C’était la plus belle heure, celle où le soleil déclinait, dorant encore les collines de terres sèches, les oliviers, le désert à l’horizon et la poussière du chemin.
Deux hommes marchaient vers Emmaüs, au pas lent et lourd de leur désillusion et de leur doute. Ils ne voyaient rien de la beauté du monde et de l’homme de lumière qui marchait à leur côté.
Leur âme était dans la nuit, ils avaient froid et portaient sur eux tout le poids de nos jours sombres.
Quel homme n’a jamais pris le chemin d’Emmaüs, un jour de grand chagrin et d’amour crucifié ? quelle société n’a jamais connu la tentation d’un amer repliement sur elle, quand chaque matin se lève sur un avenir sombre. ? Quand nous sommes en panne d’espérance, la tentation est grande de quitter Jérusalem et de se réfugier dans un déprimant « À quoi bon ! » dont Bernanos disait qu’il était le démon de notre cœur.
Mais que s’est il passé ce jour là sur le chemin d’Emmaüs, pour que les deux pèlerins retrouvent le chemin de l’espérance ?
C’était l’heure incertaine où le soleil s’était caché à l’horizon, plongeant le paysage dans l’obscurité. Ce fut pourtant l’heure où les deux hommes s’ouvrirent à la lumière. Scène en clair- obscur qui inspira si puissamment Rembrandt.
Il a suffi qu’ils se taisent, renoncent à leurs sombres ruminations, se mettent à l’écoute du compagnon patient qui n’attendait que leur attention aimante pour les réchauffer de ses paroles et de La Parole. Parce qu’ils avaient espéré à nouveau, ils purent le reconnaître à la fraction du pain.
Silence, écoute, désir, espérance, tels sont les maîtres mots de tout itinéraire spirituel, de toute rencontre avec le Christ.
L’Année jubilaire propose de raviver notre foi, nous invitant à devenir pèlerin de l’espérance. De grands rendez- vous festifs, célébrations, réflexions et actions vont ranimer les braises de notre espérance vacillante. Ce sera beau, bon et fructueux … à la seule condition de faire en même temps, l’expérience d’une intime rencontre avec le Christ sur nos chemins d’Emmaüs. « Reste avec nous car le soir tombe !« Quelle prière peut exprimer avec autant de sobriété, l’authenticité d’une relation et d’une espérance ?
Danièle Gatti