Virus, ténèbres, et lumière…

Chers amis, frères et sœurs,

Nous venons de vivre, déjà, le 4ème dimanche de carême et nous venons de le vivre non pas en communautés rassemblées dans nos églises, mais chez nous à la maison. Tout en ayant conscience de l’épreuve que nous devons endurer, qui peut se révéler plus difficile pour certains d’entre nous, nous faisons l’expérience que nous appartenons à une humanité commune et que nous sommes appelés à vivre notre foi dans ce contexte-là.

Dans le message aux catéchumènes (sur le site diocésain) j’évoquais que « l’illumination progressive de l’aveugle-né, était le modèle de tous les catéchumènes » mais nous devons ajouter qu’il est le modèle de nous tous. Ce qui me frappe chez l’aveugle par rapport aux pharisiens, c’est qu’il a une profonde conscience de son aveuglement, et, de fait, pour en sortir, il s’abandonne, enfin, à Jésus dont l’approche suscite en lui un laisser faire, un abandon confiant.  

Ce fameux virus,  dont la contagion nous frappe chaque jour un peu plus, non seulement nous plonge dans l’inconnu, mais il nous révèle une forme d’aveuglement sur nos modes de vies qui s’avèrent finalement bien fragiles, insuffisamment fondés sur « l’essentiel », sur ce qui est vital, sur ce qui peut donner un sens véritable à notre vie, à notre monde et à notre planète Terre.  Et nous avons entendu l’évangile de ce 4ème dimanche de carême qui montre Jésus face à l’aveugle. Comment ne pas y être doublement attentif !

Et dans cette approche progressive, par étape, par la parole, l’attitude de fond et le geste, il s’abandonne dans la foi et la confiance. Il voit son existence sollicitée au fur et à mesure que Jésus l’approche et cela ne peut que le faire entrer dans un processus d’ouverture intérieure, d’éveil de sa vie intérieure par une authentique rencontre, relation. Jésus ne “prend pas possession”, mais il vient « habiter », « demeurer » avec la personne et établir une rencontre, une relation puis une Alliance pour une promesse de Vie. Puissions-nous, nous aussi, nous laisser approcher, saisir par Lui en reconnaissant notre aveuglement, afin que la lumière puisse entrer. Dieu ne craint pas d’opérer en passant par nos faiblesses et nos fêlures…

Puis Jésus mêle de la salive à de la terre (peu recommandable en période d’épidémie !!!) pour la répandre sur les yeux de l’aveugle qui guérit en se lavant à la piscine. Cette boue que Jésus fabrique avec sa salive et la terre pour l’enduire sur les yeux de l’aveugle n’est pas sans rappeler la création et le potier de la Genèse qui façonne sa créature. Alors, le geste de Jésus vis-à-vis de l’aveugle, nous pouvons l’accueillir aujourd’hui et maintenant comme un geste re-créateur pour un monde à re-modeler, un monde qui a besoin, et moi également, de se laisser façonner pour ré-apprendre à recevoir la vie comme un don et non vouloir tout maîtriser par soi-même. Faire l’expérience humble et humanisante que l’on ne peut pas toujours se sauver que par soi-même !

Méditons, prions cet évangile et laissons-nous évangéliser par ce récit, par cette parole. La Parole de Dieu, chers amis, nous permet de voir clair, de mieux voir, de mieux saisir où nous devons aller. La Parole de Dieu clarifie le regard ! Et cette Parole, c’est Jésus lui-même. Plus nous la prenons au sérieux, plus nous la méditons, plus nous nous en nourrissons, et plus elle nous accompagne, nous guide, nous conduit sur des prés d’herbe fraîche, vers les eaux tranquilles, sur le juste chemin.

Que le confinement d’aujourd’hui nous aide tous à voir ce que nous ne savions plus regarder : la fragilité de notre monde et notre besoin urgent de fraternité. Que Jésus le Christ vous bénisse et qu’Il vous garde ! Amen !

+ Philippe Mousset, évêque de Périgueux et Sarlat
Illustration : Jean-François Kieffer

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