Depuis de nombreux mois l’expression « pour tous » semble être devenue le qualificatif le plus répandu dans les débats qui agitent notre société et, par ricochet, nos communautés chrétiennes ! Et il faut bien reconnaître que l’éthique, dont l’enjeu est pourtant une saine régulation du vivre-ensemble, n’a pas toujours été honorée au cours de ces débats.

Alors pourquoi pas une « éthique pour tous » qui fait de la conscience le critère ultime de la moralité d’un acte ? Autrement dit une éthique qui reconnaît à tout homme le droit et le devoir d’agir selon sa conscience.

La liberté de conscience, tant revendiquée de nos jours, est inscrite au cœur même de l’Evangile et de l’enseignement du Christ (dont le Magistère de l’Eglise est le garant), ainsi que le rappelait le Concile Vatican II, dans sa déclaration sur la Liberté religieuse. « C’est par la médiation de sa conscience que l’homme perçoit les injonctions de la loi divine ; c’est elle qu’il est tenu de suivre fidèlement dans toutes ses activités pour parvenir à sa fin qui est Dieu. Il ne doit donc pas être contraint d’agir contre sa conscience. Mais il ne doit pas être empêché non plus d’agir selon sa conscience. » (Dignitatis humanae, 3b, 1965).

Saint Paul le disait autrement : « Tout est permis. », ajoutant aussitôt : « Mais tout n’est pas profitable. » (1Co 10, 23). L’appel à la conscience ne dispense donc pas de la réflexion ! Il suppose une certaine intelligence des situations qui permettra d’agir aussi raisonnablement que possible.
En effet, même si elle est le propre de l’homme, la conscience a besoin d’être formée, éclairée. Elle va de pair avec le sens de la responsabilité. Le signe d’une conscience authentique, c’est sa capacité à assumer les conséquences des actes posés et son aptitude à en répondre devant soi, devant les autres et devant Dieu.

De plus, il n’y a pas de conscience véritable sans discernement. Discerner, c’est évaluer les possibilités qui se présentent, envisager les risques, et choisir ; prendre une option la meilleure possible. Cela demande tout un travail de recherche qui est nécessaire pour distinguer le vrai du mensonge, le bien du mal, etc.

Agir en conscience ne consiste donc pas à adopter purement et simplement l’avis majoritaire, ni à se conformer à une sorte de prêt à penser ! C’est au contraire, au terme d’une démarche de réflexion, de discernement, risquer un choix et assumer les conséquences de la décision prise !
Cependant, même formée et éclairée, la conscience reste fragile. Après avoir évité le piège du subjectivisme, il lui faut encore se préserver du double danger du rigorisme et du relativisme. Cependant, rappelons-nous que pour un chrétien, l’éthique n’est rien d’autre que la mise en œuvre de l’unique commandement du Christ : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » !

Abbé Jean-Michel Bouygues
Vicaire général

P. S. : Un Groupe de Réflexion Ethique existe sur le diocèse. Il est à la disposition de ceux qui souhaiteraient approfondir, avec d’autres, la question éthique.