thierry_niquot-2“L’Eglise ne s’écroule pas. Jamais l’Eglise ne s’est portée aussi bien qu’aujourd’hui[…] “ Ces propos rapportés par la presse sont ceux du pape François à l’adresse du clergé de Rome qu’il a rencontré en la basilique St Jean du Latran, le 16 septembre dernier. Ils peuvent légitimement nous surprendre : d’aucuns diront même que le pape n’a pas les pieds sur terre !
Avec la rentrée scolaire et la reprise des activités pastorales, le constat d’une Eglise en
perte de vitesse semble s’imposer à tous, ne serait-ce qu’à la vue du nombre des
enfants catéchisés qui a diminué par rapport à l’année dernière, tout au moins pour
un certain nombre de paroisses de notre diocèse. Certes, avec la mise en place des
nouveaux rythmes scolaires, le service de l’évangélisation auprès des enfants et des
jeunes a été rendu un peu plus difficile, malgré les trésors d’ingéniosité déployés
par les catéchistes et les prêtres. Dans tous les cas, cet élément ajouté à beaucoup
d’autres tend à renforcer l’idée que l’Eglise s’estompe peu à peu du paysage dans lequel
elle occupait une place prépondérante jusqu’à une période récente. Les évêques
de France le soulignaient déjà dans la lettre adressée aux catholiques, en 1996 : “[…]
Nous ne pouvons pas nous masquer les indices préoccupants qui concernent la
baisse de la pratique religieuse, la perte d’une certaine mémoire chrétienne, et les
difficultés de la relève. C’est la place et l’avenir même de la foi qui sont en question
dans notre société.“

De là vient que les propos du pape François pourraient être interprétés comme un
déni de la réalité à laquelle nous sommes confrontés dans la société française… A
moins qu’ils ne soient portés par l’Espérance qui trouve sa source dans la foi en
cet Amour victorieux du mal et de la mort, un Amour que le Père nous a manifesté en
Jésus, Christ et Seigneur, et qu’il a répandu en nos cœurs par l’Esprit.

C’est bien à la lumière de la foi en Jésus-Christ qu’il nous faut chercher la clef d’interprétation
des propos tenus par le pape François… Une lumière qui éclaire l’histoire de l’Eglise jusqu’à ce jour et qui nous permet de reconnaître qu’aux pires moments de cette histoire, la barque de l’Eglise n’a pas été submergée par les flots déchaînés parce que Jésus se tenait là comme il l’avait promis à ses apôtres…

Aujourd’hui comme hier, nous sommes appelés à placer notre confiance en Jésus,
Christ et Seigneur, à ne pas oublier qu’il est ce bon pasteur qui mène son Eglise vers
les eaux tranquilles et que si les aléas de l’histoire la contraignent à traverser le ravin
de la mort, elle ne craint aucun mal puisqu’il est avec elle comme il est avec nous jusqu’à
la fin des temps. Là est la source de notre espérance…

Si nous reconnaissons en nous et avec nous la Présence du Seigneur, si nous
l’écoutons nous dire et nous redire que nous avons du prix à ses yeux, que nous
sommes aimés de Lui dans ce que nous avons d’unique, avec nos grandeurs et nos
misères, comment ne pas naître et renaître à l’espérance ?

Et, dans l’Espérance, comment ne pas accueillir l’appel du Seigneur à la sainteté,
plus grande que tous les scandales, l’appel à être et à devenir pour tous les hommes
comme autant de buissons ardents de sa Présence, par notre qualité de présence
et d’attention aux autres, par notre sens du service et par notre désir de témoigner
d’une fraternité sans frontières, en particulier auprès de tous ceux qui sont blessés,
éprouvés, laissés pour compte ?

Alors, en ce début d’année nouvelle, demandons à l’Esprit Saint la grâce de tenir
le cap sur l’Espérance pour en être les témoins et les serviteurs auprès de tous
ceux que nous rencontrons et pour que toutes nos communautés deviennent des
perles d’Espérance dans la lumière de la foi en Jésus-Christ, “premier-né d’entre
les morts“ et “premier-né d’une multitude de frères“…

Thierry Niquot
Vicaire épiscopal pour l’ensemble pastoral du Périgord Centre

Editorial publié dans le Eglise en Périgord N°18