“Quand il eut fini de parler, Jésus dit à Simon : ‘Avance en eau profonde et jetez vos filets pour attraper du poisson’. Simon répondit : ‘Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre, mais, sur ta parole, je vais jeter les filets.’” (Luc 5, 4-5)

Chers amis,

Ce dialogue entre Jésus et Simon-Pierre, rapporté par l’évangéliste St Luc, résonne fortement en moi, à l’heure où notre Eglise s’interroge sur les conditions de la mission en vue de l’annonce de l’Evangile, dans un contexte marqué notamment par la pauvreté de nos moyens.

Avance en eau profonde.” L’appel de Jésus souligne deux dimensions qui me semblent fondamentales et indissociables : le “grand large” et la profondeur. Elles nous sont proposées comme des points de repère pour notre mission de baptisés et pour toutes nos activités pastorales. Car, aujourd’hui comme hier, le Seigneur Jésus nous appelle à prendre des risques en surmontant nos peurs et en dépassant nos premières impressions.

Dans notre Eglise diocésaine, vous êtes nombreux à être diversement engagés au service de l’annonce de l’Evangile, avec beaucoup de générosité et de multiples talents. Et j’en rends grâce à Dieu chaque jour. Mais, comme les pécheurs du lac après une nuit infructueuse, vous vous interrogez parfois, avec inquiétude, sur l’avenir, parce que vous avez peiné sans rien prendre et que les ouvriers sont peu nombreux. L’épisode de la pêche miraculeuse met en lumière la présence de Jésus au cœur de tous nos découragements : il est avec nous, non pas seulement pour nous réconforter, mais aussi pour oser nous demander l’impossible… Ce qui peut nous surprendre !

Pourtant, Jésus n’ignore rien de la peine et de la déception de Simon-Pierre et de ses compagnons. Mais, il les invite à dépasser leur échec apparent. Il les en croit capables pour peu qu’ils lui fassent vraiment confiance. Avance en eau profonde et jetez vos filets.” De fait, la réponse de Simon-Pierre souligne cette attitude confiante : “Maître nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre, mais sur ta parole, je vais jeter les filets”.

Ainsi, à la suite de Simon-Pierre, nous sommes, nous aussi, appelés à avancer vers le grand large. Comment ? En nous fondant sur la Parole du Seigneur Jésus, sur sa Présence et, au fur et à mesure de notre avancée, en cherchant, dans l’Esprit Saint, à approfondir notre foi, notre confiance en Dieu. Il s’agit, dans un même mouvement, d’apprendre à reconnaître Celui sur qui se fonde notre mission, pour grandir dans la confiance et oser regarder, avec un cœur largement ouvert, notre humanité qui semble si souvent à la peine et qui, pourtant, attend toujours de pouvoir naître à l’espérance. C’est bien là que nous sommes engagés et que le Christ nous envoie et nous précède. Sur la parole du Seigneur Jésus, ce dialogue entre l’Eglise et l’humanité est porteur d’une étonnante surabondance de Vie dont nous avons à être les serviteurs et les témoins, et cela même si nous peinons parfois sans rien prendre !

“Me voici envoie-moi !”

 Le message pastoral que je vous ai adressé en septembre 2015 ne dit pas autre chose que l’actualité brûlante de l’Evangile pour le monde. Cet Evangile est, aujourd’hui comme hier, une force de renouvellement de l’humanité dans l’ouverture intérieure au don de l’amour qu’est Dieu. Là se trouve l’axe majeur de notre mission !

Je tiens à vous exprimer ma profonde reconnaissance pour avoir répondu, personnellement ou en groupes, aux questions posées dans le message pastoral. J’ai pris le temps de vous lire. Vos réponses ont éclairé mon discernement pastoral et ont confirmé que la priorité de la mission pour notre Eglise diocésaine reste bien l’annonce de l’évangile.

Sans chercher à faire une synthèse des réponses reçues, je voudrais dégager les grandes lignes de ce que vous m’avez partagé et confié.

  • Il y a d’abord un désir missionnaire qui est largement et diversement exprimé, avec la conviction que nous ne pouvons plus nous résigner à faire comme avant.
  • .Il y a aussi des questions de fond relatives au fonctionnement et aux aspects matériels de la mission. J’ai notamment été marqué par deux lettres sur la nécessaire pauvreté de l’Eglise et sur l’analyse des conséquences de cette pauvreté.
  • Enfin, avec le désir missionnaire, il y a la question cruciale du “comment faire ?” Oui, dans un contexte de pauvreté, comment devenir des disciples-missionnaires? Cette question est légitime et même fondamentale. Nous avons à l’entendre parce qu’elle nous invite à nous recentrer sur le Christ comme fondement de notre mission de baptisés.

