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L’Ordre du Saint Sépulcre de Jérusalem, avec M. Dominique Audrerie

L’Ordre du Saint Sépulcre de Jérusalem tient ses origines dans la coutume des chevaliers qui venaient se faire adouber ou renouveler leur adoubement sur le tombeau du Christ, dans la basilique du Saint-Sépulcre. La première trace écrite d’un tel rituel date de 1335 et jusqu’à la fin du XVᵉ siècle, les chevaliers sont adoubés par un autre chevalier. C’est le lieu de l’adoubement qui fait d’eux des « chevaliers du Saint-Sépulcre ». Au fil des temps, cet engagement s’est structuré, en lien avec les souverains pontifes. C’est avec la recréation du Patriarcat latin de Jérusalem en 1847 que les papes confient à l’Ordre sa mission actuelle : soutenir les communautés chrétiennes de Terre Sainte, ainsi que leurs œuvres caritatives, par l’aumône, le pèlerinage et la prière. L’engagement du chevalier est toujours le même : servir sans repos, dans la charité.

À l’occasion de la messe de soutien à l’Ordre du Saint-Sépulcre qui aura lieu ce dimanche 3 septembre, à 11h, en la cathédrale Saint-Front de Périgueux, Dominique Audrerie, Périgourdin, et responsable de la Commanderie Saint-Front de Périgueux nous présente l’Ordre équestre du Saint Sépulcre et le sens de son engagement.

Eglise en Périgord – Bonjour, M. Audrerie, pouvez-vous nous présenter l’ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem ?

Dominique Audrerie – L’Ordre du Saint-Sépulcre de Jérusalem est une vieille institution qui remonte aux croisades. Nous cousinons avec l’Ordre de Malte puisque nous avons des origines datant d’à peu près la même époque. L’Ordre été réorganisé au XIXᵉ siècle et orienté principalement sur les territoires de Terre Sainte pour aider au maintien des chrétiens sur place à travers des aides ponctuelles à destination principalement, mais pas seulement, des chrétiens, logement, écoles, séminaire. Enfin, toutes les institutions qui font que cette terre peut vivre.

M. Audrerie, et d’autres chevaliers de l’ordre du Saint-Sépulcre de Jérusalem, le 24 septembre 2021 en la cathédrale de Bayonne.

E.P. – Pourquoi ces aides spécifiques ?

D.A. – Parce que c’est un pays, on le sait, en grande difficulté avec la guerre, des difficultés économiques, etc. La présence chrétienne est menacée, elle l’était hier, mais davantage encore aujourd’hui. Les institutions que nous entretenons, que nous aidons, ne sont pas réservées aux chrétiens. Nous recevons dans les orphelinats, les établissements de santé ou les écoles beaucoup de personnes palestiniennes qui ne sont pas seulement chrétiennes ; la présence chrétienne est ainsi plus affirmée puisque elle est non seulement visible, mais elle rend aussi des services essentiels aux populations de Terre Sainte.
Il y a aussi, à travers le Patriarche de Jérusalem, les prêtres, les personnes responsables, un désir de mettre un peu « d’huile dans les rouages », c’est à dire de permettre aux gens d’accepter de vivre ensemble. C’est vrai pour les chrétiens, pour les musulmans et pour les juifs aussi.
Cette coordination, j’insiste bien, fait que nous aidons à ce que des personnes arrivent à vivre ensemble. C’est vrai en Terre Sainte, c’est vrai en Jordanie, c’est vrai aussi à Chypre. On est présent aussi sous cet angle là. J’ajoute que sans cette aide de l’Ordre du Saint-Sépulcre, le Patriarcat latin de Jérusalem ne pourrait pas fonctionner.
Les écoles d’enseignement supérieur, bénéficient des aides de l’ordre du Saint-Sépulcre. L’Ordre du Saint-Sépulcre est en France, mais il est aussi présent dans le monde entier. Il relève directement de Rome, le patron de l’ordre, c’est le pape qui délègue un cardinal Grand Maître. Ensuite, dans chaque pays, il y a une lieutenance qui elle-même est divisée en régions, ou provinces, suivant les pays, et les commanderies.

E.P. – Au niveau local, une commanderie, ça représente quoi ?

D.A. – C’est un ou deux diocèses en France. Dans la province Aquitaine, il y a trois commanderies : Pau-Bayonne pour Bayonne avec les Landes, la Gironde avec le Lot et Garonne, et le Périgord qui est la commanderie la plus récente.

E.P. – Comment avez vous intégré l’ordre ?

D.A. – En ce qui me concerne, c’est une belle aventure et je suis un peu une exception dans l’ordre puisque je fête cette année mes 40 ans de présence dans l’ordre. Ce qui veut dire que j’ai commencé assez jeune.
La chevalerie a toujours été pour moi quelque chose d’important en tous cas la dimension chevaleresque, non pas dans le rêve, mais dans l’idée du service, pour des laïcs. Et il se trouve qu’un jour j’ai été à Merlandes, qui est un lieu que j’apprécie beaucoup, auquel ma famille était très attachée. J’y ai alors rencontré un prêtre avec lequel je parle et il me dit « Vous, je vous vois dans l’Ordre du Saint-Sépulcre ».
Je ne connaissais pas ce prêtre, c’était le curé de Saint-Leu à Paris, qui était l’aumônier de l’Ordre du Saint-Sépulcre. Il m’a mis en relation avec le délégué régional de l’époque, et puis tout s’est fait simplement, c’est ainsi que je suis rentré dans l’ordre il y a 40 ans, et j’en suis très heureux.
Ça ne veut pas dire que tout est parfait, on a affaire à la pâte humaine, mais il y a une grande richesse et une grande fraternité entre nous, on le voit tous les ans dans les grandes cérémonies d’adoubement. Aujourd’hui, il y a vraiment une belle richesse entre nous.

