Soyons honnêtes, la simplicité, nous y pensons peut-être comme une éventuelle option à certaines heures pâles de nos nuits, mais de là à l’inviter dans notre quotidien ! Conscients de l’énorme bond de côté à faire, nous poursuivons notre vie « divisé parmi les biens terrestres, dévorant le temps et dévoré par lui », comme le confesse Saint Augustin. Pourtant, il arrive parfois qu’une épreuve fasse exploser nos habituels repères, la vie avec son grand mouvement reflue et nous laisse abattus, sans force… le rien s’installe.
Certains ont trouvé une issue à cette déréliction, ils ont déposé les armes et redécouverts la simplicité de l’enfance. « Un jour la vie vous remue jusqu’au tréfonds, elle vous met à nu, sans autre possibilité que d’accepter la vie simple et renaître au milieu d’un petit jardin qui n’a d’autre histoire que celle de l’éternel retour des feuilles, des fleurs, du soleil, des chants d’oiseaux ». Dans un petit livre sans prétention, « Le jardin nu », Anne Lemaître nous raconte sa lente remontée vers la vie par l’observation des existences minuscules. Elle y apprend « à être simplement là où nous sommes posés, disponibles à ce qui advient, dépourvus d’intention comme d’objectif ». Il faudra beaucoup de temps et de souffrance à Ivan Illitch, le personnage de la nouvelle de Tolstoï, pour découvrir après une vie toute tournée vers la conquête des grandeurs d’établissement, que la simplicité du dépouillement libère.
Pourtant cette simplicité là est au cœur des évangiles, « soyez simples comme des colombes » dit le Christ (Mt 10, 16) C’est vers cette dimension spirituelle de la simplicité que nous convie un père de l’Abbaye de Lagrasse dans un opuscule intitulé « Éloge spirituel de la simplicité ». Il en analyse toutes les subtilités en s’appuyant sur les textes et l’expérience de Saint Augustin, Saint François de Salles et Charles de Foucault. Authentique accord entre l’extérieur et l’intérieur la simplicité est un chemin vertical par lequel la découverte des beautés ordinaires ouvre l’âme.
« Apprendre à me simplifier pour mieux recevoir les mystères, me laisser informer par la parole divine » tel que nous l’explique un moine Chartreux dans « Amour et Silence ».
Certes, la voie n’est pas facile, mais tout bien pesé, la simplicité est pleine de ressource, elle possède les vertus d’une eau fraîche et pure quand la soif est lancinante au feu du désert.
Martine Noverraz
Conseils de lectures
Le jardin nu, Anne Lemaître, Bayard édition.
Éloge spirituel de la simplicité, Maximilien Lefébure du Bus, Artège édition
La mort d’Ivan Illitch, Tolstoï.