Il me semble que la question du “comment” peut être d’une grande fécondité pédagogique. Elle nous renvoie au “comment” de Marie, qui précède son consentement libre et joyeux à l’œuvre de l’Esprit. Si la mission nous conduit à nous interroger sur le “comment”, elle doit aussi nous ouvrir à ce consentement libre et joyeux à l’œuvre de l’Esprit pour que la pauvreté de nos moyens nous permette de faire l’expérience d’une véritable fécondité. Nous sommes établis et envoyés pour porter du fruit ! (Cf. Jean 15)

Dans tous les cas, la réflexion engagée avec le message pastoral nous invite à trouver les moyens d’actualiser Cap Espérance, pour donner un élan nouveau à la vie et à la mission de notre Eglise diocésaine.

Pâques, Bonne Nouvelle et source de notre mission !

 Nous voici donc rendus à Pâques, chers amis ! Faire mémoire de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ, c’est célébrer la puissance de l’Amour qu’est Dieu, de cet Amour qui nous fait passer des ténèbres à la lumière, de la mort à la vie, de cet Amour qui est, aujourd’hui comme hier, source jaillissante de vie et d’espérance. Là est le fondement de la vie chrétienne.

Oui, Jésus ressuscité est notre roc, notre appui, le phare dans la tourmente qui empêche notre existence d’échouer sur les récifs du néant et qui, dans le vent de Pentecôte, nous désigne le grand large comme l’horizon de ce que nous avons à vivre et du témoignage que nous avons à rendre. C’est bien la foi en la résurrection de Jésus le Christ qui a irrigué la vie de l’Eglise dans sa mission tout au long de l’histoire.

Le fondement de notre mission de baptisés et la Bonne Nouvelle dont nous sommes porteurs, c’est lui, Jésus ressuscité, Christ et Seigneur. N’est-ce pas ce que nous rappellent les saints et les saintes, et plus particulièrement ceux et celles qui ont marqué l’histoire du Périgord ? Tous, dans la diversité de leurs charismes, ils ont puisé à cette source de Vie qu’est le mystère de la mort et de la résurrection du Christ. Pour cette raison, ils sont, aujourd’hui encore, auprès de nous, les témoins que “la foi au Christ façonne et transforme l’existence, qu’elle inspire un art de vivre et que cela peut se voir, dans la mesure où ceux qui professent la foi au Christ deviennent eux-mêmes comme des signes du Christ dans le monde.”[1]

C’est dans l’Evangile que les saints et les saintes de tous les temps ont trouvé la lumière pour éclairer le sens profond et ultime de l’existence humaine, pour contribuer aussi à refonder la culture dans des périodes particulièrement troublées, pour être et devenir des témoins de la Charité du Christ serviteur auprès de tous ceux qui étaient éprouvés, blessés, exilés… Ils ont ainsi rendu visible la raison d’être de la mission de l’Eglise : donner au monde le Christ pour que tout homme trouve en lui une source de renouvellement et de salut à la lumière de l’Amour dont le Père nous a comblés par le don de l’Esprit Saint.

Oui, chers amis, c’est bien le mystère de Pâques qui nous rend capables d’avancer en eau profonde et, sur la parole de Jésus, Christ et Seigneur, de jeter les filets, sans jamais désespérer de l’œuvre de l’Esprit dans les cœurs et au cœur de notre monde. A l’inverse, lorsque le pessimisme, le fatalisme, la méfiance envahissent peu à peu l’espace de notre engagement et de notre ferveur, c’est le signe que nous avons pris de la distance avec la source qui nous fait vivre, ou que nous ne l’avons pas encore vraiment découverte.

C’est lui, Jésus, le Ressuscité, qui nous envoie vers ce monde inquiet et porteur de bien des attentes, pour que nous puissions l’éveiller à l’espérance que donne la foi en sa présence lumineuse et en son amour sauveur ! N’est-ce pas ce que le pape François nous rappelle quand il écrit : “Là où tout semble être mort, de partout, les germes de la résurrection réapparaissent. C’est une force sans égale. Il est vrai que souvent Dieu semble ne pas exister : nous constatons que l’injustice, la méchanceté, l’indifférence et la cruauté ne diminuent pas. Pourtant, il est aussi certain que dans l’obscurité commence toujours à germer quelque chose de nouveau, qui tôt ou tard produira du fruit.”[2]

Il n’y pas de nuit dans cette terre qui n’abrite une certaine lumière, aussi petite soit-elle. Dans la lumière de Pâques, nous croyons qu’aucune porte ne peut être définitivement fermée et scellée.