En arrière-plan, les chevaliers de l’Ordre du Saint Sépulcre de Jérusalem, reconnaissables à leurs manteaux blancs, lors de la messe d’installation de Mgr Mousset, le 14 septembre 2014.

E.P. – C’est quoi la vie d’une d’une Commanderie ?

D.A. – Cela s’articule autour de trois choses.

  • La spiritualité personnelle. Nous ne sommes pas un ordre monastique, donc ce qui est demandé à chacun de nous, c’est de pratiquer sa religion dans la fidélité à l’Église.
  • Nous devons aussi travailler en groupes avec des réunions à peu près mensuelles durant lesquelles nous avons un temps d’heure d’actualité de la Terre-Sainte, mais aussi un temps d’études et d’échanges. Chaque année, nous avons un thème d’étude qui nous est donné par notre prieur français qui est actuellement monseigneur Aubertin. Par exemple cette année, nous avions des textes bibliques et l’année prochaine, c’est une encyclique que nous devrons étudier. Il y a toujours un prêtre qui nous accompagne. Et puis, si on le peut, et on le fait à Périgueux, on a un moment de repas partagé, où chacun apporte quelque chose. Cela donne une dimension plus fraternelle qu’un repas au restaurant.
  • La troisième priorité, c’est le devoir de s’acquitter de nos obligations financières, mais aussi organiser des quêtes et/ou des manifestations. Pour la messe du 3 septembre, par exemple, il y aura une quête. Il y a aussi des manifestations organisées ici dans le diocèse, des concerts, nous participons aussi à des actions menées à Bordeaux.

E.P. – Est-ce que c’est un ordre mixte ?

D.A. – Il y a des Chevaliers et des Dames. Ce n’est pas le même habit, nous portons un grand manteau blanc et elles ont une cape noire, mais il n’y a pas de hiérarchie. Il y a des Dames qui sont responsables au plus haut niveau. Ça se fait très simplement et nous vivons ensemble avec beaucoup de joie. Il y a en Périgord, il y en a à Bordeaux. Elles sont moins nombreuses que les hommes parce qu’il y a cette tradition chevaleresque qui attire peut-être plus les hommes. Ça n’exclut pas les femmes, mais peut-être qu’un certain nombre d’entre elles y sont moins sensibles, ce qui fait qu’elles sont moins nombreuses.

E.P. – Pourquoi cette messe le 3 septembre ?

D.A. – Nous avons le désir dans la province, d’associer nos évêques au plus près à ce que nous faisons. Notre fidélité à l’Église passe aussi par une proximité avec nos évêques. Nous avons ainsi proposé aux différents évêques de la province, chaque année, de présider une messe pour nos frères de Terre-Sainte, pour mettre en valeur l’œuvre mais on parle aussi des chrétiens de Terre Sainte. Nos évêques sont très occupés et trouver une date est difficile. Cette année, ça tombe le 3 septembre, pour la rentrée. C’est un temps qui permet à l’un de nous de dire quelques mots sur les chrétiens de Terre Sainte, durant le sermon, généralement, on dit quelques mots, on met un panneau. Et puis, tant qu’on parle, l’ordre existe et on parle de nos frères de Terre Sainte. Il y a donc une quête affectée à cela à la sortie de la messe.

E.P. – Que souhaiteriez-vous ajouter ?

D.A. – Le 28 novembre, nous organisons à Bordeaux un gala de charité, comme cela se fait dans les pays anglo-saxons, ou à Paris. Nous allons réunir un certain nombre de personnes ayant des moyens financiers confortables dans un lieu plutôt prestigieux pour qu’ils rencontrent les porteurs de projets de l’Ordre. On l’a fait pendant trois années de suite à Paris, et là on va le faire à Bordeaux et à Toulouse avec des projets différents pour l’un et l’autre. À Bordeaux, cela va se passer au château Chartrons et nous allons essayer de mobiliser de grandes entreprises, des donateurs importants, de manière à ce que, à la présentation des différents projets, les personnes puissent choisir de donner. Les trois derniers galas ont ainsi permis de réunir 700 000 €.

C’est important, parce que les moyens financiers sont plus modestes. L’ordre su Saint Sépulcre s’est beaucoup ouvert. Nous sommes actuellement 800 à 900, ce qui veut dire qu’on a recruté des personnes très diverses. Mais ce qui ne veut pas dire que soient des personnes très aisés. C’est avant tout, un idéal personnel, une piété réelle, mais il n’y a pas nécessairement une fortune derrière. L’Ordre a été à une époque, je dirais, un peu élitiste, et cette image est encore présente chez certains. Aujourd’hui les Dames et chevaliers sont des gens tout à fait normaux, nous n’avons pas particulièrement de fortune.

Pour en savoir plus sur l’Ordre équestre du Saint Sépulcre de Jérusalem ou pour faire un don visitez le site web de l’Ordre.

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