Homélie de Pentecôte
« L’Esprit Saint rend possible l’impossible »

Frères et sœurs, chers amis,

Prenons quelques secondes de silence dans notre cœur pour entrer dans cette grande fête de Pentecôte 2020, qui revêt un caractère particulier cette année avec le passage du confinement au déconfinement que nous vivons au moment de la Pentecôte. Ce qui est étonnant et surprenant c’est que les disciples, eux aussi, vont vivre ce passage du confinement (ils étaient enfermés par peur de l’hostilité extérieure) au déconfinement sous l’action de l’Esprit Saint. Peut-être que nous pouvons mettre à profit ce concours de circonstances pour mieux entrer dans cette belle et grande fête de Pentecôte ?

Dans ce changement intérieur des disciples qui se traduit par un déconfinement, une sortie de soi, tout commence par le don de la paix. Comme si rien de profond ne peut changer en nous sans la paix. A deux reprises Jésus leur dit « la paix soit avec vous ». Ce premier message de Jésus « la paix soit avec vous » va les décentrer d’eux-mêmes pour les ouvrir à la réception de l’Esprit Saint. La paix du cœur, la paix dans le cœur pour recevoir l’Esprit Saint.

L’évangile de Jean nous dit en effet que la mort de Jésus provoque le repli, le confinement des disciples qui ont peur. « Les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées ». Et ce ne sont pas seulement les portes extérieures de la maison qui sont verrouillées mais aussi la porte de leur cœur. Ils n’osent plus sortir. La peur s’est décuplée (elle est toujours envahissante, plus que de raison) dans leur tête, alors Jésus va agir sur cette peur paralysante source de tant de tourments, d’inquiétude.

Mais quelle est la nature de cette paix ? Dans le récit, aucune ambiguïté, c’est la présence du Christ Ressuscité, toujours vivant, qui devient source de paix pour les disciples. Ils revivent par sa présence. Ce qui veut dire, chers amis, que la paix du Christ n’est pas celle du monde (absence de conflits, de tension, de guerre), comme il le dit par ailleurs dans l’évangile, mais celle de sa présence avec nous et en nous. Sa Présence engendre la paix en nous, même dans des circonstances défavorables, difficiles, même dans un contexte hostile et mouvementé, ce qui était le cas des disciples. Il n’a pas changé l’extérieur, mais sa présence a changé l’intérieur des disciples. Les disciples furent remplis de joie par sa présence. Voilà la force du Christianisme, la paix qu’il met dans les cœurs. Raison majeure de ne pas garder le Christ confiné dans nos églises et nos cathédrales, tellement cette quête de paix est présente partout ! Moi-même je suis mendiant de cette paix du Christ. Ce n’est pas pour rien que toutes les messes commencent par un message de paix : « la paix soit avec vous » et se terminent par « allez dans la paix du Christ » comme porteurs de paix par la Présence du Christ en nous.

Pentecôte, c’est enfin ce deuxième élément fondamental, vital : « ce coup de vent qui remplit la maison» où étaient réunis les disciples pour prier et ce passage dans l’évangile où on nous dit que Jésus souffla sur eux et leur dit « recevez l’Esprit Saint ». Et leur vie change. Arrêtons-nous un moment : car c’est à cet instant-là que l’Eglise, notre Eglise est née et ne cesse de naître par ce vent de l’Esprit qui remplit la maison, pas seulement la maison, mais aussi leur cœur et leur vie. Comme il peut remplir aujourd’hui vos maisons et vos vies. L’Esprit Saint, c’est comme le vent, le souffle, c’est impalpable, ça ne peut se prendre comme je prends un objet, ça ne peut que se recevoir. Se recevoir parce que c’est un don gratuit, un don de Dieu.

S’il ne se voit pas au premier coup d’œil, L’Esprit Saint se voit à ses effets, comme le vent et le souffle (le vent, le souffle se voient aux branches et feuilles qui bougent…). Saint Paul dans une épitre dresse une liste de ses effets, des fruits qu’Il produit en nous : amour, paix, joie, patience, bonté, bienveillance, beauté, douceur, maîtrise de soi. Ce ne sont pas nos œuvres, mais un don, des dons, des fruits, c’est-à-dire quelque chose d’agréable, de fascinant, de beau, de naturel, de spontané, de joyeux, de savoureux comme un fruit. Ces dons, je le redis ne sont pas nos œuvres, mais naissent de l’arbre du St Esprit. Nous en vivons, nous les accomplissons, mais c’est l’Esprit Saint qui les produit en nous.

Il y a une chose qui m’interpelle encore dans ce récit de Pentecôte, c’est qu’au moment où les apôtres sortent de leur maison, la menace n’a pas pour autant disparu, l’inquiétude et l’incertitude demeurent. Et durant les mois qui suivront cette sortie ils seront confrontés encore à des épreuves. Mais ils sont libérés. Pas n’importe quelle libération, celle de l’Esprit Saint qui fait qu’ils reconnaissent paisiblement la vérité de leur pauvreté, de leur fragilité, de leur péché nous dit l’évangile… Ils en sont délivrés et deviennent libres. Libérés d’un poids au fond d’eux-mêmes. Saisis et gagnés par la confiance que suscite la grande miséricorde de Dieu, Ils sont poussés de l’intérieur à sortir d’eux-mêmes en se donnant, à faire de toute leur vie un don de soi, accompli.

Ils n’ont plus peur d’être des missionnaires même en eaux troubles, évangélisateurs en terrain miné. Jésus n’avait jamais promis aux apôtres la reconnaissance et l’approbation générale des autorités politique et religieuse de l’époque. Il n’avait jamais promis la conversion des foules mais bien plutôt l’incompréhension et l’adversité. Il ne leur avait jamais promis la réussite de leur entreprise missionnaire. Mais il leur avait promis l’assistance de son Esprit. « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Recevez l’Esprit Saint ».

Ainsi, nous voyons bien que ce ne sont donc pas les conditions extérieures qui ont changé rendant possible la sortie et la prise de parole de Pierre au jour de la Pentecôte. Mais c’est ce que l’Esprit Saint a fait dans le cœur de l’apôtre qui a rendu possible l’impossible, qui a permis de passer de l’enfermement à l’ouverture, de la peur à l’espérance. Frères et sœurs, chers amis, c’est aujourd’hui et maintenant que s’accomplit en nous cette œuvre de l’Esprit Saint. Amen.

(En voyant les plus jeunes de notre assemblée, puissions-nous leur offrir des espaces où ils peuvent faire la belle expérience du don de soi pour Dieu, pour la création, pour les autres et avec les autres… N’attendons pas la perfection des moyens, mais osons offrir des espaces d’apprentissage du don de soi dans le souffle et l’assistance de l’Esprit Saint !)

Cathédrale Saint-Front de Périgueux,
Pentecôte 2020

+ Philippe MOUSSET,
Evêque de Périgueux et Sarlat

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