Chers frères et sœurs,
En ce jour où l’Église célèbre l’Immaculée conception de Marie, laissons-nous éclairer par la scène de l’Annonciation qui nous invite à entrer nous aussi, dans un lieu de silence et de disponibilité intérieure. Et le site de Chancelade peut nous y aider. En effet, aujourd’hui, nous allons bénir le centre spirituel du Logis de l’abbé, qui nous est offert comme un petit Nazareth, ou du moins qui s’en inspire : un espace où Dieu peut murmurer sa présence en l’habitant, où les cœurs peuvent s’ouvrir à sa lumière, où la soif profonde de notre temps peut trouver une source.
Avant même de penser à notre mission, le Seigneur nous demande simplement ceci : Laissons-le nous rejoindre, venir à nous tels que nous sommes, dialoguer et parler avec nous pour être rendus capables de parler de Lui.
Marie, l’espace intérieur où Dieu peut venir habiter. L’Immaculée Conception n’est pas de l’ordre d’un privilège. C’est la révélation d’un cœur totalement libre pour Dieu et donc pour les autres, pour le monde. Car Marie est sans péché. Donc rien ne peut la détourner de son libre oui, de son libre désir, de son choix personnel et libre de Dieu et de l’adhésion sans faille à sa volonté. Marie est comme un sanctuaire vivant : tout en elle est accueil, tout en elle est paix, tout en elle est disponibilité pour chercher et faire la volonté de Dieu.
Dans une époque où nos vies sont souvent dispersées, tirées dans plusieurs directions, Marie nous rappelle que le cœur ne se divise pas et qu’en Dieu seul, nous trouvons notre unité profonde. Parfois il m’arrive de dire « je suis débordé », mais finalement, je crois plutôt que je suis trop dispersé. Marie me, et nous, rappelle cette vigilance à entretenir. La vie intérieure réclame des temps de silence. Si on vit à l’extérieur de soi-même, en recherchant en ce monde une reconnaissance perpétuelle pour soi ou même pour une Église soucieuse d’elle-même, on court le risque de mener une vie superficielle et de limiter la mission à une affaire de gestion. La grâce de l’Immaculé conception, c’est la grande liberté du cœur, la liberté de croire, d’espérer, d’aimer.
L’Annonciation : la rencontre qui transforme. Lorsque l’ange s’approche de Marie, ce n’est pas une annonce de plus, mais une visitation. Ainsi, quand nous accueillons la Parole de Dieu, nous faisons l’expérience de sa venue, d’une visitation. Dieu descend dans la simplicité pour rejoindre Marie dans sa vie ordinaire : « Je te salue, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi ». « Je te salue », mais on peut dire aussi, « réjouis-toi, sois heureuse », pour nous rappeler que c’est là que commence le nouveau testament. Ces paroles de l’ange, « réjouis-toi, sois heureuse… », sont des paroles qui invitent à la joie, nous montrant ainsi d’emblée que l’évangile est une bonne nouvelle qui nous apporte la joie dans un monde qui en manque.
« N’aie pas peur », ou sois sans crainte car il y avait de quoi avoir peur pour Marie d’être la Mère de Dieu, du Sauveur, du Fils de Dieu. Quel poids dans un monde difficile à son époque ! Un poids au-dessus des forces humaines. Marie nous adresse à nous aussi, dans un monde inquiet et incertain, un monde aux peurs multiples, ce message de la part du Seigneur : « n’aie pas peur, il est toujours avec toi ». Nous pouvons tomber, cela peut nous arriver à tous, mais il y a toujours cette présence de Dieu qui est comme des mains qui nous portent sans jamais nous lâcher : « personne ne les arrachera de ma main » Jean 10,28. Les mains de Dieu sont des mains sûres et bonnes.
