Alors que la joie de croire continue d’attirer de plus en plus de nouveaux visages, la transmission de la foi vit un souffle de renouveau dans notre diocèse. Entre l’engouement autour du catéchuménat des adultes, le dépoussiérage des méthodes pédagogiques et le plaisir de faire équipe sur le terrain, notre responsable diocésaine partage son enthousiasme. Un entretien chaleureux et stimulant sur les beaux défis qui attendent nos communautés !
EeP : Peut-on faire un état des lieux : constatez-vous une augmentation des demandes de baptême et de confirmation chez les adultes et les jeunes ces dernières années ?
Gaëlle Romieu : Chez les adultes, oui, très nettement. Après le redémarrage qui a suivi le Covid, le nombre de demandes augmente régulièrement. Pour 2026, nous avons accompagné 52 baptêmes d’adultes et 46 confirmations.
C’est une vraie question pour nous : comment mieux accompagner les nouveaux baptisés après leur entrée dans la vie chrétienne ? On est très « cocooné » jusqu’au baptême et, après, on peut parfois avoir l’impression d’être un peu lâché dans la nature. Il faut donc réfléchir à la continuité du cheminement. Cette année, on va organiser une fête diocésaine pour les nouveaux baptisés le 3 avril 2027 à la cathédrale, quelque chose de festif pour se retrouver dans ce lieu et le découvrir autrement.
EeP : Y a-t-il un profil type des catéchumènes ?
Gaëlle Romieu : Une majorité a entre 18 et 40 ans. Et, dans notre diocèse, nous constatons une répartition assez équilibrée entre hommes et femmes.
EeP : Comment se porte la catéchèse des plus jeunes ?
Gaëlle Romieu : C’est beaucoup plus difficile. Le nombre d’enfants dans le catéchisme et les aumôneries a fortement diminué ces dernières années. Le Covid a accentué cette baisse, dans un contexte où la démographie scolaire diminue également.
Pourtant, il y a de belles choses qui se vivent. Nous travaillons notamment davantage avec les aumôneries. Depuis l’an dernier, l’appel décisif est proposé aux adolescents à partir de la sixième, en même temps que les adultes. Cette année, cela devient la norme. C’est une évolution importante : nous allons pouvoir mieux accompagner les 12-18 ans dans un véritable cheminement catéchuménal.
Pour les plus jeunes, le catéchuménat des enfants existe toujours : certains viennent au caté précisément parce qu’ils demandent le baptême.
EeP : Est-ce qu’il y a des tranches d’âge où la transmission est plus fluide ?
Gaëlle Romieu : Les plus petits ont une grande capacité d’ouverture. Je le constate notamment entre 6 et 8 ans. Ils sont très directs, très perméables à ce qu’on leur propose.
À la liturgie des enfants, le dimanche, on voit aussi cette intuition spirituelle s’exprimer très simplement. Les enfants sont capables d’une vraie profondeur. Ce ne sont pas des adultes en miniature : ils vivent les choses d’une manière qui leur est propre.
C’est aussi ce qui rend la catéchèse passionnante : partir de ce qu’ils vivent et leur permettre de découvrir comment la Parole de Dieu peut résonner dans leur propre vie.
EeP : Est-ce qu’on voit une disparité, entre les paroisses rurales, les paroisses urbaines ?
Gaëlle Romieu : Je ne dirais pas que c’est une question de nombre. Cela dépend beaucoup du dynamisme local. Il existe des paroisses rurales extrêmement dynamiques. À Terrasson, par exemple, une catéchiste relais a réussi à fédérer une véritable équipe autour d’elle et à transmettre son expérience. Elle laisse aujourd’hui sa place, en considérant qu’il est temps que d’autres prennent le relais.
À l’inverse, une ville comme Périgueux peut connaître de vraies difficultés. Beaucoup de facteurs entrent en jeu : les personnes, les équipes, les habitudes locales, les distances…
EeP : Quels parcours ou manuels sont privilégiés ?
Gaëlle Romieu : Il existe des parcours ayant reçu l’approbation de la Conférence des évêques de France. Ils s’appuient notamment sur les orientations actuelles de l’Église pour la catéchèse.
