Difficile de faire un commentaire après la lecture de « Dilexi te », l’exhortation apostolique du Pape Leon XIV sur l’amour que nous devons avoir envers les pauvres. C’est un beau texte qui invite à la méditation et à l’action. Tout est dit, en rajouter serait du bavardage.
Pourtant, à cette lecture, L’histoire du petit pauvre s’est imposée à moi avec le désir de la partager. C’est une histoire vraie, un souvenir d’enfance encore brûlant que m’a souvent raconté mon vieil ami aujourd’hui âgé de 80 ans.
Cette année- là, Il a huit ans, vit en pleine campagne dans une très modeste ferme où ses parents, émigrés italiens, sont métayers. Ils sont vraiment pauvres, aimants et très attachés à la pratique de leur foi chrétienne. Noel approche et Monsieur Le Curé a décidé de réunir les enfants du patronage pour préparer le petit spectacle qu’ils offriront aux parents.
Le petit garçon a hâte de participer à cette représentation et parcourt à pied, avec joie, les cinq kilomètres qui le séparent du village. Il connaît par cœur ce fabliau du Moyen Age que Monsieur Le Curé leur a racontée : L’histoire raconte que le jour de Noêl, le château est en grande fête, illuminé et vibrant d’activités joyeuses. Dehors, un petit pauvre admire avec admiration et envie les chapons et diverses volailles qui rôtissent dans la grande cuisine. Il pense à sa famille qui n’aura pas grand-chose à manger en ce jour de fête, ne peut résister davantage, vole un chapon et s’enfuit à toutes petites jambes vers sa chaumière. Hélas ! Il est rattrapé par le Seigneur du château qui le sermonne mais décide de lui laisser le chapon comme il se doit par la grâce de Noël.
Aujourd’hui, Monsieur Le Curé a prévu d’affiner la mise en scène, de répartir les rôles et d’imaginer les costumes de chaque personnage. Qui sera le châtelain, son épouse, les petits princes, le personnel, ainsi que les invités ? Le choix est vite fait dans l’enthousiasme. Reste juste à savoir qui jouera le petit pauvre, rôle délicat qui ne tentait personne.
Monsieur Le curé désigne d’office le petit garçon qui attend sagement, un peu gauche dans le manteau défraîchi de son cousin.
– Eh bien toi, tu seras le petit pauvre !
Une petite flèche perce le cœur de l’enfant déjà sensibilisé à ces petites discriminations inconscientes qui lui donnent l’étiquette de « pauvre » comme un papillon épinglé dans sa boite. Mais la petite flèche devient coup de poignard quand arrive le moment de penser aux costumes confectionnés en papier crépon. Très vite, chacun a une idée de ce qu’il va en faire.
– Et moi ? dit le petit garçon.
– Toi, tu resteras comme tu es !
Son chagrin silencieux fera pleurer sa mère quand il lui rapportera cette phrase qui résonne, avec la même acuité, dans le cœur du vieil ami qui me raconte ce souvenir.
Cette petite histoire n’a pas de quoi faire pleurer dans les chaumières. Monsieur Le Curé était sûrement un brave homme, désireux de faire le bonheur des enfants du patronage et il aurait aidé avec générosité cette famille si elle avait exprimé le moindre besoin. Pourtant, ce jour là, il a manqué de cette délicatesse, de ce tact, de cette aptitude à sentir les choses qui respecte la dignité des pauvres et qui est la fine pointe de la charité.
Nous sommes souvent si balourds avec la meilleure volonté du monde.
Par Danièle Gatti