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Homélie de Mgr Mousset – 26/10/2025

Homélie de monseigneur Philippe Mousset – Cathédrale Saint Front-Saint Etienne

Dimanche 26 octobre 2025

à l’occasion de la démarche Jubilaire de l’ensemble pastoral Périgord Centre
30ème dimanche du Temps Ordinaire
Évangile du pharisien et du publicain (Lc 18, 9-14)

« Frères et sœurs des paroisses de l’ensemble pastoral du Périgord centre avec vos pasteurs, avec les diacres, nous voici rassemblés pour rendre grâce à Dieu, en ce jour où notre Église diocésaine fait mémoire de saint Front en qui elle reconnaît son fondateur. Comme successeur des Apôtres et de saint Front, il me semble important de vous conforter dans votre démarche d’unité dans la foi. En faisant mémoire de la naissance de l’Église en Périgord, comment ne pas nous rappeler la fragilité des commencements ! Et, pour cette raison, comment ne pas redire avec force que le problème dans la pastorale n’est pas d’abord une question de nombre, mais le risque, toujours d’actualité, d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile ou une lumière qui n’éclaire plus rien.

Chers frères et sœurs en Christ, en cette fête de saint Front, en cette période du Jubilé de l’Espérance, nous sommes invités à renouveler notre regard sur le mystère de Dieu, sur notre façon de vivre ensemble, de vivre l’unité et la communion au sein de nos communautés paroissiales et entre toutes les communautés de cet Ensemble pastoral, pour témoigner de la joie de l’Évangile. Aujourd’hui, l’Évangile de Jésus-Christ (Luc 18, 9-14) nous place devant deux figures opposées : le pharisien et le publicain. Avec ces deux attitudes, celle du pharisien et celle du publicain, nous accueillons l’appel que Jésus nous adresse, un appel à nous convertir pour naître, renaître à l’espérance de Dieu en reconnaissant humblement que nous sommes un peu ce pharisien et un peu ce publicain et que nous ne sommes pas nécessairement l’un ou l’autre. Car, comme le dit le prophète, le cœur de l’homme est compliqué et malade ! qui peut le connaitre ? (Jr 17,9). Ainsi, Jésus désire nous libérer, nous guérir de cette attitude qui consiste à juger le cœur des autres sans forcément le connaitre ! C’est là qu’est le piège : regarder en surplomb, et finalement s’élever par soi-même, se considérer autosuffisant. C’est l’attitude du pharisien dans la parabole racontée par Jésus, de cet homme qui, tout en rendant grâce à Dieu, se croit mieux que les autres et qui, dans sa prière, laisse entendre qu’il n’a besoin ni de Dieu, ni des autres : « Mon Dieu je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres…- ils sont comme ceci ou comme cela – mais moi je jeûne et je fais ce qui m’est demandé… non pas comme ce publicain. »
La mise en garde de Jésus dans cette attitude, ce n’est pas le respect et la pratique de la loi religieuse de son temps, mais le risque de s’établir l’égal de Dieu en jugeant sans connaitre et de se croire irréprochable. C’est ce que l’on appelle l’autosuffisance, l’autoréférence, cette attitude où j’en viens à me placer au centre de ma propre prière. Je n’ai plus besoin de l’autre. Et cette attitude peut concerner tant la vie de foi personnelle que communautaire.

Jésus connait ses disciples, connait notre humanité et veut nous libérer de ce risque intérieur terrible. Risque de ne plus être dans une attitude d’humilité pour se disposer à recevoir et à pouvoir dire « j’ai besoin de toi », « J’ai besoin de vous » « j’ai besoin d’être aidé et secouru », « j’ai besoin de la miséricorde de Dieu », besoin de chercher et de découvrir la présence de Dieu dans la rencontre avec les autres si différents de moi soient-ils.

