Quant il est apparu au balcon de la place Saint Pierre il a semblé doux et fragile. Dans les mois qui ont suivi il s’est montré posé et réfléchi, prononçant ses discours d’une voix monocorde. Ce nouveau pape était-il lisse ?
L’attaque de Donald Trump a brisé la coquille dans laquelle il semblait enfermé. Sa réponse fut claire, aussi précise qu’une flèche : « je n’ai peur ni de l’administration Trump, ni de dire le message de l’Évangile ». Dés lors il devient plus communiquant et désireux de faire comprendre la position de l’Église sur la scène internationale.
En quelques mois il donne sa feuille de route à la diplomatie vaticane, et fait paraître sa première encyclique « Magnificat humanitas ».
Au milieu du chaos et de la brutalité, le Pape Léon en appelle à la foi et à la raison pour en finir avec « la culture de la puissance ». Avec une solidité tranquille il rappelle que le point fondamental de l’Évangile c’est l’amour de Dieu avec son corollaire, le respect absolu de la personne. Et sa voix porte dans le monde entier !
Magnificat humanitas secoue l’ensemble de la planète. Cet ingénieur en mathématiques y pointe du doigt le véritable danger d’une « apocalypse cognitive » car l’intelligence artificielle vide notre cognition collective et peu à peu empêchera sa régénération.
Face à une oligarchie californienne frénétiquement entraînée dans une accélération de son développement prédateur, contre le fantasme d’un homme « corrigé » de ses failles par la machine, il défend tranquillement une théologie de la limite : « l’humain s’épanouit à travers ses fragilités ». Au vertige de la démiurgie numérique, le souverain pontife oppose une évidence majeure : la fragilité, la limite et la finitude ne sont pas des erreurs de codes à éradiquer mais les conditions mêmes de notre humanité qui s’éprouve dans l’empathie, l’art, et l’amour.
Dés lors Le choix civilisationnel à venir tient dans cette alternative : continuer à édifier la Tour de Babel d’une technocratie déshumanisée, ou assumer la dignité ontologique de notre vulnérable humanité.
C’est dans la portée humaniste de l’Évangile que le Pape ancre sa position et ce n’est pas pour rien que la première partie de son encyclique rappelle l’histoire de la doctrine sociale de l’église initiée par le pape Léon XIII et dont les grands principes pourraient devenir les bases d’un humanisme pour les temps qui viennent.
La dignité inaliénable de la personne, le bien commun, la distribution universelles des biens, la subsidiarité, la solidarité et la justice sociale, pourraient être au principe même de ce supplément d’âme dont nous avons tant besoin, ils pourraient même fonder les bases d’un humanisme « augmenté ».
Il faudra écouter les différents discours du Pape en France, à n’en pas douter ces éléments se trouveront au cœur de son discours sur l’Europe.
Affaire à suivre.
Martine Noverraz