Et, même si nous nous éprouvons comme des vases d’argile, fragiles et parfois démunis, nous sommes porteurs d’un message d’amour, de vérité, de justice et d’une espérance unique, vitale et salutaire pour notre monde. Ainsi, chaque fois que nous accueillons l’Evangile du Christ au plus profond de notre être, nous trouvons la force, dans l’Esprit Saint, de nous décentrer de nos préoccupations pour avancer au large et nous tourner vers les autres et devenir auprès d’eux les signes visibles de Celui qui est, aujourd’hui comme hier, la lumière du monde, le Chemin, la Vérité et la Vie (Cf. St Jean 8 et 14).

Madeleine Delbrêl nous rappelle cette conviction de foi quand elle écrit : “Le Christ est passé en faisant le bien dans le monde qui était le sien. En nous, il doit continuer à passer, dans ce monde que nous voulons à lui. A travers les siècles, la miséricorde fut souvent le signe auquel les gens l’ont reconnu : montrons-le sans retouche : notre temps le reconnaîtra.[3]

Vivre et annoncer l’Evangile 

Ainsi, l’annonce de l’Evangile est au cœur de notre vie de disciples de Jésus-Christ, de baptisés. Et, vous n’en serez pas étonnés, vivre et annoncer l’Evangile est le fil rouge que je propose à notre Eglise diocésaine pour l’année 2016-2017. D’aucuns diront que ce n’est pas une nouveauté et ils auront raison. En revanche, c’est dans un contexte nouveau, dans une situation de plus grande pauvreté, que nous sommes appelés à vivre et à annoncer l’Evangile, et donc à trouver les moyens d’être fidèles, aujourd’hui, à la mission que le Seigneur a confiée à son Eglise.

Notre démarche diocésaine sera donc portée par un double mouvement :

  • Annoncer l’Evangile : A la suite de Simon-Pierre, nous sommes appelés à “avancer en eau profonde”, “sur la parole de Jésus”. Car, même si nous peinons parfois sans rien prendre, n’est-ce pas cette confiance donnée à Jésus qui est au fondement, au cœur de l’Eglise en sortie, que le pape François nous présente dans son exhortation “La Joie de l’Evangile” ?
  • Approfondir et accompagner : Les eaux profondes de l’évangile, c’est le lieu de la fécondité qui peut souvent faire défaut à une démarche pastorale. D’où l’importance d’un accompagnement qui favorise notamment une relecture de la mission et, par ailleurs, d’un approfondissement de la foi.

Quand Jésus envoie ses disciples en mission, il leur recommande de n’emporter ni bourse, ni sac, ni sandale… Comme si la pauvreté des moyens était un appel à ne compter que sur Lui ! Mais, au retour de la mission, Jésus prend le temps de les écouter et les invite à reconnaître l’œuvre de l’Esprit qui s’est accompli à travers eux… Comme si la relecture de la mission était le moment favorable pour grandir dans la foi (Cf. St Luc 10). C’est ce dont nous aurons à faire l’expérience en revenant aux fondamentaux de la foi, à la lumière de la mission vécue. Des instruments nous seront proposés, pour nous y aider : le Catéchisme de l’Eglise catholique, les fiches “Au fil de l’eau” (1ère et 2ème série), et probablement d’autres moyens à découvrir et à faire connaître…

Notre démarche diocésaine sera lancée le samedi 1er Octobre 2016, à St Joseph de Périgueux. Je vous invite, dès à présent, à retenir cette date et à venir nombreux. Signe de la Providence : ce jour-là, nous ferons mémoire de Ste Thérèse de l’Enfant Jésus, patronne des missions !

Chers amis, au terme de ce message, je vous propose d’invoquer l’Esprit Saint au long des semaines à venir. Oui, prions l’Esprit Saint pour que, dans la diversité de nos engagements, Il nous montre comment discerner l’appel du Seigneur à annoncer son Evangile. Prions-le pour qu’Il nous aide à sortir de nos cercles habituels, afin de rejoindre celles et ceux qui ne connaissent pas Jésus-Christ, mais aussi toutes ces personnes qui sont souvent oubliées, isolées, exclues, en situation de souffrance et de précarité.

Par l’intercession de Notre Dame de Capelou, des saints et des saintes du Périgord, que l’Esprit Saint nous éclaire pour mieux préciser nos priorités pastorales afin que l’annonce de l’Evangile reste la priorité de toutes nos actions pastorales, en fidélité à l’appel du Seigneur :   “Avance en eau profonde et jetez les filets”. Et que, dans la lumière de Pâques, nous puissions redire, à la suite de Simon-Pierre : “Sur ta parole, je vais jeter les filets”.

Bonne fête de Pâques à vous, à vos familles, à vos communautés…

+ Philippe Mousset, évêque de Périgueux et Sarlat.

[1] Mgr Dagens, Entre épreuves et renouveaux, la passion de l’Evangile, p.102.

[2] Pape François, La joie de l’Evangile, novembre 2013, n°276.

[3] Madeleine Delbrêl, La sainteté des gens ordinaires, Nouvelle Cité, 2009, p.70.