Le père Jean-Louis Favard

Le père Jean-Louis Favard

Depuis trois ans déjà, j’ai la joie de célébrer la messe en prison tous les mois au centre de détention de Mauzac et tous les quinze jours à la maison d’arrêt de Périgueux.

Joie, car ces rendez-vous réguliers avec les personnes détenues et les membres de l’équipe d’aumônerie ont profondément transformé ma façon de célébrer et de vivre l’eucharistie.

Chacun de ces rendez-vous vient raviver en moi le don de l’Esprit reçu le jour de mon ordination. Dans ces lieux d’enfermement marqués par la violence et la souffrance, je suis un témoin privilégié de la grâce, témoin de ce que le Père fait germer dans le cœur de ses enfants blessés et mal aimés.

Ici point de chapelle ni d’oratoire, une simple salle, quelques chaises, une table recouverte d’une nappe des fleurs une bougie, voilà pendant une heure le lieu de la célébration de la Pâque du Christ. Ici tout est simplicité et dépouillement. A l’heure de la grande prière, les masques tombent naturellement, vulnérables, on est prêt à risquer la rencontre et à vivre la fraternité.

Dès le début de la célébration, avec la prière pénitentielle tout est dit de l’enjeu et de la gravité de ce rendez-vous : « Jésus, berger de toute humanité, tu es venu chercher ceux qui étaient perdus, tu es venu sauver ceux qui étaient pécheurs ».

J’expérimente alors quelque chose de la communion des pécheurs, ma solidarité avec ces hommes qui comme moi ont maille à partir avec le mal et le péché. Je découvre toujours plus la force et la violence des paroles prononcées. Force et violence du mystère de Pâque, puisque la vie l’emporte sur la mort, après la Parole et le Pain partagé, tout devient possible, tout est immense et j’entends cet appel au large, cet appel à la liberté. Tous ici ont du prix aux yeux du Père. Avec les membres de l’équipe d’aumônerie, je deviens riche de ces frères blessés qui me sont donnés à aimer et qui en retour me partagent leur espérance et me témoignent leur amitié.

Quand vient le moment de quitter la prison, avec ceux de l’aumônerie je récupère ma carte d’identité au poste de surveillance. Souvent en ce lieu, nos regards se croisent et nous restons en silence, bien conscients, comme ceux d’Emmaüs, d’avoir rencontré le Ressuscité.

P. Jean-Louis Favard
Vicaire épiscopal à la Solidarité