QUELLES SONT LES RESSOURCES DE L’ÉGLISE ?

On attribue traditionnellement à l’Église cinq grandes ressources, toutes fruit de la générosité des chrétiens et parfois au-delà :

  • le denier, qui sert à la rétribution des prêtres diocésains et des salariés rattachés à l’évêché,
  • les quêtes, qui contribuent à la vie matérielle des paroisses,
  • les offrandes de messes, qui aident à la vie matérielle des prêtres,
  • les legs et les dons qui, ajoutés aux assurances-vie, permettent les investissements diocésains,
  • le casuel (mariages et obsèques), qui complètent le revenu des prêtres et apportent une contribution supplémentaire à la vie matérielle des paroisses.

On pourrait rajouter de nos jours les revenus locatifs et financiers même s’ils restent encore largement marginaux chez nous.

QUELLE EST L’ORIGINE DE CE PARTAGE ?

Au début du christianisme, ceux qui participaient à l’Eucharistie apportaient, chacun selon ses possibilités, des biens divers susceptibles d’être, après la célébration, partagés entre tous.

De nos jours, au moment où le prêtre offre à Dieu le pain et le vin pour qu’ils deviennent le Corps et le Sang du Christ, nous sommes invités nous-mêmes à faire un don « pour la Gloire de Dieu et le Salut du monde ». Ainsi, l’argent que nous donnons représente notre offrande spirituelle. C’est un signe de notre participation au Sacrifice du Christ.

Ce que nous donnons à la quête permet principalement à la paroisse de mener sa mission tout au long de l’année – célébrations, catéchisme, etc., et de payer ses dépenses quotidiennes : électricité, chauffage, fournitures diverses.

Au moment du passage à l’euro (janvier 2002), une communication nationale de l’Église incitait les chrétiens à donner au minimum 2 € lors des quêtes des assemblées dominicales. Mais ce conseil date déjà de plus de treize ans !

Tous, nous devrions avoir conscience que notre baptême nous appelle à participer à la vie de l’Église, y compris du point de vue matériel.

Si vous le pouvez, n’hésitez pas à réactualiser ce montant et peut-être à donner plus pour ceux qui ne peuvent pas donner beaucoup. Comme le disait si bien un des curés de mon enfance, « Privilégiez les quêtes silencieuses » !

À QUOI CORRESPONDENT LES QUÊTES ENVOYÉES À L’ÉVÊCHÉ ?

Contrairement aux quêtes dites ordinaires, les quêtes « envoyées à l’évêché », dites « impérées » ne sont pas affectées aux ressources de la paroisse. Ces collectes ont une destination prédéterminée : affectées à des causes spécifiques (missions, vocations, Terre Sainte, Denier de St-Pierre, Mission d’Afrique, Chantiers diocésains, Pastorale des Jeunes…).

Encore plus que les quêtes ordinaires, les quêtes impérées, par leur dimension de solidarité dans l’Église diocésaine, nationale ou universelle, sont le double signe du partage réel des biens et de l’entraide, auquel engage celui de la Parole, du pain eucharistique et de la dimension universelle de l’Église, qui fait que « chacune des parties apporte aux autres et à l’Église toute entière, le bénéfice de ses propres dons, en sorte que le tout et chacune des parties s’accroissent par un échange mutuel universel […] [par] des liens de communion intime quant aux richesses spirituelles, aux ouvriers apostoliques et aux ressources matérielles » (texte de la CEF 2011).

En l’occurrence, l’évêché sert de réceptacle commun à l’ensemble de ces quêtes collectées pour autrui et se charge ensuite de les répartir entre les bénéficiaires pour lesquels elles sont appelées.

L’ÉGLISE A BESOIN D’ARGENT ?

L’Église a toujours bénéficié de la générosité des chrétiens ce n’est pas une nouveauté.

