“LE COMMANDEMENT DE L’AMOUR NOUS PRÉPARE MAGNIFIQUEMENT POUR LA PENTECÔTE” – Homélie

Frères et sœurs, chers amis,

Ce 6ème dimanche de Pâques annonce une nouvelle étape, celle de l’Ascension et de la Pentecôte. Les mots de la prière d’ouverture donnent le ton de cette nouvelle étape : « Que le mystère de Pâques dont nous faisons mémoire reste présent dans notre vie et la transforme ». La prière ne nous dit rien d’autre que le Christ est Ressuscité, Il est vivant et présent en nous. Il est ce chemin de vie intérieure capable de faire tomber les obstacles, les murs, même les plus épais qui se dressent en nos cœurs… Oui, il peut faire tomber ce mur, ces murs de nos cœurs, et tous les murs qui génèrent haine, violence, peur et indifférence, entre les hommes et entre les peuples… et entre nous ! Cette belle prière nous plonge dans le dynamisme de la Résurrection du Christ. Une fois de plus nous voyons que la parole de Dieu – avec les apôtres, les disciples, hommes et femmes qui ont rencontré le Christ et se sont laissés librement saisir par lui – fait preuve d’une puissance de Vie étonnante dans la vie concrète de celles et ceux qui l’accueillent.

Tous ceux qui ouvrent leur cœur à la prédication de Philippe sont touchés, nous dit la 1ère lecture, par la puissance de la vie divine qui se déploie dans tous les domaines de leur vie. Faire mémoire de ces beaux passages de l’écriture ne veut pas dire commémoration du passé, mais cela veut dire que la puissance de la Résurrection du Christ dans sa parole est toujours aussi active et actuelle pour ceux et celles qui osent l’accueillir d’un cœur confiant et libéré de toute peur.

« Ne crains pas ! Car je serai avec toi ! ». « N’ayez pas peur ! ». Ce sont des mots que nous avons besoin d’entendre aujourd’hui, car il y a de quoi avoir peur, à craindre pour les autres et pour soi dans notre contexte. Ces mots, « Ne crains pas, n’aie pas peurs… », courent tout au long de la bible. Ils sont utilisés par les prophètes à l’adresse du peuple opprimé par l’angoisse, la peur comme lorsqu’il est coincé sans issue entre la Mer rouge et les chars de guerre des Égyptiens. Jésus aussi les reprend un certain nombre de fois, souvent en s’adressant à ses disciples, au « petit troupeau » qui le suit, qui a de quoi avoir peur en de nombreuses situations lui aussi. Alors Jésus leur dit souvent « n’ayez pas peur » « ne craignez pas ». Même lorsqu’ils subiront des persécutions à cause de son nom. Dans ces circonstances, Jésus insiste en leur disant qu’ils ne devront craindre aucune force humaine, aucune situation humaine parce que celles-ci peuvent ôter la vie du corps mais pas celle de l’âme et parce que Dieu ne les abandonnera pas au temps de l’épreuve.

Jésus, dans l’évangile de ce jour, nous prépare à ce chemin de foi et de confiance qui transforme notre vie. En parlant des commandements et de l’envoi de l’Esprit Saint, nous sommes convoqués par Jésus à parler de l’essentiel de notre vocation à tous, vocation à l’amour. C’est ce que Jésus leur rappelle en leur disant « si vous m’aimez, vous garderez mes commandements ». La grande victoire de Pâques, c’est celle de l’Amour. C’est ce que Jésus a demandé à ses disciples : « Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres » (Jn 15,17). C’est très émouvant quand on relit tout ce passage du commandement de l’amour : Jésus dit à ses disciples qu’il les a choisis et établis afin qu’ils portent du fruit et que ce fruit demeure. Il ajoute même une grande promesse : « Tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous l’accordera. » (Jn 15, 16). Frères et sœurs, ce n’est pas rien comme promesse, si nous la prenons au sérieux. Mais il pose ensuite une condition, une seule condition : « Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres ».

C’est sur cette unique condition que nous pouvons nous interroger et nous préparer magnifiquement pour la Pentecôte. Non pour nous culpabiliser, mais au contraire pour identifier ce qui fait obstacle à la fécondité de nos vies et de nos diverses missions. Regardons ce qui se passe parfois dans nos paroisses, dans nos communautés ou mouvements : n’est-il pas vrai que nous perdons un temps et une énergie énormes en rivalités, jalousies et médisances ? N’est-il pas vrai que cela porte un coup terrible à notre crédibilité ? N’est-ce pas comme un boisseau posé sur notre lumière ? « A ceci, dit Jésus, tous reconnaitront que vous êtes mes disciples (et là encore il n’y a qu’une condition) : à l’amour que vous aurez les uns et les autres ».

Alors, chers frères et sœurs, laissons-nous embraser par le Seigneur. Embrasement qui deviendra élan nouveau en nous, chemin nouveau. Soyons ces bûches qui se laissent enflammer par ce feu « Je suis venu apporter un feu sur la terre et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ». Elles se laissent transformer en lui, en ce feu, au point de devenir comme le feu, de prendre la couleur du feu de l’Esprit Saint… Ce feu, c’est Pâques et Pentecôte, c’est l’Esprit Saint.

Disposons-nous, préparons nos cœurs, nos vies, nos âmes à ce que notre retour dans les assemblées, tant attendu, tant espéré et que beaucoup craignent aussi, ne soit ni refuge ni repli… mais vécu comme une communion fondée sur le don de soi, signe et témoignage du don de Dieu, de son amour pour nous… Plus que tout, en ce temps si particulier, nous voulons être baignés de son Esprit Saint qui fait de nous une humanité nouvelle, pour un monde nouveau. Quand nous reviendrons dans nos églises, notre cathédrale, nous écouterons le Christ nous dire, ne fermez pas les portes, mais gardez les grandes ouvertes sur le monde ! Marie en ce mois de mai, nous nous confions à vous pour préparer nos cœurs à se disposer au grand souffle de l’Esprit Saint de Pentecôte.

Périgueux le 17 mai 2020

+ Philippe MOUSSET
Evêque de Périgueux et Sarlat

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