Le but est de faire entrer les enfants en communion avec le Christ et pour ça, on s’appuie essentiellement sur la Parole de Dieu, l’année liturgique, le Dieu trinitaire et le kérygme, c’est-à-dire l’annonce du Christ mort et ressuscité, présent aujourd’hui dans la vie de chacun.
La catéchèse n’est donc pas simplement du « par cœur ». Il y a bien sûr des prières que l’on apprend progressivement, comme le Notre Père ou le Je vous salue Marie, mais l’objectif est surtout de faire résonner la Parole dans la vie des enfants.
EeP : Comment le diocèse accompagne-t-il les personnes porteuses de handicap ?
Gaëlle Romieu : Nous avons une personne spécialement formée, Marie-Hélène Barusseau, qui accompagne notamment les personnes en situation de handicap mental. Elle peut intervenir auprès d’un groupe ou d’une personne seule, elle se déplace dans tout le diocèse. Elle a remonté l’an dernier un groupe Foi et lumière qui se retrouve une fois par mois, adultes et enfants en situation de handicap encadré par des bénévoles, à faire connaitre aux familles.
Il existe également des parcours spécifiques pour les jeunes et pour les adultes. Certaines séances sont directement utilisables avec d’autres groupes : elles proposent des outils très concrets et peuvent être une ressource pour tous.
EeP : Et la formation ?
Gaëlle Romieu : Il existe notamment une formation « Stop Abus », obligatoire pour les personnes qui interviennent auprès des mineurs. Elle comprend une partie en ligne et une formation en présentiel avec des cas concrets : comment se positionner dans une salle, à quoi être attentif, quelle posture adopter, comment prendre soin des enfants…
Au-delà de cette formation, nous proposons également chaque année une journée diocésaine autour d’un thème particulier. Mais nous nous déplaçons aussi dans les paroisses, car il n’est pas toujours facile pour les bénévoles de se libérer ou de parcourir de longues distances.
Pour le catéchuménat, des formations spécifiques pour les accompagnateurs sont proposées, la première sera le 3 octobre prochain.
EeP : Une question sur la veille pédagogique, avec les nouveaux outils, internet, YouTube ?
Gaëlle Romieu : C’est plus au niveau du catéchuménat, la difficulté c’est que certains pré-catéchumènes arrivent en ayant déjà un réseau de Youtubeurs ou sur Instagram, enfin d’influenceurs par des réseaux variés et sur lesquels on n’a pas la main et qu’on ne connait pas toujours. S’ils nous en parlent, on peut se renseigner et leur en parler. Après il y a des rencontres tous les 2 mois en visio par le biais du service national de la catéchèse et du catéchuménat de tous les responsables de France qui permet le cas échéant de parler des nouveautés, des réseaux. Des formations et des réflexions sur l’IA permettent aussi d’avoir un regard plus ajusté.
EeP : Le cheminement après les sacrements reste un défi. Comment aider les nouveaux baptisés et confirmés à s’insérer durablement dans la vie de la paroisse ?
Gaëlle Romieu : C’est d’abord une question paroissiale. Il existe de beaux exemples de nouveaux baptisés qui s’engagent ensuite comme catéchistes, parfois en binôme.
L’enjeu est de trouver une porte d’entrée qui corresponde à chacun : un service, une activité, une équipe… Mais cela fonctionne dans les deux sens. La communauté doit aussi être prête à accueillir ces nouveaux membres.
EeP : La catéchèse repose beaucoup sur les parents. Comment les rejoindre ?
Gaëlle Romieu : Les parcours proposent souvent des temps avec les parents, même s’ils sont encore peu mis en œuvre. Mais localement, de belles initiatives existent.
Certaines équipes proposent par exemple une messe mensuelle avec les familles. Des parents qui ne viennent pas habituellement à la messe y participent parce que leurs enfants sont engagés. Et parfois, cette présence fait naître une demande personnelle : « Je souhaiterais être confirmée en même temps que mes enfants. » Cela montre que les chemins sont multiples. Tout est possible à tout âge.
EeP : Pourquoi inscrire son enfant au catéchisme ? Quels arguments peuvent résonner auprès des parents ?
