La bonté du Bon Pasteur fait jaillir
des perles d’humanité de nos cœurs…

Chers frères et sœurs, Nous continuons d’avancer dans ce temps pascal. Notre situation actuelle, pourrait-elle signifier que le temps pascal serait suspendu, entre parenthèse, en stand by, que notre vie spirituelle serait en pause, mieux, que la vie liturgique serait en attente ! Non, chers amis, il n’y a pas d’exception pour notre foi. Comme toujours dans l’histoire de la mission de l’Eglise, elle est à vivre dans ce qu’est notre vie aujourd’hui. C’est-à-dire dans les conditions qui sont les nôtres aujourd’hui.

Nous découvrons dans nos circonstances particulières un aspect essentiel du mystère de l’incarnation où Dieu, en Jésus, n’a pas cherché pour s’incarner une période sociale et historique favorable, -sinon il n’aurait pas choisi celle avec la présence des Romains, pesant comme un joug sur la Palestine et provoquant des situations de pauvretés et de violences-, mais il a cherché exclusivement des cœurs qui disent « oui ». Il a trouvé un cœur (qu’il a façonné au fil du temps) qui a dit « oui ». Celui de Marie. Dieu suspendu au « oui » de Marie pour entrer dans notre monde et notre humanité, l’assumer intégralement dans ses imperfections par la puissance de son amour capable de tout transformer en LUI. Capable de faire gagner en LUI les beautés de notre monde sur les laideurs, les belles générosités sur les égoïsmes et les violences, la vie sur la mort. Le Seigneur nous invite à voir dans ces beautés visibles ou cachées des perles d’humanité, – qu’il peut faire jaillir en toutes circonstances dans les cœurs, et parfois nous en sommes bénéficiaires (personnellement je suis témoin de ces beautés humaines et bénéficiaires de certaines de ces perles qui ont germé sur le terreau complexe du confinement) -, les signes du Royaume de Dieu à l’œuvre dans une humanité blessée.

C’est cela, chers frères et sœurs le grand mystère de l’Incarnation, célébré à Noël et déployé à Pâques. Il traverse et éclaire toute notre vie. Dieu a pris demeure parmi nous… quels qu’en soient les risques et les circonstances, Il assume. Pâques nous a entraînés très loin dans cette compréhension, que poursuit le temps pascal. L’Esprit-Saint s’y déploie en abondance, la liturgie nous le rappelle chaque jour, nous préparant à fêter ce don extraordinaire de l’Esprit Saint au jour de la Pentecôte.

Et maintenant laissons résonner l’évangile de ce dimanche, où Jésus nous dit qu’il est le Bon Pasteur, le Bon Berger qui donne sa vie pour ses brebis.  Jésus veut nous faire comprendre qu’il est heureux de donner Sa Vie pour nous, qu’il nous connait chacun, chacune, qu’il nous appelle par notre nom, que nous avons une valeur unique et irremplaçable, qu’il prend soin de nous pour que nous puissions réussir notre vie, goûter aux vraies joies de l’existence, à la joie et au bonheur d’aimer et d’être aimé.

Je reviens un instant sur l’image du berger, du bon pasteur qui prend soin des brebis et les protège des dangers, des voleurs, de ceux qui veulent prendre leurs vies pour eux, se servir de nous pour eux-mêmes au lieu de se donner au service de la croissance humaine et de sa fécondité : porter du fruit. « Je suis venu pour que vous ayez la vie en abondance » dit Jésus. Face à tous ces dangers qui menacent les brebis dans la montagne en dehors de la bergerie, elles savent qu’elles peuvent faire confiance à la surveillance du Bon Berger, du Bon Pasteur, qui les nourrit, les soigne, les guide, et elles le suivent avec confiance. Nous comprenons que Jésus parle de nous à travers cette image. Il sait combien la confiance est le mot clé de tout. Puissions-nous, chers frères et sœurs, découvrir dans le Christ Ressuscité, cette grande confiance dont nous avons tous besoin pour vivre dans l’espérance et la paix, dans la joie intérieure et en être des témoins, des agents, des acteurs. La confiance est au cœur de notre vie spirituelle. Elle donne du relief à cette dimension vitale de la vie spirituelle qui constitue pour chacun et chacune de nous une force particulière, unique pour traverser nos épreuves, une source de paix dans nos cœurs inquiets, et contribue à la vie fraternelle et sociale entre les personnes.  

Mais, nous dit l’évangile, comment reconnaitre ce Bon Berger, le Bon Pasteur qui nous veut du bien et qui veut nous donner les forces dont nous avons besoin en ce moment ? Par sa voix. Par sa parole, la parole de Dieu, nous pouvons reconnaitre sa voix parce que nous apprenons à la connaitre quand nous prenons le temps de l’écouter, attentivement et régulièrement. Il n’y a pas d’autre moyen de connaître la voix de quelqu’un qu’en l’ayant souvent écouté parler (un écho en nous). Que cette période que nous vivons favorise le temps d’écoute de sa parole et nous le reconnaitrons parmi les multiples autres voix du monde, et nous pourrons discerner celle qui nous appelle par notre nom, à se laisser saisir dans notre cœur, sans le fuir, sans avoir peur de nous laisser éclairer, guider par sa douce lumière intérieure.Je voudrais nous inviter à prier pour tous ceux et celles qui ont entendu cette voix particulière du Pasteur, les appelant par sa voix, sa parole qui nous saisit de l’intérieur de notre cœur en nous appelant par notre  nom et nous faire entendre dans une totale liberté, « viens et vois »  « viens et suis moi ». « J’ai besoin de toi pour être signe du Royaume et le servir humblement ». En LUI, tu peux jeter ta vie, car il est l’incarnation parfaite de la confiance qui fait grandir et rend libre.

Amen !

+ Philippe Mousset, évêque de Périgueux et Sarlat
Dimanche 3 mai 2020

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