Mgr Michel Mouïsse, évêque émérite de Périgueux et Sarlat, était parmi nous début septembre, invité par son successeur, Mgr Philippe Mousset, afin d’accompagner la journée des prêtres et diacres à Capelou et de présider la journée de clôture, le dimanche 7 septembre dernier. Nous avons saisi l’occasion pour poser quelques questions à celui qui a pris une retraite bien méritée il y a un peu plus de dix ans, laissant un souvenir impérissable en Dordogne.
Notez par ailleurs que Mgr Mouïsse sera présent à la maison diocésaine le 28 novembre à 18h30 (au Saint-Jacques) pour y présenter le livre qui lui a été consacré, Michel Mouïsse, un évêque d’ouverture, en compagnie de l’auteur, Philippe Nélidoff. Il sera également présent le lendemain au marché de Noël qui se tiendra dans le cloître de la cathédrale Saint-Front de Périgueux.
Rencontre avec Mgr Michel Mouïsse.
Bonjour, Monseigneur, première question, comment est-ce que vous allez ?
Mgr Michel Mouïsse : Je vais très bien, je vous remercie et je suis très heureux de me retrouver en Périgord pour huit jours avant de venir dimanche prochain à Capelou. Monseigneur Mousset m’a gentiment invité pour fêter mes 25 ans d’épiscopat.
L’an dernier, vous avez publié un livre de mémoires à la demande de Philippe Nélidoff. De ce qu’on lit dans le livre, ce n’était pas votre idée au départ et il a fallu insister pour que vous acceptiez. Pourquoi avoir accepté finalement ?
Mgr M. M. : Ce livre, ce n’est pas moi qui l’ai voulu, mais Philippe Nélidoff. Ancien doyen de la faculté de droit de Toulouse, c’est un grand ami depuis toujours. Je l’ai connu, il avait quinze ans et je l’ai accompagné. On a beaucoup travaillé ensemble. Il me disait toujours : « je veux faire un livre sur toi ». Je lui répondais : « Ça n’a aucun intérêt ! ». Et j’ai résisté pendant dix ans. Jusqu’au jour où, à force d’insister, je lui ai dit : « Allez, vas-y ». Pourquoi ? J’ai accepté par amitié pour lui. Et il se trouve qu’il a fait un très beau livre, il y a beaucoup travaillé.
C’est lui qui a écrit le livre dans un style très agréable où il a repris un peu tout le cursus de ma vie. Ce qui est aussi intéressant dans ce livre, c’est la belle présentation qui est faite par monseigneur Rouet dans la préface. Pour bien sentir ce qui se passe dans ce livre, il faut lire cette préface en commençant.
Votre chemin vers la prêtrise s’est construit au séminaire d’Albi, puis à Toulouse dans les années 60. Qu’est-ce qui vous a guidé dans cette vocation ?
Mgr M. M. : C’est l’appel du Seigneur et puis le soutien de ma famille. J’ai la chance et la grâce d’avoir une famille chrétienne dans laquelle on est heureux de vivre. Par exemple, avec eux, j’ai fêté mes 25 ans d’ordination épiscopale le 29 mai à Castres. Et nous étions tous présents, 51 membres d’une même famille !
Ce qui m’a poussé, c’est cet appel du Christ en moi et une vie chrétienne. Mes parents m’ont montré le chemin de la foi. À la maison, quand on était petit, ont priait ensemble, etc…
Dans vos premières missions, vous avez été aumônier de mouvements de jeunesse…
Mgr M. M. : J’ai d’abord été vicaire à Castres en 1967 jusqu’en 75 et maintenant que je suis vieux, je reviens à Castres pour ma retraite définitive et je suis très heureux de m’y retrouver. J’ai été très heureux dans mon ministère dans cette ville et en même temps j’ai été aumônier diocésain de mouvements d’action catholiques d’enfants et de jeunes. Aujourd’hui je retrouve les jeunes de mon temps qui sont maintenant grands-parents.
Après ces engagements, vous avez ensuite été formateur au séminaire. Comment ces engagements pastoraux ont façonné votre regard sur le monde, sur le ministère et sur la mission de l’Église ?
Mgr M. M. : J’ai appris, je crois, avec le temps, que ce qui est important, c’est d’être proche. Proche de ceux que le Seigneur m’a confié. La proximité en pastorale est absolument essentielle. Il faut connaître pour aimer les gens. Et la mission du prêtre, de l’évêque, c’est d’abord d’aimer ceux et celles qui lui sont confiés. Et j’ai appris pendant ces 58 ans de ministère que celui qui est important, c’est le Christ, et ce n’est pas le prêtre, ce n’est pas l’évêque, ce n’est pas la personne du prêtre, la personne de l’évêque, mais c’est le Christ dont le prêtre ou l’évêque doit témoigner à travers sa vie.
