Abbaye d'Écourgnac
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L’Abbaye bénédictine d’Échourgnac face à la crise que traverse l’Église.

L’Église se trouve confrontée à une crise dont les causes sont multiples et complexes, mais les effets visibles : Baisse sensible des vocations et de la pratique religieuse pour l’essentiel.

L’équipe de rédaction d’ « Église en Périgord«  a souhaité rencontrer des sœurs de la communauté pour voir comment elles ressentent les effets de cette crise sur la fréquentation du monastère, comment elles s’adaptent et innovent, quelles perspectives elles envisagent.

Ces questions ont été posées à Sœur Bénédicte, Mère Abbesse de la Communauté et Sœur Mariette. Elles y ont fraternellement répondu avec la part d’incertitude et de recherche qui accompagne cette situation nouvelle. Nous en retranscrivons les idées essentielles.

Ces dernières années et particulièrement depuis le Covid, nous avons observé un changement sensible chez les personnes que nous accueillons au monastère et que nous pouvons classer en deux catégories.
Nous voyons toujours des personnes encore « enracinées » dans l’Eglise, souvent engagées dans divers mouvements et qui viennent seules ou en petits groupes : jeunes de l’aumônerie, Équipe Notre-Dame, accompagnants des funérailles etc…sans oublier les chrétiens de longue date, fidèles au monastère et qui viennent seuls. Le nombre de ces chrétiens » enracinés » est en baisse sensible.

La majorité des personnes accueillies n’a pas d’enracinement chrétien. Elle vient des périphéries, de milieux sociaux divers : jeunes retraités, jeunes en recherche, couples en difficultés, chômeurs , étudiants, touristes, gens de la route, voire sans domicile fixe etc…

Ces personnes arrivent parfois de loin , ayant trouvé notre adresse par internet et viennent souvent dans une méconnaissance du sens de notre vie et des fondamentaux de la foi chrétienne.Il peut arriver quelles n’assistent même pas à nos temps de prières.

Elles cherchent un lieu alternatif, en quête de calme, solitude et beauté du lieu pour se poser , faire le point, y voir plus clair dans une vie souvent lourde à porter. Elles sont souvent dans en quête de sens qui les a conduits dans d’autres lieux comme le bouddhisme par exemple. Elles sont en fait le reflet des difficultés et recherches de notre société. Nous sommes une parenthèse dans leur vie car il n’y a pratiquement pas de demandes d’accompagnement suivi.

À leur arrivée , nous voyons avec elles ce qu’elles attendent de nous, comment elles envisagent ce séjour.Si elles le désirent, nous leur offrons une écoute sans jugement ou nous pouvons tout entendre. Quand nous sommes face à des difficultés spécifiques, d’ordre psychologique , professionnel ou autre, nous essayons de leur suggérer des orientations possibles. Nous sommes comme des veilleurs, des passeurs.
Notre priorité reste notre vie monacale dans le respect de la Règle et nous nous adaptons aux besoins d’écoute de ces nouveaux venus sans modifier nos habitudes.Nous prions pour elles et le leur disons, ce qui demeure l’essentiel.Nous aimerions aller plus loin dans le partage de ce qui est notre vie et notre espérance. Notre ancrage paisible face aux flottements anxiogènes de la société fait du monastère un « lieu source » qui leur parait plus facilement accessible que les paroisses.

Actuellement, notre difficulté majeure est d’ordre matériel. En 2003,la communauté a investi dans l’aménagement d’une hôtellerie avec 26 chambres ce qui correspondait à la fréquentation du moment et aux perspectives.Les temps ont changé, la fréquentation a baissé, mais pas les charges.Nous ressentons la nécessité de nous ouvrir a davantage de petits groupes diversifiés,en quête de sens et de ruptures avec leur vie quotidienne et qui auraient leurs propres projets.

Nous souhaitons aussi qu’il y ait un lien plus étroit avec les paroisses, que l’Abbaye soit davantage associée aux démarches importantes dans la vie des chrétiens (catéchuménat, confirmation etc…).

Nous sommes heureuses d’accueillir les prêtres souvent surchargés qui viennent au monastère pour souffler un peu et se ressourcer ; c’est une oxygénation pour eux et donc pour l’Eglise.Nous pensons aussi que davantage de laïcs responsables de mouvements pourraient venir avec un projet qui encourage les initiatives et ranime le désir spirituel.Nous avons déjà accueilli dans cet esprit des groupes paroissiaux venus de Bordeaux, heureux de vivre un moment fraternel.

Les nouvelles personnes qui viennent au monastère d’horizon divers avec les difficultés qui sont celles de la société , nous invitent a plus d’ouverture et non au repliement sur soi. La vie monastique est le complément de la vie paroissiale et nous avons une réflexion commune à mener, convaincu que les fragilités actuelles de l’Eglise sont une grâce, un appel au renouveau.

Propos recueillis par Danièle Gatti

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