Entretien avec Jeanne Hitier, responsable de « Fleurir en liturgie »
« Nous ne décorons pas des pierres, nous les rendons vivantes. »
Le fleurissement des églises est parfois perçu comme un simple embellissement. Pourtant, derrière chaque composition florale, il y a une intention, une lecture des textes liturgiques, une recherche de cohérence avec la célébration, et souvent une véritable prière. Depuis de nombreuses années, Jeanne Hitier s’investit dans cette mission, à la fois dans sa paroisse et à travers des formations proposées à d’autres personnes engagées dans le diocèse.

« J’ai eu envie de continuer à transmettre »
Pouvez-vous vous présenter ?
Jeanne Hitier : Je suis à la retraite et j’ai eu envie de continuer à transmettre. C’est quelque chose qui fait partie de moi. J’étais déjà engagée dans le fleurissement de mon église, et petit à petit, j’ai souhaité approfondir cette mission, me former, et accompagner d’autres personnes.
Aujourd’hui, en plus du fleurissement dans ma paroisse, j’assure des formations et j’essaie de maintenir un lien entre les personnes qui fleurissent les églises dans le diocèse.
Depuis combien de temps êtes-vous engagée dans ce service ?
J. H. : Cela remonte à 2009 environ. Avec le temps, j’ai constitué un réseau de contacts assez large. Aujourd’hui encore, ce service représente dans le diocèse un nombre important de personnes engagées, de manière plus ou moins régulière selon les lieux et les possibilités de chacun.
Une tradition ancienne, mais mieux comprise aujourd’hui
Fleurir une église, est-ce une tradition ancienne ?
J. H. : Oui, très probablement. La présence des fleurs dans les lieux de culte est ancienne. On la devine à travers l’histoire de l’art et les représentations religieuses. Mais si cette pratique existe depuis longtemps, elle a été structurée plus récemment. Le fleurissement liturgique s’est organisé de manière plus claire à partir des années 1980, avant d’être rattaché au service national de la pastorale liturgique et sacramentelle autour des années 2000.
« Ce n’est pas d’abord une pratique esthétique »
Fleurir une église, est-ce simplement une question de beauté ?
J. H. : Bien sûr, la recherche d’une harmonie, d’une technique, d’un grand soin apporté à la composition est nécessaire car, si nous apprenons à contempler la Création, nous découvrons combien celle-ci est belle et ce n’est pas notre rôle de la défigurer par des artifices! Cependant la dimension esthétique n’existe pas pour elle-même mais vise à valoriser cette Création pour rendre grâce au Créateur et permettre à chacun d’entrevoir sa bonté. Le plus important, c’est le sens. À travers les fleurs, c’est la beauté de la création qui entre dans l’église. Elles disent quelque chose d’un Dieu créateur, d’un Dieu vivant, toujours à l’œuvre dans notre monde.
Vous dites même : “Nous ne décorons pas des pierres…”
J. H. : Oui. Nous ne sommes pas là pour décorer. Nous sommes là pour donner vie. Nous essayons de faire entrer le monde extérieur dans l’église, d’apporter du vivant dans des bâtiments de pierre. C’est vraiment le cœur de cette mission.
Un langage symbolique à partir de la liturgie
Cela demande donc une véritable préparation ?
J. H. : Oui, cela ne s’improvise pas. Fleurir en liturgie demande une réflexion. Nous travaillons à partir des textes du jour. Il faut repérer une idée dominante, puis essayer de la traduire à travers des fleurs, des formes, des lignes, des couleurs. C’est là toute la difficulté, mais aussi toute la richesse de cette mission.
La symbolique des fleurs est-elle encore comprise aujourd’hui ?
J. H. : Pas toujours. La culture du symbole s’est beaucoup affaiblie. Les fidèles ne perçoivent pas nécessairement tout ce que la composition veut exprimer. Il faut donc que le bouquet puisse parler par lui-même, sans explication, tout en gardant sa profondeur.
Un soutien à la prière et à la célébration
Le fleurissement est donc pleinement au service de la liturgie ?
J. H. : Oui, complètement. Comme le choix des chants ou de la musique, il doit être en cohérence avec ce qui est célébré. Il faut trouver un lien entre le bouquet et la célébration pour que tout fasse unité.
Peut-on dire que fleurir, c’est aussi prier ?
J. H. : Oui, bien sûr. Fleurir, c’est prier avant, pendant et après. Les compositions sont là pour soutenir la prière, pour permettre une rencontre avec le Seigneur. Elles portent aussi une espérance.
Un service discret, exigeant, souvent méconnu
J. H. : Le fleurissement liturgique reste encore un service peu visible. On en perçoit souvent le résultat, mais moins le travail qu’il suppose : préparation, lecture des textes, choix des végétaux, installation, entretien des bouquets dans la durée. Ce service repose aujourd’hui en grande partie sur des bénévoles, souvent des femmes âgées. Le renouvellement est difficile, car cette mission demande du temps, de la disponibilité, une pratique régulière et un véritable apprentissage.
Transmettre, former, faire grandir

J. H. : Malgré ces difficultés, les journées de formation suscitent souvent beaucoup d’enthousiasme. Elles permettent aux personnes engagées de se rencontrer, de partager leurs questions, leurs découvertes, leurs expériences. Cette dimension de transmission est précieuse. Elle fait partie intégrante du fleurissement liturgique, qui ne se réduit pas à une technique, mais ouvre aussi un chemin spirituel.
Une invitation à regarder autrement
La prochaine fois que vous entrerez dans une église, prenez le temps de regarder les fleurs. Elles ne sont pas là seulement pour embellir le lieu. Elles sont un signe de vie, une manière de faire entrer la création dans la liturgie, un soutien silencieux à la prière. À travers elles, c’est parfois toute une foi discrète, humble et fidèle, qui se donne à voir.
Informations pratiques
Vous souhaitez en savoir plus sur le fleurissement liturgique dans le diocèse ?
Des initiatives de formation et de partage existent. N’hésitez pas à vous rapprocher de votre paroisse ou du service diocésain concerné.