Vous avez été nommé évêque auxiliaire de Grenoble en 2000 puis, évêque de Périgueux, et Sarlat en 2004. Quels sont les grands moments de votre ministère épiscopal ?
Mgr M. M. : D’abord, j’ai fait quatre ans à Grenoble, dix ans à Périgueux et plus de dix ans à Marseille. C’est à dire que j’ai fait plus de 10 ans en retraite, mais en fait c’était une retraite très active où j’avais coutume de dire que j’étais occupé mais que je n’étais plus préoccupé. Parce que quand on est évêque d’un diocèse, on est quand même préoccupé à longueur de journée.
Mais s’il me fallait retenir un point de tout ça, c’est le grand rassemblement diocésain que nous avons vécu en 2009 au Parc des expositions, qui fut un grand moment que je n’ai jamais oublié. Et je suis heureux que l’auteur du livre en ait bien rendu compte dans son ouvrage.
Après mon ordination, c’est cet événement que je retiens. Je me suis beaucoup plu en Périgord et j’en suis parti avec mal au cœur.
Durant votre ministère chez nous, vous avez pris plusieurs fois position pour le monde ouvrier, le monde agricole. Vous avez publié de nombreux messages pastoraux et défendu une idée de la justice sociale. C’était important pour vous, dans votre ministère, de faire entendre la voix de l’Église dans la société ?
Mgr M. M. : Je crois que c’est important parce qu’on a quelque chose à dire, même si on n’est pas toujours écouté aujourd’hui. Il faut que l’Église parle et dise un peu son point de vue sur les grandes questions de Société et sur les questions de vie actuellement, notamment sur la fin de vie, sur tout ce qui touche à la vie des gens, quoi. Parce que l’Église doit se faire proche. C’est essentiel, et les gens doivent savoir, à travers les déclarations, que l’Église les prend en compte, les aime et les soutient.
On ne peut pas y échapper. Un petit mot sur le rugby ? Vous avez été joueur jusqu’à l’âge de 35 ans. Comment est-ce que cette passion pour le rugby, à l’instar de votre engagement dans les mouvements de jeunes, a nourri votre manière de servir ?
Mgr M. M. : Ça, c’est facile d’y répondre. Tout d’abord, je suis tombé dans la marmite tout petit. Mon père me prenait au stade lorsque j’avais sept, huit, dix ans et j’ai toujours été passionné et j’ai toujours joué au rugby sur des cours de récréation. Et puis je suis rentré dans des équipes et là, j’ai beaucoup appris à travers la vie d’équipe.
La vie d’équipe est importante parce qu’on est tous complémentaires dans une équipe de rugby. Le talonneur n’a pas la même fonction que le demi de mêlée ou l’arrière. Et c’est un travail d’équipe. Et ça, ça m’a beaucoup appris pour mon ministère d’évêque, c’est à dire ne pas faire tout tout seul, mais le faire en équipe, en partageant un peu nos préoccupations.
Comme sur un terrain de rugby : on s’aide, on se soutient, on n’est jamais seul. Et ça, ça a été sûrement, pour moi, le point le plus important. J’ai appris au rugby : le travail d’équipe.
Aujourd’hui, vous êtes quelqu’un qui est à l’aise dans le contact. Et est ce que enfant, vous étiez aussi à l’aise ?
Mgr M. M. : Enfant, j’étais assez timide, et, petit à petit, j’ai pris de l’assurance et le contact avec les autres.
Notamment à travers le rugby ?
Mgr M. M. : Oui. Et la vie avec d’autres, quoi. J’ai pris de l’assurance, mais petit, j’étais timide, ma mère, mes parents me le disaient . Et puis j’ai évolué.
En 2014, vous quittez notre diocèse pour rejoindre l’équipe des prêtres à Notre-Dame de la Garde à Marseille, à l’invitation de monseigneur Pontier, qu’est-ce que ce choix a représenté pour vous à ce moment là ?
Mgr M. M. : Quand un évêque termine quelque part, il faut qu’il se débrouille pour trouver un point de chute. Personne ne s’occupe de lui. Moi, il se trouve que je suis très ami depuis toujours avec Monseigneur Pontier : c’est mon meilleur ami et je suis son meilleur ami. Et c’est lui qui m’a proposé, alors qu’on était en vacances à Font-Romeu, où on se promenait. Il m’a dit : « Qu’est-ce tu vas faire à la retraite ? ». Et alors, je lui ai dit que je ne savais pas trop. Il m’a dit « Écoute, je te propose de venir à Marseille, parce que j’ai besoin de quelqu’un à Notre-Dame de la Garde et je suis sûr que ça t’irait très bien ! ». Je n’avais pas pensé à lui demander, vraiment pas. Donc, j’ai réfléchi et Je lui ai vite dit oui. Je suis arrivé là-bas, je me souviens, le 15 septembre 2014. Dès le lendemain, j’ai assisté à ma première réunion avec les chapelains. On était sept pour un travail assez important et vraiment remarquable.
