Pour la première fois depuis 800 ans, les ossements de Saint -François d’Assise ont été exposés à la vue de tous : squelette fragile, usé par les stigmates de la maladie, des longues marches en toutes saisons, des nuits brèves, allongé à même la terre ou la roche, des jeûnes et autres négligences.
Ces os semblables aux nôtres ont porté la sainteté d’un homme jusqu’à l’ultime étape de son chemin de conversion où il s’allongea « nu sur la terre nue » à l’heure de sa mort, entouré de ses frères. Aujourd’hui, ce squelette repose sur un coussin de soie, (qu’en aurait il pensé ?) et une foule ininterrompue venue du monde entier a pu l’honorer pendant un mois.
J’aurais aimé avoir ce privilège, simplement pour m’approcher au plus près de l’humanité d’un homme fait comme moi de chair et d’os, mais qui a su atteindre la sainteté.
Trop de légendes ont fait de François un être désincarné, entouré de mystères et de prodiges, alors qu’il fut, au contraire, un homme particulièrement en phase avec le réel. Sa vie ne fut pas épargnée par les souffrances du corps et de l’âme et son chemin de conversion fut lent, fait de ruptures douloureuses jusqu’à la dépossession de tout et de lui-même.
L’enfant gâté amoureux des belles choses, l’adolescent et le jeune adulte qui rêvait de gloire chevaleresque avait à découvrir pas à pas le projet de Dieu sur lui, au prix de longues heures de solitude et de prières tourmentées, dans des déserts de grottes ou de forêts.
Il lui a fallu découvrir la voie de la miséricorde en croisant le regard du lépreux pour lequel il n’avait que répulsion et faire l’expérience que dans l’amour « ce qui est amer devient doux. »
Il lui a fallu changer de regard et voir en tout homme un frère en Jésus- Christ, pour comprendre que seules la pauvreté radicale et l’humilité permettent de vivre une authentique fraternité.
Le combat intérieur fut rude et les temps difficiles, marqués comme aujourd’hui par la violence et les conflits divers qui minaient la société de son époque. Pourtant, c’est à travers toutes ces difficultés qu’il découvrit la joie parfaite, celle qui permet de tout accueillir et traverser, sans désespérer, parce qu’on se sait aimé de Dieu, celle qui peut faire de chacun de nous des artisans de paix.
Quand la voix du Pape Léon XIV s’élève avec fermeté pour dénoncer la folie des violences de notre époque et de nos égarements, rappelant les valeurs évangéliques, je crois entendre Saint-François qui a si bien su les incarner en tout temps, en particulier lors de sa rencontre avec le sultan en pleine guerre avec les croisés.
« Assez de l’idolâtrie de soi-même et de l’amour de l’argent ! Assez des démonstrations de la force ! Assez de guerres ! La véritable force se manifeste dans le service de la vie. »
La vie et le message de Saint-Francois nous démontrent que ces valeurs ne sont pas utopiques, mais bel et bien la seule voie capable de ramener la paix et la joie.
Faudrait-il inviter la belle figure du Poverello à la table des négociations sensées trouver une paix durable ?
Danièle Gatti