Tout le monde nous annonce une année difficile, et c’est sûrement vrai, car au delà de ce que nous appelons la crise, c’est un changement de monde auquel nous assistons, comme l’écrivait le philosophe Michel Serres dans « Le journal du Dimanche » du 30 décembre dernier. Il nous rappelait qu’obnubilés par l’économie, nous ne pensions la crise qu’en termes économiques, ajoutant qu’il y a des choses plus importantes qui nous mettent en crise : « C’est principalement le malaise dans nos têtes devant les immenses changements qui sont à l’oeuvre. »

Dans cette époque dure et frileuse qui pourrait pousser notre Eglise à se replier sur elle-même, il est bon qu’elle prenne la parole avec respect, en proposant sans
vouloir imposer. « L’homme est la première route de l’Eglise » déclarait le Pape Jean Paul II  en 1979. Et c’est toujours vrai !

L’Eglise « ne peut demeurer insensible à tout ce qui sert au vrai bien de l’homme, comme elle ne peut demeurer indifférente à ce qui le menace. » Depuis toujours, elle s’est positionnée sur les questions importantes de la société qui concernent les rapports de l’homme avec ses semblables dans la vie économique, la vie familiale, la vie sociale et politique.

Ainsi s’est édifiée au cours des années la pensée sociale de l’Eglise : porter sur
notre monde, particulièrement sur les situations d’exclusion, de pauvreté, d’injustice,
un regard inspiré par l’Évangile.

Avec le souci, comme le rappelait il y a quelques jours le Pape Benoît XVI devant les ambassadeurs du monde entier, d’être attentif aux situations internationales de conflit ou de violence qui, aujourd’hui, de la Syrie à la Centrafrique, en passant par le Nigeria ou le Mali et la persécution des chrétiens d’Orient, gangrènent le monde.

Mais la pensée de l’Eglise n’est pas tombée du ciel. Elle s’est construite au fil de l’histoire par les engagements multiples de nombreux chrétiens travaillant pour la paix et la  réconciliation entre les hommes.

A chaque génération de chrétiens, à la nôtre aujourd’hui, revient la responsabilité d’incarner le message du Christ non seulement dans le coeur des hommes,
mais aussi dans les réalités collectives où se jouent l’existence concrète et le vivre
ensemble des êtres humains.

Dans le respect d’une laïcité qui « n’est pas la négation du fait religieux », la parole de l’Eglise ne sera jamais dépassée ou conservatrice tant que les croyants lui donneront corps et sauront proposer d’autres rapports sociaux fondés sur le respect des personnes et la dignité humaine.

C’est ce que nous essayons de faire humblement dans notre département.
C’est ce que nous avons fait en célébrant le 50ème anniversaire du Concile Vatican
II, avec près de 700 personnes, le 6 octobre dernier à la Salle de la Filature, et
le lendemain dans toutes les paroisses du département ; nous engageant dans
l’Année de la foi voulue par le Pape Benoît XVI par la création d’une « Ecole de la
foi » dans notre diocèse dont les débuts sont prometteurs, et en participant sérieusement
à la démarche « Diaconia 2013, servir la fraternité » voulue par tous les évêques de France.

Qu’au cours de l’année nouvelle, notre Église en Périgord poursuive sa route, humblement mais fermement, avec ce désir de favoriser le vivre ensemble dans notre département dans le respect des convictions de chacun, en osant la fraternité, comme je l’ai écrit dans ma dernière lettre pastorale.

+ Michel Mouïsse
Evêque de Périgueux et Sarlat