J’ai eu la chance d’être accueilli par l’Église, grâce à l’évêque, et par la société aussi. L’ancien maire de Marseille, Monsieur Gaudin, qui aimait l’Église, m’a invité, au bout de quinze jours, à le rencontrer avec l’archevêque et deux autres prêtres au restaurant. On a sympathisé et puis une amitié s’est créée, entre lui et moi, qui a duré jusqu’à sa mort, l’an dernier. Il m’a fait connaître tout un tas de monde dans la société.
J’étais très investi à Marseille à la fois dans l’Église et dans la société, ce qui fait que j’ai été très heureux.
Pour moi, ça a été dix ans de bonheur : j’assurais les permanences tous les mardis et tous les vendredis à La Bonne Mère, dans la crypte. Il y a un lieu d’accueil où passent tout un tas de personnes.J’y ai rencontré pendant ces dix ans quantité de personnes, j’en ai confessé des milliers. Heureusement, j’ai la grâce de l’oubli. Je ne sais plus ce qui m’a été raconté, mais il m’a été dit des choses que je n’avais jamais entendues de ma vie. Je me suis beaucoup plu à Marseille et j’en suis parti donc définitivement le 30 juin dernier, après une belle fête à Notre-Dame de la Garde où il y avait beaucoup de monde.
Je suis parti parce que j’étais fatigué. Au mois de mai, je suis allé voir ma médecin, une dame fort sympathique, qui me dit : « Alors, vous êtes fatigué ? Je le vois rien qu’en vous regardant ! ». Et elle rajoute : « Montrez moi votre agenda ! Qu’est ce que vous avez fait hier ? ».
Alors je regarde : messe à 7h30. Rendez vous à 8h30, réunion des chapelains à 9h30, repas avec les chapelains à 12h20 et cinq rendez vous l’après-midi…
Elle me dit alors « Oh, vous n’êtes pas fou ? Vous savez quel âge vous avez ? ».
Et je lui dis « Oui, 85 ans » Elle me répond : « Mais alors, arrêtez ! ».
Et c’est pour ça que j’ai arrêté à Marseille.
Il me fallait un point de chute et il était très facile à trouver, parce que je reviens dans mon diocèse à Albi et je vais à Castres où le curé n’est autre que mon neveu et filleul, le père Philippe Gosselin. Donc je me suis mis à sa disposition et je fais ce qu’il veut.
Il m’a dit « Tu ne feras pas d’enterrements, tu feras pas de mariages, tu feras pas de baptêmes, mais tu peux venir concélébrer. Tu seras l’a pour quelques messes Et puis, on va instaurer un point d’accueil : ce que tu faisais à Notre-Dame de la Garde, on le fera à Castre. »
Je pense qu’aujourd’hui c’est quelque chose de très important dans les diocèses : il faut créer des points d’accueil et d’écoute pour que les gens puissent venir et parler. Je le dis après toutes les rencontres que j’ai eues à Marseille : les gens ont besoin de parler et de trouver un lieu et des personnes capables de les écouter.
Comment est-ce que vous voyez la place de l’Église aujourd’hui ?
Mgr M. M. : Elle a toujours le message de l’Évangile à porter dans le monde tel qu’il est aujourd’hui et qui est loin des valeurs de l’Évangile. Donc l’Église doit se faire proche, se faire proche et bienveillante et pleine de bonté, pleine de douceur et non pas donneuse de leçons.
Vous avez laissé un grand souvenir dans notre diocèse. À titre personnel, comment est-ce que vous voudriez qu’on se souvienne de vous ?
Mgr M. M. : Comme quelqu’un qui a essayé par sa vie, par son écoute, par ses paroles. Quelqu’un qui aime le Christ et a voulu le faire connaître et le faire aimer ? Je dis toujours : dans ce monde aujourd’hui, ne nous trompons pas d’espérance. L’espérance, c’est le Christ, c’est vers lui qu’il faut se tourner. Et j’aimerais qu’on se souvienne que j’ai essayé d’être témoin du Christ.
Un dernier mot, le cardinal Aveline vous décrit comme « le plus heureux des évêques émérites ».
Mgr M. M. : Il a tout à fait raison. Il l’a dit publiquement. À Saint-Louis des Français à la célébration de son cardinalat, Et c’est vrai que je suis très heureux.