Soixante ans après sa restauration par le Concile Vatican II (1965), le diaconat permanent interpelle toujours l’Église catholique. Intervenant dans otre diocèse dans le cadre de l’assemblée générale du Clergé, le 21 janvier 2025, Mgr Jean-Pierre Batut, évêque auxiliaire de Toulouse, a livré une réflexion approfondie sur ce ministère particulier, 60 ans après sa restauration par le Concile Vatican II.
Selon Mgr Batut, le Concile a rétabli le diaconat comme « degré propre et permanent » de la hiérarchie ecclésiastique, en espérant que son rôle serait clarifié par l’expérience vécue plutôt que par une théorie préalable et qu’ainsi le diaconat apparaîtrait non seulement comme un ministère utile, mais comme un élément essentiel du mystère de l’Église.
Au fil des décennies, particulièrement en Europe et en Amérique, où l’on compte aujourd’hui plus de 15 000 diacres rien qu’en Europe, le ministère a démontré qu’il n’était pas simplement une fonction utile mais une réalité spirituelle essentielle.
En 2023, un Document de synthèse sur le diaconat permanent en France a identifié plusieurs éléments marquants : absence de modèle unique, variété des pratiques diocésaines, vieillissement des diacres (âge moyen de 56 ans en 2022), et difficultés parfois constatées dans leurs relations avec les prêtres tout en étant reconnus et appréciés par les fidèles et leurs évêques.
Quatre interrogations majeures émergent de ce bilan :
- Quelles figures du diaconat promouvoir pour l’avenir ?
- Comment mieux appeler de nouvelles vocations ?
- Comment accompagner efficacement les diacres en poste ?
- Comment améliorer leur formation en lien avec celle des futurs prêtres et des laïcs appelés à exercer ministère institué ?
Un enjeu crucial soulevé par ces réflexions est de préciser davantage la nature théologique du diaconat. Le motu proprio Omnium in mentem de Benoît XVI (2009) précise ainsi que seuls évêques et prêtres agissent « dans la personne du Christ-Tête », tandis que les diacres agissent au service du Peuple de Dieu dans la diaconie de la liturgie, de la Parole et de la charité. Cette clarification souligne une réalité essentielle : l’identité du diacre, configuré au Christ Serviteur, agit « en la personne du Christ Serviteur ». (« Ceux qui sont constitués dans l’ordre de l’épiscopat ou du presbytérat reçoivent la mission et la faculté d’agir en la personne du Christ Chef, les diacres en revanche deviennent habilités à servir le Peuple de Dieu dans la diaconie de la liturgie, de la Parole et de la charité. »)
Liturgiquement, le diacre joue un rôle majeur dans la préparation et la disposition spirituelle de l’assemblée : il accueille les fidèles, proclame la Parole, présente la prière universelle et distribue l’Eucharistie. Au-delà, il incarne particulièrement le service des plus fragiles, faisant ainsi du diaconat un ministère indispensable à la pleine réalisation de l’Église, selon les termes du Catéchisme qui voit le ministère ecclésial intrinsèquement lié au service.
En guise de conclusion de sonintervention, Mgr Batut s’appuie sur deux verbes , « Disposer et préparer » : « ces deux verbes pourraient aider à mieux situer le diacre par rapport au prêtre, étant entendu qu’il n’est pas un sous-prêtre, mais qu’il manifeste une dimension essentielle du ministère apostolique. Deux exemples pour concrétiser cette affirmation :
- On déplore parfois que le diacre en pastorale de la Santé ne puisse pas donner le sacrement de l’onction des malades. Il est compréhensible qu’il ne puisse pas le faire puisque ce sacrement, en tant que sacrement de guérison, est intimement lié au sacrement de réconciliation. Mais tout le monde conviendra qu’il est indispensable de disposer et préparer à la réception de ce sacrement. Bien sûr, le diacre partage cette mission avec tous les acteurs de la pastorale de la Santé ; mais il a un rôle sacramentel spécifique, qui découle de son agir en la personne du Christ Serviteur.
- Nous nous réjouissons de voir arriver dans nos communautés un nombre significatif de catéchumènes ; et nous déplorons qu’ils n’y soient pas toujours accueillis comme ils devraient l’être, et que de nombreux néophytes se découragent après leur baptême, faute d’avoir trouvé comment prendre leur place au sein de la communauté. Le diacre a certainement une mission spécifique à approfondir pour disposer et préparer la communauté chrétienne à accueillir comme un don de Dieu les catéchumènes qui la rejoignent et à leur faire la place qui leur revient, et cette mission découle aussi de son agir en la personne du Christ Serviteur.
La nomination de nombreux diacres en paroisse les met pratiquement sous la responsabilité du curé, ce qui obscurcit souvent les aspects propres de leur ordination. La mise en lumière de leur mission sacramentelle de « disposition » et de « préparation » de la Demeure de Dieu permettrait de mieux faire apparaître le rôle irremplaçable qui est le leur pour assister l’évêque dans sa mission de pasteur, envoyé pour « rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11, 52), afin qu’aucun membre ne fasse défaut au Corps de l’Église. »