Périgueux, cathédrale Saint-Front, le 9 juin 2026.
Nous faisons mémoire ce soir du Père Jacques Hamel, assassiné il y a bientôt dix ans alors qu’il célébrait la messe.
Le souvenir de ce drame demeure douloureux. Un homme de paix, un prêtre âgé de quatre-vingt-cinq ans, a été tué dans un lieu consacré à la prière et à la rencontre de Dieu. Beaucoup, ce jour-là, ont éprouvé de la tristesse, de l’incompréhension et même une forme de vertige devant une telle violence.
Pourtant, si nous sommes réunis ce soir, ce n’est pas seulement pour nous souvenir d’une tragédie. C’est aussi pour discerner ce qui, au cœur même de cette épreuve, nous permet de continuer à espérer et à croire qu’un monde plus juste, plus solidaire et plus fraternel est toujours possible !
La première lecture nous conduit à Sarepta. Une veuve se trouve dans une situation de grande précarité. Il ne lui reste presque rien. Et pourtant, lorsqu’Élie se présente à elle, elle choisit de donner. Elle aurait pu se replier sur elle-même, protéger le peu qu’il lui restait encore. Mais elle ouvre sa porte, elle ouvre sa main, elle ouvre son cœur. Et cette ouverture dans la confiance devient source de vie.
L’Évangile, lui aussi, parle d’ouverture. Jésus dit à ses disciples : « Vous êtes le sel de la terre. Vous êtes la lumière du monde. » Le sel est fait pour donner du goût aux aliments. La lumière est faite pour éclairer. L’un et l’autre existent pour les autres.
Le Père Jacques Hamel a vécu toute sa vie dans cette simplicité évangélique. Il n’était ni un homme de pouvoir ni une personnalité médiatique. Il était un pasteur fidèle, un prêtre donné à son peuple, un homme qui avait choisi depuis longtemps de faire de sa vie un service. Jour après jour, discrètement, il a été ce sel qui donne goût à l’existence et cette lumière humble qui éclaire sans attirer l’attention sur elle-même.
Ceux qui ont commis ce crime voulaient semer la peur, la division et la haine. Ils voulaient dresser les uns contre les autres. Ils voulaient faire croire que la violence pouvait l’emporter.
Mais ce qui s’est produit dans les jours qui ont suivi a révélé une autre réalité.
Des femmes et des hommes de toutes convictions et de toutes religions se sont rassemblés. Dans notre ville même de Périgueux, beaucoup se souviennent de cette marche silencieuse et recueillie qui conduisit jusqu’à cette cathédrale Saint-Front. Des membres de la communauté musulmane y avaient pris une part active pour exprimer leur compassion, leur proximité et leur refus de la violence commise au nom de Dieu. Là où certains voulaient instaurer la méfiance et la division, la fraternité a rassemblé des hommes et des femmes qui, en marchant ensemble, ont dit non à la violence.
Comme si, au cœur des ténèbres, la lumière dont parle Jésus dans l’Évangile avait trouvé de nouveaux visages pour continuer de briller.
Je crois que c’est l’un des héritages les plus précieux que nous laisse le Père Jacques Hamel.
Son souvenir nous invite non seulement à condamner la violence, mais aussi à choisir résolument le chemin de la rencontre et du dialogue.
Le pape François, au lendemain de cet assassinat, avait appelé à condamner cet acte et à ne pas céder à la haine. Face à la barbarie, il rappelait que la réponse du croyant ne peut pas être la vengeance mais la fidélité à l’Évangile de paix.
Aujourd’hui encore, le pape Léon XIV nous invite à croire que la dignité de toute personne humaine, le dialogue, l’écoute mutuelle et la fraternité sont les fondements d’un avenir véritablement humain. Aucune société ne se construit durablement par la force, l’humiliation ou l’exclusion. C’est toujours la rencontre, l’écoute et le dialogue qui rendent possible un vivre ensemble fraternel et ouvrent ainsi de nouveaux horizons…
Ce soir, au-delà de nos appartenances religieuses, de nos convictions ou de nos parcours de vie, nous sommes rassemblés par quelque chose qui nous dépasse tous : la conviction que la violence ne peut pas être un avenir pour l’humanité.
Croyants ou non croyants, pratiquants ou plus éloignés de la foi, nous pouvons nous reconnaître dans cet engagement commun à servir la paix, à défendre la dignité de chaque personne humaine et à faire grandir la fraternité entre les peuples.
Notre présence commune est déjà un signe. Elle prolonge, d’une certaine manière, le geste posé ici même il y a dix ans. Elle dit que nous refusons que la peur ait le dernier mot. Elle dit que la mémoire du Père Jacques Hamel demeure vivante chaque fois qu’un homme ou une femme choisit le respect plutôt que le mépris, le dialogue plutôt que l’exclusion, la rencontre plutôt que l’affrontement.
Nous ne sommes donc pas réunis seulement pour nous souvenir d’un drame.
Nous sommes réunis pour affirmer que la lumière est plus forte que les ténèbres, que la fraternité est plus forte que la haine et que l’espérance est plus forte que la peur.
Que le témoignage du Père Jacques Hamel nous aide à devenir, chacun à notre place, ce que Jésus nous demande d’être : sel pour notre terre et lumière pour notre monde.
Amen.