Les voies d’une communion qui tend à l’universel
… dont le baromètre est la joie

Frères et sœurs, chers amis,

Nous célébrons la fête de tous les saints dans ce contexte si particulier lié aux attentats récents à Conflans-Sainte-Honorine et à Nice jeudi dernier, et cet acte de violence à l’égard du prêtre orthodoxe. A cela s’ajoute le confinement qui ne nous permettra plus de nous retrouver à nouveau en assemblée pour l’Eucharistie dominicale pendant un certain temps… C’est dans ce contexte si particulier que je m’adresse à vous à travers cette homélie et en cette fête de la Toussaint.

Dans Notre contexte si particulier,  la voie de l’ange du Seigneur dans la 1ère lecture, qui crie à la foule immense peut trouver en nous un écho : « Ne faites pas de mal à la terre, ni à la mer, ni aux arbres, avant que nous ayons marqués du sceau le front des serviteurs de Dieu ». Nous aussi nous sommes marqués par ces épreuves. Qu’est-ce qui peut susciter l’espérance de donner naissance à quelque chose de différent et de meilleur ?

Cette espérance est-elle purement utopique ? Est-elle incarnée quelque part ? Parfois on pourrait en douter. Pourtant, fort heureusement, oui, elle est incarnée et s’exprime en notre monde de différentes manières. Pour nous, chrétiens, elle est inscrite au cœur de la foi et de la vie spirituelle, parce qu’elle est le fruit du travail de l’Esprit en nous. Aimés de Dieu, aimés d’un amour sans limite (la croix) avant toute chose, nous sommes dotés d’une immense capacité à aimer qui peut transformer et renouveler nos vies beaucoup plus que nous le pensons et l’imaginons !

Jésus, inaugurant sa prédication, ne s’adresse pas à nous comme des personnalités célèbres comme Alexandre le Grand ou un Napoléon promettant à leurs capitaines la conquête du monde au nom de l’expansion d’une civilisation supérieure. Il ne parle pas davantage comme un technicien de génie doté d’un sens commercial aigu qui mobiliserait ses équipes pour diffuser dans le monde entier un produit nouveau destiné à transformer la vie quotidienne de tous les êtres humains. Jésus parle de réalités simples, universelles, modestes, de ce qui habite la vie profonde des hommes et des femmes, quel que soit leur niveau de vie, quelle que soit leur culture. Pleurer, être doux, être miséricordieux, être affamé et assoiffé de justice, avoir le cœur pur… Tout cela, frères et sœurs, est le fond de tout cœur humain qui vit vraiment. Jésus n’évoque là rien d’extraordinaire, rien qui soit réservé à une élite, ni culturelle ni spirituelle ; il touche par sa parole les mouvements intérieurs de tous, ceux que parfois les hommes et les femmes cherchent à oublier, à esquiver, en empruntant des voies où ils se mettent en danger, parce qu’ils n’ont pas trouver d’autres voies, d’autres chemins !!!

Par ces quelques phrases que nous appelons les « béatitudes », Jésus évoque huit voies, huit chemins intérieurs que nous avons tous à parcourir, au fil des années et des jours et, en les évoquant, il nous permet de les tracer plus nettement en nous. Nous sentons bien cela : on peut mener sa vie en parcourant intérieurement les chemins de la colère, de la prise de possession, de la recherche de domination, de l’indifférence à l’égard des autres, des douleurs du monde, du jugement sans appel porté sur les autres ou sur tel autre de notre entourage… Jésus, lui, ose mettre le mot « heureux » devant chacune des voies paradoxales qu’il énumère : la capacité de pleurer, la douceur, la faim et la soif de justice, la miséricorde, la pureté de cœur, la construction de la paix, la recherche de la justice au risque de la persécution.

Tout être humain se trouve d’une manière ou d’une autre engagé sur de tels chemins, à l’intérieur de lui-même ou d’elle-même, dans les cheminements complexes des pensées qui débouchent sur des actes ou des paroles, ou alors refuse tel ou tel de ces chemins et s’en va dans la direction opposée.

Jésus fait mieux encore, en réalité, que de décrire des chemins comme il décrirait des concepts, comme s’il faisait un discours. Non ! en vérité il s’adresse à des personnes en chemin, et donc à nous aujourd’hui dans nos situations concrètes : heureux ceux qui pleurent, heureux les doux, heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, heureux les miséricordieux, c’est-à-dire ceux qui font miséricorde, concrètement. Nous traduisons par « heureux » un mot grec « makarios » qui lui-même traduit un mot hébreu qui appelle plutôt à avancer, à marcher, parce que la route en vaut la peine.

Jésus ne promet pas le bonheur au sens des conditions matérielles d’une existence sans souci. Il nous assure que la marche sur ces chemins nous conduit à être des vivants, des porteurs de vie. Nous sommes des vivants non pas seulement parce que nous faisons ceci ou cela mais parce que nous avançons dans la capacité de pleurer, dans la douceur, dans la faim et la soif de justice, dans la miséricorde, dans la pureté du cœur. Tels sont les saints. Ils ont compris comment être des vivants. Ainsi que celles et ceux qui nous sont chers et nous précèdent dans le Royaume de Dieu. Ils intercèdent pour qu’à notre tour nous le croyons et que nous nous mettions en route sur ces chemins, aujourd’hui et maintenant, dans ce temps si particulier… en étant attentifs aux uns et aux autres !

Pour moi, pour nous, je l’espère aussi, l’objectif c’est la sainteté : à comprendre comme la découverte des dons reçus, dons de Dieu, (sens de la confirmation, réalisation de notre baptême) et les mettre au service des autres. Réalisation de soi dans la réalisation des autres. Croissance de notre humanité, dans la croissance des autres, avec une attention aux personnes malades ou en difficulté. Et Jésus nous dit que le baromètre de tout cela, c’est la joie. Fruit de la communion dans le Père des cieux. Ici et avec les saints connus et la multitude inconnus, avec celles et ceux qui nous sont chers, là-haut ! La Toussaint c’est la force et la joie de la communion ! Bonnes fêtes de Toussaint à vous tous !

Philippe MOUSSET
Evêque de Périgueux et Sarlat

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