Une petite fumée blanche et une brève formule « habemus Papam » ont suffi pour embraser au même instant le cœur de milliers de personnes autour du monde.
J’étais au volant de ma voiture quand la bonne nouvelle arriva jusqu’à moi par la grâce de la radio. Pas question de gâcher cette bonne nouvelle, une fois n’est pas coutume. Pour l’accueillir en toute plénitude, je m’arrêtai au bord d un chemin forestier parmi les genêts et les jeunes fougères, bien consciente de partager cet instant avec des frères et sœurs des îles lointaines, des villages de brousse, des déserts, des rizières, des mégapoles …et de la Place Saint-Pierre, et cette universelle communion faisait ma joie.
Puis vint l’excitation joyeuse de la curiosité, au fur et à mesure que se dessinait le profil du nouveau pape : un nom de famille français, américain et péruvien, Augustinien, canoniste, mathématicien… autant d’indices qui fleuraient bon l’ouverture d’esprit, la diversité, l’intelligence du cœur et de l’esprit. Le nouveau pasteur de l’Église se présentait comme une bonne surprise, l’inattendu de Dieu, un vrai cadeau de l’Esprit-Saint. Nous n’avions que des raisons de nous réjouir.
Hélas, sont arrivés très vite les rabat-joie .
Il y eut d’abord les « fossoyeurs » ingrats qui profitèrent de la nouvelle pour enterrer une seconde fois notre Pape François. Ils clamaient leur soulagement et étalaient leurs griefs avec indécence.
Il y eut ensuite les observateurs crispés qui scrutaient le moindre indice pour vérifier si ce nouveau pape correspondait à l’image du pape idéal qu’ils s’étaient fabriquée. Il voulaient un pape sur mesure et se répandaient en commentaires étriqués au lieu d’accueillir la surprise avec enthousiasme.
Il y eut aussi les désenchantés chroniques qui n’attendaient plus rien d’une église en fin de vie, c’étaient sans doute les pires des trouble- fête.
Bref, il y eut les bavardages habituels qui accompagnent la venue d’un nouveau prêtre en paroisse, d’un nouveau voisin ou d’un nouveau membre dans la famille…. Je les connais bien, je ne suis pas au-dessus de la mêlée, malgré mes efforts sincères.
Nous savons rarement offrir à celui qui vient la virginité d’un regard bienveillant. Il nous faut toujours comparer et comparer est presque toujours juger et le jugement ternit la joie : « La comparaison est une voleuse de joie et quand elle rentre par la porte, l’amour sort par la fenêtre. »
Danièle Gatti