Cela me fait penser à un autre passage de l’Évangile, celui de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine. Jésus n’a pas peur de demander à cette femme : « Donne-moi à boire » au moment où il fait le plus chaud. Ou encore, cet autre passage, au cœur du récit de la Passion où Jésus nous livre deux mots qui renferment un immense mystère : « J’ai soif » (Jn 19,28), et aussitôt après : « Tout est accompli. » (Jn 19,30). Comme si les deux étaient indissociablement liés. La soif du Crucifié est aussi l’expression d’un désir profond, d’un Dieu qui se laisse aussi traverser par cette soif. Un Dieu qui n’a pas honte de mendier une gorgée, car dans ce geste, il nous dit que l’amour, la Bonne Nouvelle de l’évangile de l’amour de Dieu, le cœur et la finalité de toute mission confiée à son Église, pour être vrai, doit aussi apprendre à demander et pas seulement à donner.

Le pape Léon souligne, dans un commentaire du Christ en croix, que Jésus n’accomplit pas sa mission en se suffisant à lui-même, mais dans sa relation avec Dieu son Père et en demandant quelque chose qu’il ne peut se donner à lui-même. « J’ai soif » ! Et c’est là, écrit le pape Léon, que s’ouvre une porte sur la véritable espérance, qui fonde notre jubilé : si même le Fils de Dieu a choisi de ne pas se suffire à lui-même, alors notre soif – d’amour, de sens, de justice – n’est pas un signe d’échec, mais de vérité…  

N’ayez pas peur, frères et sœurs, car nous sommes précédés par l’Esprit Saint, de vous enrichir en mettant en commun vos expériences pastorales et missionnaires, tout particulièrement, pour accueillir et accompagner celles et ceux de plus en plus nombreux qui frappent à la porte de notre Église. N’ayez pas peur d’apprendre à compter les uns sur les autres pour avancer ensemble sur les chemins de la mission !

Vous le savez nous sommes attendus à cette profondeur de vie. Dans la fraternité, dans la vie simple, dans l’art de demander sans honte et de donner sans calcul, se cache une joie que le monde ne connaît pas. Une joie qui nous ramène à la vérité originelle de notre être : nous sommes des créatures faites pour donner et recevoir de l’amour.

En guise de conclusion et d’envoi, je veux maintenant, chers et sœurs, me tourner avec vous vers saint Front, Apôtre du Seigneur et fondateur de notre Église diocésaine !

Saint Front, patron de notre diocèse, même si ton histoire se perd dans la nuit des temps au point que nul ne peut dire avec précision ce que fut ta vie, la dévotion populaire qu’elle a suscitée au fil du temps et de l’histoire, a fait de toi un saint, le premier de la longue lignée de ces hommes et de ces femmes qui ont témoigné de l’Évangile sur notre terre du Périgord. Ta figure est emblématique de ces premières générations qui n’ont pas eu peur de devenir des porteurs de la lumière de l’Évangile, animées du désir de nous aider à l’accueillir aujourd’hui pour en témoigner en paroles et en actes.

Saint Front aide-nous, à une époque où nous sommes devenus un petit peuple, à ne plus avoir peur et de comprendre comme tu l’as compris en tes débuts, au sein des petites communautés naissantes, fragiles, que le problème n’est pas d’abord une question de nombre mais le risque d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile ou une lumière qui n’éclaire plus rien.

Cher Saint Front, tu nous rappelles que justement cette Parole de Dieu est un feu dévorant, capable de tenir en échec tous nos démons intérieurs et d’ouvrir, dans nos cœurs si souvent fermés, une brèche d’où peut jaillir la source intarissable de l’amour de Dieu, manifesté en Jésus Christ, et répandu en nous par l’Esprit Saint. Parole capable d’être contagieuse encore aujourd’hui dans les cœurs nombreux de celles et ceux qui frappent à nos portes, qui te cherchent sans trop savoir, affamés d’une nourriture qui apaise et rassasie nos faims les plus profondes…

Saint Front, prie pour nous, pour notre Église diocésaine, pour les communautés paroissiales de l’Ensemble pastoral du Périgord centre, afin qu’ensemble, portés par l’Esprit Saint, nous devenions les disciples missionnaires comme tu le fus en ton temps, au cœur du monde dans lequel nous vivons.

AMEN. »

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