Agriculteur à Saint-Julien-de-Crempse, Jean-Louis Gay accompagne les personnes malades à Lourdes depuis quarante ans. De son premier pèlerinage avec sa grand-mère à son engagement d’hospitalier, il raconte les rencontres qui l’ont marqué et son désir de continuer à servir.
Comment avez-vous découvert Lourdes ?
Ma grand-mère m’y a emmené à douze ans, à l’occasion de ma communion solennelle. Ensuite, j’y suis retourné régulièrement. Lorsqu’elle n’a plus pu partir, elle m’a encouragé à continuer.
Mais, en voyant les hospitaliers auprès des malades, je me disais : « Pourquoi eux et pas moi ? » J’étais valide, j’avais envie de me rendre utile. En 1985, j’en ai parlé à l’abbé Martial, qui m’a donné les coordonnées du président de l’Hospitalité du Périgord, Élie Belletante. Je suis parti sans connaître personne, avec ce besoin de servir.
Que retenez-vous de vos débuts avec l’Hospitalité du Périgord ?
L’accueil ! Je suis entré dans une grande famille. Il y avait des agriculteurs, des viticulteurs, des banquiers, des militaires à la retraite… Tous les milieux se côtoyaient. Moi, avec ma vie de paysan, je me demandais un peu où j’arrivais. Et puis les amitiés se sont nouées très vite. Je me suis dit : « Maintenant, c’est bon, tous les ans, je vais à Lourdes. »
Certaines de ces amitiés ont duré des décennies. Avec mon ami Marc, aujourd’hui décédé, nous étions inséparables : quand on voyait l’un, on voyait l’autre. Ces liens se prolongent bien au-delà du pèlerinage. Nous partageons les fêtes de famille, mais aussi les deuils. Nous sommes présents les uns pour les autres.
Quel est votre rôle lors du pèlerinage diocésain ?
Avec l’Hospitalité du Périgord, nous accompagnons les personnes malades du diocèse. J’ai commencé par prêter main-forte dans les couloirs, puis j’ai été affecté en salle. Il y a les toilettes, les repas, les déplacements, les nuits de garde… Je fais ce qu’il y a à faire.
Le service commence avant l’arrivée à Lourdes. J’ai aussi été responsable des départs à Bergerac : il fallait accueillir les personnes, étiqueter les valises, donner les numéros de chambre. Tous ces détails comptent pour que chacun arrive dans de bonnes conditions.
En 2000, vous avez commencé un autre service, auprès de l’Hospitalité Notre-Dame de Lourdes. De quoi s’agissait-il ?
Patrick Moreau, qui présidait alors l’Hospitalité du Périgord, m’a proposé de suivre des stages pour devenir également hospitalier de Lourdes. Il fallait pouvoir partir au moins une semaine. Pour un agriculteur, c’était beaucoup, mais mes parents et mon frère étaient là : j’ai pu m’organiser.
De 2000 à 2018, je suis donc parti une semaine par an, au mois d’avril, en plus de mon engagement avec le diocèse. Cette fois, il s’agissait d’accueillir les malades de différents pèlerinages, venus de France et de l’étranger.
J’ai découvert plusieurs services : l’accueil en gare, les transferts vers les lieux d’hébergement, l’organisation des déplacements et des cérémonies. J’ai ensuite servi à l’accueil Saint-Frai, puis aux piscines, où j’ai vraiment trouvé ma place. En 2006, j’ai pris mon engagement au sein de l’Hospitalité Notre-Dame de Lourdes, pour servir aussi longtemps que je le pourrais.
Qu’est-ce qui vous a marqué dans ce service aux piscines ?
On y rencontre des personnes très éprouvées par la maladie ou le handicap. Et pourtant, j’en ai vu chanter ou pleurer de joie. Cela m’a beaucoup touché.
Les équipes étaient internationales : nous pouvions servir avec des Italiens, des Suisses, des Américains… Je ne parle que français, alors les échanges n’étaient pas toujours faciles ! J’admirais ceux qui parlaient quatre ou cinq langues. Mais, malgré cette difficulté, cela se passait très bien.
Qu’avez-vous appris au contact des personnes malades ?
À écouter. Ce n’est pas à nous de parler tout le temps : les personnes malades, handicapées ou âgées ont besoin de pouvoir s’exprimer. Il faut leur laisser cette place. Je ne m’impose pas, je suis disponible pour elles.
J’ai aussi été marqué par le courage de personnes très éprouvées, qui ne se plaignaient pas. Cela m’a donné envie de continuer tant que j’en aurais la santé. Ce que j’ai appris à Lourdes m’a également aidé à accompagner ma grand-mère lorsqu’elle a été malade, puis mes parents.
Comment avez-vous concilié ces engagements avec votre métier d’agriculteur ?
Il fallait s’organiser ! Je faisais avant le départ ce qui pouvait être fait. Pour les marchés, quelqu’un me remplaçait lorsque c’était nécessaire.
Une fois à Lourdes, je me consacrais à mon service. Au retour, je posais la tenue d’hospitalier et je reprenais celle d’agriculteur. Après le pèlerinage diocésain, nous rentrions parfois le jeudi ou le vendredi, et le samedi, j’étais au marché !
Quel regard portez-vous sur l’évolution du pèlerinage diocésain ?
Je garde un souvenir très fort des départs en train. Le service commençait dès le voyage, les pèlerins venaient voir les malades, nous chantions ensemble. Il y avait des centaines de personnes.
Je regrette que les pèlerins qui venaient sans être malades ni hospitaliers soient moins présents. Cette rencontre entre tous me manque.
En revanche, je suis heureux de voir des jeunes rejoindre l’Hospitalité du Périgord. Ils ont leurs études, puis leur vie à construire, et ne peuvent pas toujours revenir chaque année. Mais leur présence me fait du bien. J’ai beaucoup appris des anciens ; aujourd’hui, j’ai aussi besoin d’être avec ces jeunes.
Après quarante ans, qu’est-ce qui vous donne envie de repartir ?
Je me sens encore capable de faire quelque chose. Tant que je le pourrai, je veux continuer à servir avec l’Hospitalité du Périgord. J’espère aussi pouvoir reprendre un jour mes stages auprès de l’Hospitalité Notre-Dame de Lourdes.
J’ai besoin de Lourdes pour me ressourcer. Malgré la foule et la fatigue du service, j’y trouve la paix. Je ne prends pas de vacances : mes seules sorties, ce sont ces quelques jours à Lourdes. C’est tout ce que je demande.
J’ai envie d’y retourner pour dire merci à Notre-Dame de m’avoir accueilli il y a quarante ans. Quand j’y pense, je n’ai pas vu passer toutes ces années !
Propos recueillis par Jean-François Durand