À quelques jours de la première journée mondiale des pauvres, le 19 novembre, instituée par le pape François à l’issue de l’année de la Miséricorde, 500 personnes se sont données rendez-vous à Lourdes (dont 7 de notre diocèse) pour la première Université de la Diaconie.

Dans le prolongement de Diaconia 2013

Souvenez-vous, c’était il y a 4 ans, l’Église de France s’était réunie à Lourdes pour échanger autour du thème de la diaconie*. Cette rencontre, qui a été un événement majeur pour l’Église de France a donné des fruits visibles, comme le rapport annuel “l’Église en périphérie”, mais aussi moins visibles comme ce qui a pu germer dans les différents diocèses et paroisses.
C’est pourquoi il semblait nécessaire de faire le point et de réunir à nouveau les acteurs de la diaconie (“les debouts, et les moins-debouts”) mais sans le cadre, trop contraignant, ou trop “bruyant”, peut-être, de Diaconia 2013.

Le réseau Saint-Laurent, qui “met en relation des groupes chrétiens diversifiés qui partagent en Église un chemin de fraternité et de foi avec et à partir de personnes vivant des situations de grande pauvreté et d’exclusion sociale” et qui était déjà un élément moteur de la démarche Diaconia 2013 a donc proposé cette première Université de la Diaconie. (Découvrir le Réseau Saint-Laurent).

Ainsi, du 30 octobre au 2 novembre, le Conseil national de la solidarité et de la diaconie de la conférence des évêques de France et le Réseau Saint Laurent ont formé des acteurs de leur réseau à la diaconie : personnes du quart-monde, délégués diocésains à la diaconie, acteurs associatifs. Le but : sortir de l’entre-soi, découvrir différentes expériences et , pourquoi pas, les adapter dans d’autres communautés.

Une ambition immense

« Mettre les pauvres au centre du cheminement de l’Église, c’est ce que nous propose le Pape François. C’est un chemin irréversible. Qui dit chemin dit patience mais dit aussi avancée. […] Dans université il y a univers. On peut aussi lire ce mot comme unis vers nos cités. […] Avec la force que nous aurons vécue ici, nous nous rassemblons pour retourner dans nos quartiers, dans nos villages », a déclaré Mgr Jacques Blaquart, évêque d’Orléans, président du Conseil national de la solidarité et de la diaconie, lors de la célébration d’ouverture à l’église Sainte-Bernadette, le lundi après-midi.

Déclaration finale

Au cours de l’Université de la Solidarité et de la Diaconie le “groupe comité de pilotage quart monde” a écrit ce texte final, lu en conclusion et envoi.

 1. L’Eglise :
Voici ce que nous avons vécu.
Nous avons découvert un peuple en marche, chacun apportant sa pierre. Mais on n’est pas encore à la toiture. Le toit c’est l’église tout entière, sans barrières sociales et même avec ceux qui arrivent de l’étranger, les sans-papiers, les réfugiés.
Dans une paroisse : une personne sans domicile fixe dormait dans l’église. Ils sont venus le réveiller : « Ça va être la messe, il faut partir ». L’église ça ne doit pas être comme ça. Ici, on a tous éclairci nos cœurs.
Chaque fois qu’on est avec les autres, c’est ça l’église : c’est dire à quelqu’un : « T’es pas tout seul. Ce que tu as appris tu peux le donner ». S’il comprend qu’il n’est pas tout seul, il est guéri. C’est un crime de laisser quelqu’un dehors tout seul.

2. Célébrations :

Ce n’était pas des célébrations ordinaires : les clowns, les gens qui participent, qui bougent.
Ceux qui viennent pour la première fois, ne connaissent pas cette « méthode maison » du Réseau Saint Laurent. Nous avons vu des personnes précaires en action, le cadre était posé. Les plus fragiles ont leur place dans l’église comme dans la célébration. A Diaconia, les pauvres avaient la parole. On a continué. Nous avons une pensée et nous sommes en marche.
Quand nous avons suivi la syro-phénicienne, mis de la boue sur nos mains, nous avons compris que c’était le chemin du pauvre. Il est rempli de saleté, il chemine, il rencontre quelqu’un qui lui tend la main et ça le lave de tout ce qu’il a sur lui.
Nous avons aimé la prière devant la grotte. L’écho entre la prière en français et en arabe. La syro-phénicienne était seule face à nous tous. Tout le monde s’est tu pour l’écouter. On l’a laissée parler. On a vu qu’il était possible, que 500 personnes laissent parler une seule personne. C’est le symbole d’une église ouverte.

3. Formation :

Dans la formation la périphérie était au centre. C’est un signe fort. On a démontré que c’était faisable. Les pauvres ont besoin d’aide pour préparer des actions. Avec la confiance ils peuvent les faire.
Dans les ateliers nous avons senti une soif d’apprendre, une envie d’aller plus loin.
Quelqu’un dit : « J’ai pu lire et c’était une belle occasion qu’on m’a ouverte. On m’a dit « tu as très bien lu ». C’est la première fois qu’on me dit que je fais quelque chose de bien ; ça m’a donné une grande joie intérieure. Je me rends compte que maintenant on peut m’appeler pour lire. Je suis joyeuse, je suis dans la joie ».

4. La Mission :

On a une mission à accomplir vis à vis des autres : transmettre le cadeau qu’on a reçu.
On va se réunir et partager ensemble ce qu’on a pioché ici pour mettre en commun. Nous repartons avec une super valise bien lourde, pas lourde de soucis mais lourde de cœur et de chaleur. Ici, j’ai vu des personnes qui ont besoin d’être aidées. Et nous, on doit les aider pour qu’ils puissent retrouver de l’assurance pour aider eux aussi.
Les cartes c’était magnifique. Nous avons vu des échanges de cartes et de commentaires. Ces cartes ont permis de déclencher des conversations. Dans la vie, c’est pas facile de savoir comment engager la conversation. C’est un bon moyen d’échange.

Nous voulons continuer à vivre cette même diaconie. Continuer et donner des idées, voir ce que font les autres, se rencontrer pour mieux travailler certaines choses, comme un cadeau qu’on se fait les uns aux autres.

Ressources

Vous pouvez retrouver les temps forts de cette université :

Découvrir l’action du Réseau Saint-Laurent

*Diaconie : Désigne les divers engagements sociaux des communautés chrétiennes, elle est la mise en œuvre de l’Evangile de Jésus-Christ au service de la personne, notamment des plus pauvres, mais elle est beaucoup plus vaste que le caritatif, elle touche et fonde toute vie chrétienne. L’emploi de ce terme donne l’occasion de revisiter les fondements théologiques de l’action solidaire et d’en montrer la dimension spirituelle. La notion de diaconie et son origine historique ont été rappelées par Benoît XVI dans l’encyclique «Deus caritas est».

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