Le Père Jean-Michel Bouygues

Le Père Jean-Michel Bouygues, vicaire général

Quel souvenir gardons-nous de ceux que nous avons un jour portés en terre et sur la tombe desquels nous allons nous recueillir, à l’occasion de la fête de la Toussaint ? Que sont-ils pour nous aujourd’hui : des morts ou des vivants ? Les fleurs que nous déposons sur leur tombe, de quoi sont-elles le signe ?

En nous mettant à l’écoute de l’évangile des Béatitudes, nous nous rendons compte que la seule question que nous avons à nous poser est de savoir si ceux qui ont traversé l’épreuve de la mort, partagent le bonheur promis par Dieu.
Le Christ l’affirme clairement. Le bonheur est promis à ceux qui ont pleuré, ceux qui ont voulu vivre selon la justice, ceux qui ont fait preuve de miséricorde, ceux qui ont aidé à faire la paix, ceux qui ont souffert d’être incompris à cause de leur foi, de leurs convictions. Oui, le bonheur attend tous ceux qui ont essayé de conformer leur vie d’hommes et de femmes,
leur vie de chrétiens, à l’Evangile ! N’est-ce pas cela être saint ?

Contrairement à une idée très répandue, un saint n’est pas forcément quelqu’un d’extraordinaire ! C’est même, la plupart du temps, quelqu’un d’ordinaire, comme vous
et moi, quelqu’un qui, un jour, a pris conscience de la présence de Dieu dans sa vie et qui a alors voulu harmoniser sa vie avec cette présence de Dieu. La Bible ne parle pratiquement pas de la sainteté ; le mot « saint » n’est employé que pour parler de Dieu, – le Saint par excellence ! – ou pour parler du Christ. Pour les hommes, on préfère dire qu’ils sont
des justes. Ainsi, est juste celui qui s’ajuste à Dieu, qui ajuste sa volonté à celle de Dieu, tout comme deux pièces de bois sont ajustées pour s’assembler parfaitement.

La sainteté n’est rien d’autre que cela : devenir juste, ajuster notre vie à la vie que Dieu nous donne, ajuster notre amour à l’amour de Dieu. C’est répondre à l’appel de Dieu qui nous
propose de le suivre sur le chemin du bonheur, le chemin des Béatitudes.

Bien sûr, il ne nous appartient pas de dire si la vie des défunts dont nous faisons mémoire a été ou non conforme à l’Evangile, s’ils sont ou non des saints ! Mais c’est le Christ lui-même
qui nous invite à l’espérance.

C’est pour cette raison que les fleurs que nous déposons sur leur tombe peuvent être le signe de la résurrection à laquelle nos défunts sont appelés ! Par ce geste, le cimetière, qui n’est pour beaucoup qu’un lieu de mort et d’oubli, devient le temps d’une fête le lieu de l’espérance, le lieu de l’affirmation de la victoire de la vie sur la mort.

Cette affirmation n’a rien d’un “artifice” destiné à masquer la réalité de la mort ! Alors de grâce, bannissons de nos pratiques funéraires les fleurs artificielles, symbole d’une pseudoimmortalité, pour ne garder que celles que le Créateur nous offre !

Abbé Jean-Michel Bouygues.
Vicaire général

Publié dans Eglise en Périgord N°20