Gaëlle Romieu : Parfois, ce sont les enfants eux-mêmes qui posent des questions. Les parents disent alors : « Nous n’avons pas les réponses. »
La catéchèse peut justement être un lieu où l’enfant cherche, découvre, échange avec d’autres enfants et ouvre son cœur. Les enfants sont souvent beaucoup plus profonds spirituellement que nous ne l’imaginons.
Inscrire un enfant au caté, c’est lui permettre de grandir aussi dans sa dimension spirituelle, qui fait pleinement partie de lui.
EeP : Les agendas des familles sont de plus en plus chargés. De nouveaux formats sont-ils imaginés ?
Gaëlle Romieu : Oui, les paroisses expérimentent différentes solutions. Dans certains endroits, le caté a lieu avant la messe, tous les quinze jours. À Bergerac, par exemple, la catéchèse est proposée pendant le temps du patronage le mercredi matin. Cela facilite l’organisation des familles.
Mais il n’existe pas de formule unique. Les réalités sont très différentes selon les lieux, les distances, les horaires et les disponibilités des bénévoles. Il faut donc rester souple.
EeP : Les questions qui traversent la vie des enfants sont-elles abordées au caté ?
Gaëlle Romieu : En général, oui. On part de leur vie : l’amitié, les difficultés, ce qu’ils vivent à l’école… puis on cherche comment la Parole de Dieu résonne dans cette réalité.
On peut simplement demander : « Je me demande si cela t’est déjà arrivé ? » ou « Je me demande si à ce moment-là, Jésus était près de toi ? »
Les enfants témoignent alors de leur expérience, de leur prière, de ce qu’ils vivent avec Dieu. Et le témoignage de l’un fait réfléchir les autres.
EeP : Concrètement, quel est le rôle du service diocésain de la catéchèse et du catéchuménat auprès des paroisses ?
Gaëlle Romieu : Notre rôle est d’impulser les orientations pastorales de notre évêque et d’accompagner les paroisses: former les catéchistes et les accompagnateurs, proposer des outils, aider les équipes et créer des passerelles.
EeP : Le nombre d’enfants diminue tandis que le nombre de catéchumènes augmente. Comment ces deux réalités peuvent-elles s’enrichir ?
Gaëlle Romieu : Le Directoire pour la catéchèse insiste fortement sur l’importance du parcours catéchuménal comme modèle de référence pour la catéchèse.
Cela nous invite à regarder la catéchèse comme un chemin, et non comme une succession d’étapes à valider : « J’ai fait ma communion, j’ai terminé le catéchisme. » Il s’agit plutôt d’un chemin d’ouverture spirituelle.
Le catéchuménat et la catéchèse peuvent donc réellement s’enrichir mutuellement. Dans les deux cas, il s’agit de permettre de découvrir que le Seigneur est déjà à l’œuvre dans la vie de chacun et d’aider à mettre cette présence en lumière.
EeP : Dans un diocèse où existent différentes sensibilités ecclésiales, comment favoriser l’unité ?
Gaëlle Romieu : L’unité ne se décrète pas seulement avec des mots : elle se vit.
Lors de la démarche diocésaine de Pentecôte, différentes sensibilités spirituelles ont été associées à l’animation des trois routes. C’était une belle expérience, parce que rencontrer concrètement l’autre permet de mieux comprendre ce qui peut parfois nous dérouter chez lui.
Partager, marcher ensemble, prier ensemble : c’est aussi ainsi que l’unité se construit.
EeP : Finalement, quelle place pour le service diocésain dans cette dynamique ?
Gaëlle Romieu : Nous sommes là pour accompagner, soutenir, former …. Le service travaille en lien étroit avec l’évêque et avec les équipes locales. Nous pouvons également aider lorsqu’une situation pastorale est complexe et contribuer au discernement.
Le fait d’être une équipe diocésaine, avec des référents par ensemble pastoral pour le catéchuménat , et des catéchistes relais par paroisse pour la catéchèse permet de croiser les regards et de ne pas rester seul face aux difficultés.
Merci Gaëlle !
Propos recueillis par Jean-François Durand