Ce n’est pas non plus une pure création de l’esprit vivant d’amour et d’eau fraîche. L’Église est ancrée dans ce monde et déjà à ce titre a besoin de moyens pour vivre, prospérer et être visible.

Les lois de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État ont, un temps, brouillé les cartes, et l’impression d’un manque de clarté en a sans doute découlé. Par contre ce qui a été certain depuis 1905, c’est bien que les prêtres catholiques en France ne sont plus appointés par l’Etat (sauf en Alsace-Moselle, annexées à l’empire d’Allemagne à l’époque, et encore de nos jours sous le Concordat napoléonien de 1801), comme ils ne bénéficient pas plus d’une subvention du Vatican ou de je ne sais où… C’est grâce en grande partie au Denier de l’Église qu’un traitement mensuel (l’équivalent du salaire pour un laïc) peut être versé aux membres de notre clergé diocésain (800,00 € net par mois en Dordogne auxquels il faut rajouter 340 € d’offrandes de messes).

Cent ans plus tard, en 2005, une loi oblige les associations recevant plus de 150.000 € de dons justifiant la délivrance de reçus fiscaux à soumettre leurs comptes au contrôle d’un commissaire aux comptes avec effet au 1er janvier 2006.

Depuis cette date, nos comptes – consolidés (c’est-à-dire qui regroupent non seulement les comptes de l’évêché mais aussi ceux de toutes nos paroisses, de nos relais, de nos services diocésains et de nos mouvements) répondent à cette exigence légale. Mieux, ils sont certifiés « conformes et sans réserves » chaque année depuis et cela fait maintenant 8 ans ! On ne peut pas être plus clair.

Et pour parfaire ce désir de clarté, les comptes du diocèse, avec explications de textes, sans tabous, sans langue de bois et sans réserves, sont publiés chaque année avec le dernier numéro de l’année pastorale du journal diocésain « Église en Périgord » auquel tout diocésain devrait être abonné… 

POURQUOI FAUT-IL PAYER LES SACREMENTS ? 

Pour mémoire, l’Église a institué et reconnaît 7 sacrements : le baptême, la confirmation, l’eucharistie, la réconciliation, le mariage, l’ordination et le sacrement des malades.

Il n’y a finalement dans les sacrements que pour celui du mariage qu’il est demandé, à ceux qui le peuvent, de participer par un don aux frais que la paroisse va engager pour répondre à cette demande. Il en est de même pour les obsèques.

En Dordogne comme dans toute la Province Ecclésiastique de Bordeaux, cette contribution est estimée à 150 €. Elle se décompose en 94 € qui sont versés à une caisse diocésaine commune qui permet de compléter le traitement mensuel de nos prêtres quand le denier de l’Église est insuffisant (ce qui est systématique depuis des années…). 20 € reviennent à la paroisse pour son fonctionnement, 19 € à l’évêché pour alimenter la caisse diocésaine des messes à célébrer et enfin 17 € correspondent à l’offrande de messe qui sera donnée au prêtre.

Je redis toutefois que ce montant de 150 € est indicatif. Il est loin en effet de couvrir tous les frais réellement engagés par la paroisse (disponibilité du prêtre, préparation de l’église, éclairage, chauffage éventuel, etc., etc. …). Ceux qui le peuvent seront toujours invités à donner ce qu’ils estimeront juste.

Par contre l’obligation n’existe pas… ce qui n’est pas le cas, dans le cadre d’un mariage, du traiteur, de la sono, de la robe, des cadeaux…

EST-CE QU’ON NE POURRAIT PAS IMAGINER QUE L’ÉGLISE OPTE POUR LA GRATUITE ?

Qu’est-ce que cela veut dire au XXIe siècle, en France et dans une économie de marché ?

Le message du Christ, qui nous rassemble, est gratuit ! Son enseignement est gratuit ! Le chemin de vie qu’Il nous propose est gratuit !

