène m’a suivi pendant 4 ans. Et, pour autant, elle ne sera pas ordonnée, même si elle n’en n’aurait pas eu envie. C’est étonnant cette formation identique pour deux rôles qui seront finalement différents. Je trouve qu’on ne sait pas trop quoi faire de cette “femme de diacre”.

Mais vous avez raison : on est appelé parce qu’on est cet homme marié, et on est cet homme marié parce qu’on est marié avec cette femme-là.

C’est quoi pour vous un diacre ?

S. J./ Vous l’avez dit : c’est un serviteur. Je vais certainement être porté dans mon travail par ce ministère que je vais recevoir, sans pour autant forcément mettre en avant mon statut de diacre au quotidien.

Je sais que je suis serviteur, déjà, comme je vous l’ai dit, par le baptême, mais là ce sera de manière sans doute différente. Évidemment, je n’appréhende pas encore totalement cette vie de diacre, puisque je ne suis pas encore ordonné.

Je crois qu’il y aura une réelle différence entre l’avant et l’après. Par le rôle du diacre dans la communauté, pour les mariages, les baptêmes, les enterrements, pour l’homélie, je serai sans doute vu différement dans le quotidien.

Mais être diacre, c’est avant tout être un serviteur proche de tous. Je crois qu’on a le devoir d’aller vers l’autre, d’aller vers celui qui, justement, n’est pas dans l’Église. Une image veut que le diacre soit le serviteur du “seuil” : celui qui se place entre ceux qui sont dans l’Église et les autres. L’idée étant de mettre le pied dans la porte pour qu’elle ne se referme pas sur ceux qui sont à l’extérieur. C’est peut-être un peu ça, le diacre.

Ce n’est que ma vision. Certainement que d’autres amis ordonnés verront ce rôle du diacre différemment mais je pense qu’on a une place importante dans la communauté humaine.

Vous avez dit que chaque baptisé est déjà serviteur et “un peu diacre” aussi… Alors pourquoi avoir choisi d’être diacre ? Qu’est-ce que cela vous apportera de plus ?

S. J./ Du travail ? (rires) Ça va m’apporter une mission, quelque chose de plus précis sur ce qu’est mon rôle.

Sûrement aussi, et on l’a déjà touché du doigt dans la formation, une fraternité. On se sent parfois bien seul dans l’Église. On vit l’aspect communautaire le dimanche, à la messe, mais dans le fil de la semaine, on se retrouve parfois isolé. La fraternité diaconale, que j’ai pu sentir dans la formation et même ici dans la paroisse, est quelque chose d’important. Je ne suis pas quelqu’un qui se révèle seul, j’ai besoin d’une équipe, de personnes avec moi. Et j’ai vraiment ressenti cette fraternité.

Ensuite, je pense que l’homme que je suis ne sera pas forcément différent, sauf qu’il aura le dimanche une aube et une étole. Finalement, dans la proximité et dans ce que je ressens de plaisir à partager avec mes frères et sœurs, je ne pense pas que cela change grand-chose.

Devenir diacre m’apportera une responsabilité, sûrement parce qu’en devenant clerc, on change aussi d’état, ce qui n’est pas neutre. Le Père Bouron nous avait dit au début de notre formation : “N’oubliez pas qu’ontologiquement vous allez “devenir” diacres et vous le resterez toute votre vie.”

Après, on reste des êtres humains, et, humainement, je resterai la même personne avec toujours cette envie de transmettre et d’essayer de partager ce que notre pape a appelé : “La joie de l’Évangile.”

Vous parliez de fraternité diaconale, il y a onze diacres en Dordogne, quels contacts avez-vous eu avec eux ?

S. J./ Cela fait deux ans que nous sommes invités avec Ségolène à leur rencontre annuelle de partage en fin d’année. Lors de ces moments, on ressent très fortement cette fraternité. Et je trouve que c’est très important de savoir que l’on n’est pas seul. On sait bien que dans notre mission la responsabilité nous incombe, mais on sait que l’on va pouvoir la partager et confronter notre expérience à celle des autres. On sait aussi que l’on peut parler dans un dialogue de bienveillance.

Stéphane et Ségolène Julien

Stéphane et Ségolène Julien

Quel est l’importance selon vous du mariage du diacre ? Même si on peut être diacre et célibataire…

S. J./ Pour moi c’est primordial, Ségolène est une épaule, une écoute, avec laquelle il est évident que je pourrai partager. Et je me demande comment des célibataires peuvent faire, sans cette écoute privilégiée.

J’ai aussi accepté le diaconat parce que je suis marié avec Ségolène. Il est évident qu’on a cette relation de confiance, de partage, même s’il n’est pas question de tout dire, évidemment.

Porter, l’un et l’autre les difficultés de l’un et de l’autre, c’est aussi le rôle du mariage. Au-delà de fonder une famille, c’est aussi pouvoir se confier l’un à l’autre. Et, j’insiste, le diaconat je l’ai aussi accepté parce qu’il y avait Ségolène.

Comment vos enfants on pris votre décision de devenir diacre ?

S. J./ Il faut remonter à 5 ans : notre dernière fille qui avait 17 ans l’a très mal vécu. Ses frères et sœurs sont allés la chercher et l’ont raisonnée. Plus âgés, ils ont été plus compréhensifs et nous ont dit que pour eux c’était une évidence. L’appel nous avait surpris avec ma femme, pas eux.

Finalement notre plus jeune fille a accepté d’assister à mon ordination, ce qu’elle se refusait à faire durant plusieurs années. Pour résumer ça n’a pas été simple au début et puis finalement…

C’est le cheminement d’une famille en réalité…

S. J./ Nos quatre enfants vont participer à des degrés divers à la célébration d’ordination en fonction de leur charisme, et  nous en sommes très heureux. Je crois que vous avez raison, c’est le cheminement d’un couple au départ, mais c’est aussi le cheminement d’une famille. Parce que ça rejaillit sur nos enfants, sur ma mère, sur mon oncle et ma tante, etc. C’est vrai. C’est une personne seule qui est ordonnée mais la famille reçoit quelque chose.

À une époque où les vocations de prêtres se font de plus en plus rare, et où on parle du célibat comme d’une cause à cette absence de vocation, on n’a pas non plus l’impression qu’il y ait beaucoup plus de vocations diaconales…

S. J./ Non, je ne pense pas que le mariage soit vraiment un problème, car je pense que nos frères protestants vivent la même chose alors que les pasteurs peuvent se marier. Je crois que le problème de la vocation n’a pas de rapport avec le mariage.

On est dans une société individualiste, où la personne prime plus que le groupe. Et le diaconat va à l’inverse de ça, on est là pour les autres et c’est là que réside, d’après moi, la difficulté. Car il faut que nous révélions davantage les autres que nous même. Dans une société où on privilégie la réussite personnelle, est-ce une réussite personnelle que de penser aux autres ? Quand on écoute les infos on n’en n’a pas l’impression…

Et puis l’engagement diaconal et presbytéral sont des engagements vraiment différents. Un ami célibataire, ordonné diacre l’année dernière, à qui on demandait pourquoi il n’était pas devenu prêtre, répondait qu’il ne se sentait pas appelé à la vocation de prêtre mais à celle du diaconat. Il a un métier qui lui plaît. Il donne sa vie au Seigneur, mais de manière différente.

Que peut-on vous souhaiter pour le 16 octobre et après ?

S. J./ De garder la confiance que j’ai reçue il y a très longtemps, et que celle que j’ai dans l’humanité et dans le Christ reste indéfectible.

Propos recueillis par Christian Foucher,
pour Église en Périgord n°18, Septembre 2016