Homélie de Mgr Philippe Mousset, prononcée lors de la « messe sur le manège » au fêtes de Saint-Georges à Périgueux, le 3 mai 2026.
Chers frères et sœurs,
En ce 5ᵉ dimanche de Pâques, nous voici rassemblés dans un lieu peu habituel : un manège, au cœur de la fête. Et déjà, cela dit quelque chose de l’Évangile.
Car parmi nous, il y a des artisans de la fête, dont la vie est faite de routes, de montages et de démontages, de rencontres et de départs. Et il y a aussi la communauté paroissiale, avec sa fidélité a un lieu, son enracinement, ses visages familiers.
Et pourtant, nous formons un seul peuple.
Et à tous, Jésus adresse cette parole :
« Que votre cœur ne soit pas bouleversé. »
Il y a bien des raisons d’être bouleversé dans une vie.
Pour certains, c’est l’incertitude, le mouvement, les changements constants.
Pour d’autres, ce sont les soucis plus discrets, ou parfois la routine qui pèse.
Pour tous des évènements parfois douloureux, des épreuves dans la vie.
Mais à tous, Jésus dit : « Ne soyez pas bouleversés. Ayez foi. Confiance.»
Pourquoi ?
Parce que « dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ».
Cela veut dire qu’il y a une place pour chacun.
Une place pour ceux qui sont toujours en chemin… et pour ceux qui sont enracinés dans un lieu.
Une place pour ceux qui vivent autrement.
Personne n’est de trop.
Une demeure, ce n’est pas seulement une maison en dur.
C’est un lieu que Dieu nous invite à habiter, où l’on est attendu, reconnu, aimé, où se vit l’hospitalité.
Un lieu où l’on peut se poser en paix.
Et cela, Dieu le prépare pour chacun de nous.
Et Jésus ajoute : « Je suis le Chemin. »
Alors une question toute simple se pose pour nous aujourd’hui :
quelle est la clé pour que le Christ devienne réellement le chemin dans ma vie ?
Pas seulement une belle parole… mais un chemin que je prends vraiment.
La réponse est simple, et elle est pour tous.
Le Christ devient notre chemin à partir du moment où nous entrons en relation avec Lui.
Pour cela :
Pas besoin d’une vie parfaite.
Pas besoin de tout comprendre.
Mais une relation simple, vraie.
Lui parler comme on parle à quelqu’un, à un ami qui marche avec nous :
dans une caravane ou dans une maison,
dans le travail comme dans la fête,
dans le bruit des manèges ou dans le silence du soir ou du matin.
Lui dire : « Seigneur, sois avec moi aujourd’hui. »
Lui confier une fatigue, une inquiétude, une joie.
Et peu à peu, ce n’est plus seulement nous qui avançons :
c’est Lui qui nous guide. C’est l’œuvre du Christ mort pour nous et ressuscité, vivant, avec nous et en nous.
Alors même les routes incertaines trouvent une direction.
Alors même les différences entre nous deviennent une richesse.
Car nous ne sommes pas appelé à être chacun sur notre route, sans lien !
Car dans le Christ, nous marchons ensemble, derrière le même Christ.
Et vous avez, les uns et les autres, quelque chose à vous donner.
Vous, artisans de la fête, vous apportez la joie, la lumière, le goût de la rencontre. Vous nous rappelez que la vie a besoin de respiration et de partage, de détente.
Et vous, membres de la communauté paroissiale, vous apportez la fidélité à un lieu, l’enracinement, comme repères à partager.
Tout cela est précieux. Tout cela a sa place dans le cœur de Dieu.
Alors aujourd’hui, cette messe sur un manège devient un signe :
Dieu rejoint chacun dans sa vie réelle.
Et il nous rassemble en un seul peuple.
Frères et sœurs, que notre cœur ne soit pas bouleversé.
Car nous avons une demeure : le cœur du Père.
Et nous avons un chemin : le Christ.
Et la clé est simple :
ne pas marcher seuls mais avancer avec Lui, chaque jour. Amen.