Mais au-delà, connaissez-vous une seule institution humaine, car l’Église c’est aussi une organisation humaine, qui n’ait pas besoin de l’argent comme moyen ? Moyens de subsistance pour ses ministres, moyens pour l’accueil (presbytères, salles de catéchisme, salles paroissiales, chauffage des églises, transports et déplacements de nos prêtres, animateurs, suivis administratifs des exigences légales, etc., etc. ).

Dès les premiers chrétiens la notion du partage s’est posée avec les moyens de l’époque. Nous vivons aujourd’hui – notre Église vit aujourd’hui – avec les moyens d’aujourd’hui.

La gratuité n’existe pas. Même le don de soi est toujours payant !    

EST-CE QUE L’ÉGLISE QUI PRÊCHE LA CHARITÉ SE SERT DE L’ARGENT POUR AIDER CEUX QUI SONT DANS LE BESOIN ?

Pour répondre à cette question de l’attention aux plus petits, de l’aide aux plus démunis, du service dû à son prochain, à ceux qui sont dans le besoin… l’Église universelle a trouvé une réponse. Notre Église diocésaine en a trouvé une seconde !

La charité de l’Église s’est de tout temps exprimée et de diverses façons à travers la création des premiers hôpitaux (les hôtels-Dieu), des premiers orphelinats (souvent des communautés religieuses), des premières écoles et universités pour la dispensation du savoir, etc., etc. … 

Tous modèles repris à travers l’Histoire par l’Etat.

Mais l’État n’a pas pu combler tous les espaces de la charité et, en 1946, l’Église a été à l’origine du Secours Catholique confiant à ce dernier une part de sa mission caritative afin que se poursuive sa mission de lutte contre toutes les formes de pauvreté et d’exclusion.

C’est la réponse de l’Église universelle.

Dans notre diocèse, nous avons apporté une seconde réponse à la mission de charité de notre Église qui est en Périgord : cette réponse vous la connaissez sans doute tous…

Elle est clairement décrite dans le livret Cap-Espérance (rassemblement diocésain de 2009) au point 16 des décisions concrètes.

Je vous en redonne le texte :

« La solidarité est déjà concrètement vécue dans nos paroisses. Les communautés chrétiennes soutiennent le Secours Catholique, les Conférences St-Vincent-de-Paul, le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement, et les différents groupes qui œuvrent dans le champ du partage. Aussi est-il important que la mise en œuvre concrète de cette solidarité fasse l’objet d’une vraie concertation au sein de nos paroisses.

Dans cet esprit, le Conseil diocésain de la solidarité sera chargé, en lien avec le Conseil économique diocésain, de faire des propositions pour :

  • que cette concertation puisse être réalisée et vécue au sein des paroisses, en vue d’éviter les chevauchements dans les appels aux dons des fidèles
  • que 1% des ressources de notre diocèse (à compter de 2010) soit versé chaque année à des organisations caritatives. »

À ce titre ont été prélevés sur les ressources du diocèse (trésorerie de l’évêché), en 2010 : 44.505 €, en 2011 : 44.545 €, en 2012 : 47.604 €, en 2013 : 53.682 € et en 2014 : 50.972 €… soit pour le moment un total de 241.308 € et ceci, que le résultat annuel soit excédentaire ou déficitaire.

Grâce à ces fonds, jusqu’à ce jour ont été financés directement par le diocèse :

  • deux chalets avec l’association « Sans Toit  avec Toi » pour 14.800 €
  • l’envoi de jeunes du diocèse de Garoua au JMJ de Rio pour 7.000 €
  • un soutien pour les sanctuaires de Lourdes après les inondations pour 5.000 €
  • une aide pour le diocèse de Guajarà Mirim, en Amazonie, après des inondations pour 30.000 €
  • une aide pour la construction de la cathédrale de Garoua et le soutien de son clergé pour 30.000 €

Notre Église diocésaine répond ainsi pleinement à sa mission caritative !

Yves Marie DELPIT, Économe diocésain
Publié dans Eglise en Périgord N°15 – 2015