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« L’unité chrétienne n’est pas l’effacement des différences, mais leur intégration dans une communion plus grande. »

Prédication – Semaine de prière pour l’unité des chrétiens
Éphésiens 4, 1-13 ; Jean 12, 31-36

Frères et sœurs,
En cette Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, la Parole de Dieu nous place devant un appel exigeant et en même temps profondément consolant.
 Saint Paul, dans la lettre aux Éphésiens, nous rappelle que nous avons été appelés à une seule espérance, qu’il n’y a qu’un seul corps et un seul Esprit, un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême.
Et l’Évangile de saint Jean nous fait entendre cette parole décisive de Jésus : « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. »
Ces deux textes se répondent et s’éclairent mutuellement.

  1. L’unité : un don avant d’être une tâche
    Vous l’avez probablement noté, Saint Paul n’exhorte pas les Éphésiens, et donc, à travers eux, les baptisés que nous sommes à créer l’unité comme on fabriquerait un objet. Il les appelle à garder l’unité, à ne pas oublier ce que Dieu a déjà fait et ce qu’il ne cesse pas de faire. L’unité de l’Église n’est pas d’abord un projet humain, encore moins une stratégie institutionnelle : elle est d’abord un don de Dieu, un don à recevoir et à faire fructifier, un don enraciné dans l’œuvre du Christ et dans l’action de l’Esprit Saint.

Paul parle d’un corps déjà constitué, animé par un seul Esprit, appelé à une seule espérance. Et pourtant, nous le savons bien, ce corps a été marqué par des divisions, des blessures, des incompréhensions anciennes. Mais St Paul Paul nous invite à ne pas en être surpris, puisqu’il nous dit que cette unité donnée, pour être gardée nécessite d’être soignée, approfondie, dans l’humilité, la douceur, la patience, le support mutuel dans l’amour.

L’unité chrétienne n’est donc pas l’effacement des différences, mais leur intégration dans une communion plus grande. Elle ne nie pas les diversités d’histoire, de sensibilité, de tradition ; elle les oriente vers une même source.

  1. « Quand j’aurai été élevé… ». Le Christ élevé, c’est là, le cœur de l’unité. C’est ici que l’Évangile de Jean nous conduit sur le chemin de l’unité. Jésus ne dit pas : « Quand vous serez enfin d’accord, alors vous serez un. » Il dit : « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi. » L’unité chrétienne a un centre de gravité, et ce centre ce n’est pas nous : c’est le Christ élevé sur la Croix, livré par amour, glorifié dans l’abaissement. C’est de là que jaillit la véritable attraction, la seule capable de rassembler ce qui est dispersé et ce qui est divisé.
    La Croix n’est pas un échec ; elle est la manifestation suprême de l’amour de Dieu. Et cet amour ne s’impose pas, il attire. Il ne contraint pas, il appelle. Il ne supprime pas les différences, il les transfigure pour qu’elles deviennent le lieu même de la communion.

Autrement dit, plus nous regardons ensemble, comme nous le faisons maintenant, le
Christ crucifié et ressuscité,
plus nous découvrons que notre unité ne se construit pas
en cherchant à nous hisser par nos seules forces à la hauteur de Dieu, mais au contraire, en nous laissant rejoindre tels que nous sommes, pour être saisis de l’intérieur par Celui qui s’est abaissé jusqu’à nous, afin de nous élever jusqu’à lui, et vers les autres, comme le levain fait lever toute la pâte humaine.

  1. Le levain fait lever la pâte de l’intérieur nous dit Jésus, unifiant la pâte dans la diversité de ses ingrédients. Ainsi l’unité se tisse dans la diversité des dons !
    En effet, Saint Paul poursuit : à chacun est donnée la grâce selon la mesure du don du Christ. Apôtres, prophètes, pasteurs, enseignants : la diversité n’est pas d’abord un problème à résoudre, mais une richesse à accueillir dans la foi, pourvu qu’elle soit ordonnée à l’édification du corps tout entier.

Ceci est particulièrement important pour notre chemin œcuménique. Nos traditions chrétiennes portent des accents différents, des manières diverses de prier, d’annoncer, de servir. Et si, au lieu de les craindre, nous apprenions à les recevoir comme des dons que l’Esprit met au service de tous ?
L’unité ne grandit pas lorsque chacun se replie sur ce qu’il est, mais lorsque chacun offre ce qu’il est, humblement, au Christ et à ses frères et sœurs.

  1. L’unité pour porter ensemble la paix, la vie et la mission.
    Cette unité n’est pas tournée vers elle-même. Elle est un signe pour le monde et donc une mission ! Dans un monde blessé par les violences, les guerres, les fractures sociales et spirituelles, les chrétiens sont appelés à porter ensemble la paix — non pas comme un slogan, mais comme une manière de vivre, de parler, de choisir.

Porter ensemble la paix, c’est aussi respecter et défendre la vie, toute vie, de son commencement à son terme naturel, particulièrement là où elle est fragile, menacée, méprisée. Là encore, notre témoignage est plus crédible lorsque nous avançons ensemble, lorsque nos différences ne deviennent pas des obstacles mais des forces convergentes au service de l’humanité.

Enfin, l’unité est inséparable de l’audace missionnaire. Le monde n’attend pas de nous des discours compliqués sur nos différences. Il attend des signes visibles d’espérance que nous avons à cœur de porter ensemble.
Lorsque des chrétiens différents prient ensemble, servent ensemble, annoncent ensemble le Christ, alors quelque chose de l’Évangile devient lisible.
Nos différences, vécues dans la charité et la vérité, sont une chance pour l’évangélisation, une richesse offerte à un monde en quête de sens.
Il ne s’agit pas d’être toujours ensemble, mais de savoir l’être quand il le faut comme en ces temps d’incertitudes. D’oser échanger la diversité de nos charismes missionnaires au service de l’amour de Dieu pour ce monde, pour le salut du monde.

Frères et sœurs,
 l’unité des chrétiens est à la fois un don reçu de Dieu et un chemin à parcourir ensemble. Elle nous est donnée dans le Christ élevé de terre, et elle nous est confiée pour la vie du monde en vue du Royaume.
En cette semaine de prière pour l’unité, demandons la grâce de nous laisser attirer par le Christ afin que nos différences, loin de nous diviser, fassent de nous de véritables porteurs de paix et de vie. 
Et, dans l’Esprit Saint, osons témoigner, avec audace et humilité, que l’amour du Christ, plus fort que toutes nos divisions, peut inspirer en ce monde tant et tant de réconciliations et faire advenir un monde nouveau, signe de sa promesse.
Amen.

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