“Il faut que l’on nous regarde seulement comme les serviteurs du Christ et les intendants des mystères de Dieu…” (1Co. 4, 1)

Cette parole de l’Apôtre Paul met en lumière le cœur du combat qu’il a mené contre toutes les querelles de clans qui ont porté atteinte à la vie des communautés chrétiennes. Ce cœur n’est autre que le Christ et, avec lui, par lui et en lui, les mystères de Dieu. Pour cette raison,  Paul n’a pas cessé de s’élever contre toutes les formes d’esclavage qui empêchent de naître à la liberté à laquelle nous engendre l’appartenance au Christ. 

C’est dire que cette parole nous invite à revenir au cœur de notre mission de baptisés. Disciples de Jésus-Christ,  nous ne sommes pas les partisans d’une théorie ou d’une idéologie et, au sein des communautés dont nous sommes membres, nous n’avons pas davantage à initier ou à entretenir un esprit clanique, fut-il cet esprit de clocher ! Ainsi, le combat de l’Apôtre est aussi le nôtre… Et cela d’autant plus que, dans la société actuelle, nous pourrions trouver de nombreuses raisons pour légitimer une revendication identitaire et développer une stratégie qui consisterait à diviser pour mieux régner et, de cette manière,  à ne pas perdre ce que nous pensons posséder !

Or, qu’il s’agisse de la vie et de la mission des communautés chrétiennes dont nous sommes membres ou de notre situation de chrétiens dans la société actuelle, nous ne pouvons pas oublier que nous sommes les serviteurs du Christ ! En d’autres termes, nous ne sommes pas établis à notre compte, et nous ne pouvons pas prétendre être propriétaires de la grâce de Dieu à l’œuvre dans les cœurs. Pour cette raison, nous sommes appelés à ne pas prononcer de jugement prématuré ! Certes, nous ne sommes pas dispensés pour autant de tout discernement et d’une certaine lucidité dans le regard porté sur nous-même et sur les autres. Autrement dit, il ne s’agit pas ici de préconiser une attitude qui nous conduirait à dire oui à tout, ou encore à développer une forme d’indifférence face aux situations d’injustice, de violence, de rejet, d’exclusion…

Quelle que soit notre mission dans l’Eglise, nous sommes donc au service d’une réalité qui nous dépasse, d’un projet qui ne nous appartient pas puisqu’il est d’abord celui de Dieu.

Plus encore, comme disciples de Jésus-Christ ressuscité, nous avons à devenir, en ce monde, les témoins de l’espérance qui naît de la foi. Ce que nous rappelle le pape François dans sa récente exhortation apostolique “la joie de l’Evangile“ : “Il est vrai que, dans notre relation avec le monde, nous sommes invités à rendre compte de notre espérance, mais non pas comme des ennemis qui montrent du doigt et condamnent. Nous sommes prévenus de manière très évidente : « Que ce soit avec douceur et respect » (1 P 3, 16), et « en paix avec tous si possible, autant qu’il dépend de vous » (Rm 12, 18). Nous sommes aussi appelés à essayer de vaincre le « mal par le bien » (Rm 12, 21), sans nous lasser de « faire le bien » (Ga 6, 9) et sans prétendre être supérieurs, mais considérant plutôt « les autres supérieurs à soi » (Ph 2, 3). “ (n°271)

Cette mission peut nous sembler hors de portée… A moins que nous consentions à nous laisser aller à l’Esprit. Car c’est en nous laissant aller à l’Esprit que nous pouvons trouver les moyens adaptés de proposer la foi comme une source de liberté intérieure et de joie de vivre. C’est en nous laissant aller à l’Esprit que nous comprenons que la mission ne consiste pas à convaincre les autres du bien-fondé de notre foi mais à leur donner le goût de l’Evangile et, en partant du Christ, à leur donner la possibilité de faire l’expérience de sa Présence comme une source intarissable de Vie et de salut.

Alors, souhaitons que le temps du Carême soit pour chacun de nous, pour nos communautés, pour notre Eglise, ce moment favorable au cœur duquel, dans la mouvance de l’Esprit, il nous sera donné de nous ressaisir (cf. le message de notre évêque pour le Carême), pour être et devenir en ce monde des veilleurs et des éveilleurs de l’Espérance jaillie du tombeau vide au matin de Pâques.

 

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Thierry Niquot,
Vicaire épiscopal pour l’ensemble pastoral du Périgord Centre