La récente disparition de Nelson Mandela, le plus célèbre prisonnier politique du monde, fondateur de la ligue de la jeunesse du Congrès National Africain (ANC) et premier Président noir d’Afrique du Sud, a soulevé un élan unanime pour lui rendre hommage. La force de Nelson Mandela, Prix Nobel de la Paix, a été de rejoindre la personne humaine au cœur de sa dignité et il a tenté de reconstruire son pays sur cette idée qui l’habitait. Ainsi, inlassablement, il a travaillé pour la réconciliation.

Un regard, une parole peuvent tout changer. Dès son arrivée à la prison sur Robben Island, Nelson Mandela salue son gardien comme on le fait chez les zoulous : « Bonjour, bienvenue Monsieur Grégory ». Le gardien, oubliant sa fonction, lui répond à son tour en utilisant l’expression zouloue consacrée: « Je te vois ».

Quel bel exemple pour nous inviter à dépasser nos clivages et nos différends. Nous sommes souvent préoccupés par nos petits problèmes et nous oublions que l’autre qui est devant nous ou à côté de nous demande à être reconnu pour ce qu’il est et tel qu’il est. Nous sommes tous différents les uns des autres de par notre histoire, notre éducation, nos diverses relations, mais nous avons à reconnaître que la dignité humaine ne connaît ni couleur ni frontière. Tout homme a soif de liberté et il nous appartient de tout faire pour que nous dépassions nos peurs et nos préjugés. Il est facile de juger l’autre sur son aspect extérieur, mais il est plus difficile d’entrer en relation pour comprendre l’autre de l’intérieur. Cette démarche n’efface pas nos différences, mais elle ouvre un chemin vers une meilleure compréhension, une meilleure écoute de l’autre qui alors peut partager ses joies, ses peines, ses espoirs, ses projets.

Ce n’est pas parce que l’autre est différent, ce n’est pas parce que l’autre n’a pas les mêmes convictions que moi, que je dois le considérer comme un étranger ou pire encore comme un adversaire, un ennemi. Mais c’est précisément parce qu’il est différent qu’il peut m’apporter autre chose, qu’il vient m’enrichir.

La pire tentation qui peut traverser notre esprit et habiter notre cœur et tout notre être est celle de l’indifférence. Faire en sorte que l’autre ne compte pas pour moi, comme s’il n’existait pas, ceci est une attitude méprisable et qui dénote de notre part une piètre considération de notre propre personne. Aucun être ne peut se passer durablement d’entrer en relation avec l’autre et de confronter ses propres idées avec celles des autres. Il nous est durablement impossible de vivre sans objectif, de vivre sans donner sens à notre vie, il nous faut bien admettre de passer par des hauts et des bas selon les événements et les circonstances de la vie, mais ce qui nous fait grandir et nous épanouir, c’est rechercher à nous sortir des difficultés par le haut. Ce ne sont pas les ténèbres qui peuvent attirer, c’est bien la lumière qui nous éclaire, qui nous réchauffe et qui nous guide.

Pour moi, trois raisons me poussent à vivre nos différences comme une richesse, comme un bien à partager. La première raison est l’affirmation qu’il y a en chaque homme du sacré, ce qui implique le respect inconditionnel de l’autre. La seconde raison, c’est la liberté. L’homme est une créature libre capable de discerner et de choisir entre le bien et le mal. La troisième raison est de croire que la vie ne s’arrête pas à la mort. Tout ce que l’ on donne et tout ce que l’on reçoit sont, pour moi, autant de germes d’éternité.

Christian Belaud,
Vicaire épiscopal pour l’Ensemble pastoral du Périgord Vert,
curé de la paroisse Saint Jean-Baptiste en Nontronnais.

Texte paru dans le journal paroissial “Périgord Vert”, Février 2014