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Retour sur le pèlerinage en Turquie

S’il était encore besoin de dire et de confirmer l’impact et l’importance des pèlerinages dans la vie d’un croyant, les 16 pèlerins présents en Turquie du 16 au 22 septembre derniers et issus de 5 diocèses, seraient bien placés pour le faire… après avoir bravé tous les fantasmes, ignorance et appréhensions irrationnelles qui ont empêché tant de personnes…

L’intérêt particulier de celui-ci se situe à 2 niveaux essentiels :

1- Historique et catéchétique : Si la Palestine est la « Terre de Jésus », la Turquie est la « Terre de l’Eglise », la terre qui a bu le sang des martyrs et vu l’expansion vers l’ouest de l’Eglise naissante, après la Pentecôte, et de nombreuses églises des tout premiers siècles en témoignent qui, malgré les invasions successives et les séismes sont toujours en état, sans avoir été dégradées de manière définitive même si, certaines d’entre elles ont été converties en mosquées ces dernières années…

Ainsi, l’essentiel et le cœur de notre foi sont préservés dans ces lieux magnifiques ! Leur découverte rejoignait l’objectif du pèlerinage qui était de se replonger dans les différents conciles à l’occasion du 1700ème anniversaire du concile de Nicée en avançant, pas à pas, dans la compréhension de la construction des vérités de foi qui ont abouti à l’écriture de notre Credo dit de Nicée-Constantinople que nous proclamons encore aujourd’hui !

Nous avons un peu mieux compris l’inouï de notre foi et pourquoi, ce qui nous parait « normal » aujourd’hui a pu nécessiter autant de débats et de controverses, d’hérésies et d’excommunications, de chantiers et… de conciles puisque 4 d’entre eux ont eu lieu dans un petit quart nord-ouest de la Turquie, entre 325 et 451… pour affirmer la double nature de Jésus, la place de l’Esprit Saint ou la maternité divine de la Vierge Marie, entre autre… Nicée (Iznik) en 325, Constantinople (Istanbul) en 381, Ephèse (Selçuk) en 431, Chalcédoine (Kadikoy) en 451 ! Nous avons vraiment compris que la foi n’exclut pas la raison mais, au contraire nourrit la compréhension ; Foi et Raison nous menant à la même Vérité : Dieu, comme le dit St Augustin !

Cependant, si l’Église primitive était UNE lorsqu’elle porta ces conciles et ces réflexions, différentes branches s’en sont détachées plus pour des raisons politiques que théologiques, certaines s’étant rapprochées de Rome depuis et cherchant, aujourd’hui, à se rassembler. C’est la découverte de quelques-unes de ces Eglises d’Orient qui constitue le deuxième niveau d’intérêt…

2- « Visitation » de nos frères orientaux : Rencontre avec 3 responsables de communautés qui oeuvrent pour leur survie… Les chrétiens sont environ 150 000 en Turquie soit 0,5% de la population.

  • Rencontre avec Mgr Orlan Çanli, évêque Syriaque Catholique. Ancien bijoutier au Grand bazar d’Istanbul, marié, il est ordonné prêtre à 50 ans puis, très rapidement, évêque. Il partage son ministère avec un évêque émérite et 2 prêtres !… Le patriarcat se trouve au Liban.
  • Rencontre avec Mgr Sabri Anar, archevêque Chaldéen Catholique d’Istanbul depuis 2023 après 30 ans passés dans la paroisse chaldéenne de Sarcelles. Le Patriarcat se trouve en Irak.
    Ces 2 Églises sont catholiques orientales de tradition syriaque, séparées du tronc initial après le concile de Chalcédoine. Ce sont des Églises très anciennes, fondées directement par les apôtres en Mésopotamie, dans l’extrême sud-est de la Turquie et les cultes y sont célébrés en araméen (la langue de Jésus…), en arabe et en turc. Ces communautés, où ne restent que quelques familles, sont composées d’autochtones et de réfugiés irakiens en attente de départ pour des raisons économiques.
  • Rencontre avec Mgr Martin Kmetec, archevêque Catholique Latin de l’immense diocèse d’Izmir (13 prêtres de nationalités différentes dont un français). Franciscain conventuel, né en Slovénie, où il fut ordonné prêtre avant d’être envoyé à Beyrouth puis en Turquie, Mgr Kmetec devint évêque d’Izmir en 2021. Ce parcours dans des pays difficiles et répressifs lui « a appris le silence », nous a-t’il confié dans un doux sourire en nous accueillant dans son église St Polycarpe très endommagée par des séismes en 2020 et 2022 et à peine visible derrière de grands murs… Ici encore, la vie des prêtres et des communautés est très difficile laissant un sentiment « d’écharde dans la chair » à son pasteur, qui nous a demandé de prier pour lui…

Le message laissé par ces 3 évêques, à nous chrétiens nantis de pays nantis (quoique nous puissions en penser…), est le même : nourries par le témoignage des martyrs et s’appuyant sur les laïcs, les Eglises d’Orient, en proie à de terribles difficultés, doivent se recentrer sur leur mission de témoigner de l’Evangile en suivant le Christ qui a dit qu’Il serait toujours avec nous et pas que nous allions « conquérir le monde » ! Elles sont porteuses d’espérance et de paix par leur seule présence et Mgr Pascal Gollnisch, ancien directeur général de l’œuvre d’Orient, va jusqu’à dire que « l’Europe ne pourra avancer sans les chrétiens d’Orient. Un Orient sans chrétien ferait exploser cette région du monde et exploser, chez nous, la présence musulmane. »

Ne les abandonnons pas… au moins dans nos prières ! « On n’a pas besoin de discussions et de discours, seulement de témoignage et d’engagement ! » a conclu Mgr M. Kmetec en nous quittant…


Le pèlerinage s’est terminé par la messe dominicale à Meryeme Ana, la Maison de la Vierge Marie, à Ephèse, là où la tradition dit qu’elle aurait terminé sa vie près de l’apôtre Jean auquel Jésus l’avait confiée avant sa mort sur la croix… Ce sanctuaire est vénéré autant par les catholiques que par les musulmans et nous les y avons croisés, nombreux et surtout nombreuses, en ce dimanche après-midi ! Le hasard a voulu que nous apprenions, par des pèlerins du groupe venant du Puy-en-Velay, que Meryeme Ana était jumelé depuis 30 ans… avec le sanctuaire de Notre-Dame du Puy et que Mgr Kmetec avait présidé, en 2025, la procession du 15 août en Haute Loire ! Ainsi, l’Orient et l’Occident chrétiens se croisent dans la pastorale d’un de nos diocèses…

Il nous reste, maintenant, à attendre patiemment les retransmissions sur Kto du voyage du pape Léon XIV en Turquie et à Nicée en particulier, fin novembre, pour vibrer et « reprendre souffle ensemble » avec lui et avec l’Eglise toute entière !

La direction et l’aumônier, P. Plantié, du Service des Pèlerinage

Photo d’illustration :
Le groupe des pèlerins autour de Mgr Orhan Çanli et le père Cimi Serke,
dans leur église d’Istanbul – le 17/09/2025

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