Oui, avec Marie n’ayons pas peur et réjouissons-nous de cette Bonne Nouvelle : Marie, ne comprend pas tout, mais elle écoute. Elle ne voit pas tout mais elle s’abandonne, et dans son oui silencieux et total, le monde bascule. Son oui, elle le prononce dans la foi et la confiance. Son oui devient pour nous mission : Dieu la fait sortir d’elle-même pour qu’elle devienne la Mère de son Fils, disciple à l’école de son Fils Jésus, guide et servante !
Aujourd’hui, frères et sœurs, un signe très fort nous est donné : malgré les crises, les inquiétudes et les peurs, les doutes, la soif de Dieu, de manière étonnante est toujours vive. De nombreux jeunes et adultes frappent à la porte de l’Église pour des demandes sacramentelles ou simplement parce qu’ils sont en recherche d’un sens à leur vie. Par ailleurs, j’en suis témoin, quand des prêtres, des diacres, des religieux (ses) et des fidèles laïcs, savent où sont leurs sources, dans la force de l’évangile, la prière, les sacrements, les lieux réels de la vie fraternelle, ils deviennent capables, portés par l’Esprit Saint, de répondre aux attentes d’un monde qui se cherche et s’interroge.
Tout en étant réaliste sur notre situation minoritaire, ici en Périgord comme dans de nombreux diocèses, je retiens ces paroles du pape Léon prononcées lors de son récent voyage en Turquie et au Liban. Il a notamment insisté sur le fait de ne pas avoir peur des petites réalités. Il disait en substance : Une communauté petite et fragile, mais vivante et désireuse de trouver dans l’Eucharistie et la communion ecclésiale la joie et l’espoir d’avancer vers l’avenir est un témoignage essentiel dans ce monde qui ne voit que ce qui est grand et qui brille. Il invitait aussi à cette nouvelle étape à vivre en marchant sur le chemin vers l’unité. Accueillons pour nous cet appel du pape à œuvrer pour des communautés vivantes, parce qu’elles vivent du Christ.
Nous avons besoin pour cela de lieu comme celui-ci. Permettez-moi de m’adresser à vous chers frères, chanoines réguliers de St Victor. Votre présence au fil du temps a redonné à ce site un rayonnement cohérent avec son histoire marquée par la figure du Bienheureux Alain de Solminihac : le primat de la charité et de la communion que la communauté des Chanoines souligne comme caractéristique importante de leur règle.
Je n’insisterai pas sur la dimension pastorale vécue sur les deux paroisses qui vous ont été confiées, même s’il est évident qu’elle est très importante pour le diocèse, autant dans votre manière de la vivre que par votre souci de participer activement à la recherche sur la façon d’envisager la mission et d’annoncer l’évangile, aujourd’hui en Périgord.
J’insisterai davantage sur la dimension spirituelle parce que, me semble-t-il, le site de l’abbaye est porteur d’une grâce particulière liée, d’une part, à son histoire, et d’autre part, à votre charisme religieux. D’ailleurs, je constate que les efforts de restauration et particulièrement ceux du « Logis abbatial et de son jardin », vont dans ce sens : renforcer la vocation de centre spirituel de ce site historique. Notre Église diocésaine a besoin plus que jamais d’espaces comme celui-ci pour répondre aux exigences de la pastorale, en étroite concertation avec les différents acteurs qui œuvrent au service de sa mission en Périgord, et plus particulièrement, au sein de l’Ensemble pastoral du Périgord centre.
Frères et sœurs, dans le silence de nos cœurs, laissons cette prière monter :
Seigneur,
prépare en nous un cœur simple libre, disponible comme celui de Marie,
un cœur brûlant comme celui du Bienheureux Alain de Solminihac,
un cœur qui se nourrit de ta Parole,
un cœur qui se laisse conduire.
Que ce centre spirituel devienne
un lieu où Tu es attendu,
un lieu où Tu es rencontré,
un lieu où Tu envoies tes disciples vers ceux qui ont soif de Toi.
Et que tous ceux qui passeront en ce lieu, comme nous aujourd’hui, puissent entendre la parole de l’ange :
« Réjouis-toi… le Seigneur est avec toi. »
Amen.