L’année 2016 a été choisie par le pape François comme année jubilaire de la miséricorde. Si Mgr Mousset dans son texte est revenu sur l’étymologie et le sens du mot miséricorde, la signification du terme jubilé reste floue pour beaucoup d’entre nous. Le Père Thierry Niquot nous éclaire sur le sujet pour mieux nous parler du sens de ce jubilé et du Pèlerinage qui sera proposé à la cathédrale Saint-Front de Périgueux.

UN JUBILÉ… C’EST QUOI ?

Dans le langage courant, le mot “jubilé“ est utilisé pour désigner l’anniversaire joyeux d’un évènement dont les effets se prolongent dans le temps (un mariage, le règne d’un monarque…).

Le mot “jubilé“ est une traduction du terme latin “jubileus“, formé à partir du verbe “jubilare“ : pousser des cris de joie.

Le terme latin “jubileus“ a été formé à partir de l’hébreu “yobel“ qui désigne la corne de bélier utilisée comme une trompette pour annoncer la grande solennité des Juifs célébrée tous les cinquante ans.

Ce petit détour par l’étymologie du mot “jubilé“ souligne que l’origine de cet anniversaire joyeux se trouve dans la Bible et plus précisément dans l’Ancien Testament. La Loi de Moïse fixe, en effet, une Année Sainte tous les cinquante ans. La célébration de cette Année Sainte prévoit notamment la restitution des terres à leurs anciens propriétaires, la remise de toutes les dettes, la libération des esclaves et le repos de la terre (jachère). [cf. Livre du Lévitique 25, 10-13]

Dans la tradition catholique, le premier jubilé a été convoqué en 1300 par le pape Boniface VIII. Avec ce premier jubilé, il s’agissait de célébrer dans la joie le 1300ème anniversaire de la naissance de Jésus le Christ.

Depuis ce premier jubilé, on compte 25 Années Saintes qualifiées d’ordinaire (en référence à l’an 0 considéré, à tort, comme l’année de naissance de Jésus, le Christ). Mais, l’histoire de l’Eglise catholique comporte aussi des Années Saintes qualifiées d’extraordinaire comme par exemple celle qui ont été convoquées par le pape Jean-Paul II, en 1983, pour le 1950ème anniversaire de la mort et de la résurrection de Jésus le Christ (datée en l’an 33), et en 2000, pour l’entrée dans le 3è millénaire.

Ainsi, le Jubilé de la Miséricorde, convoqué par le pape François pour l’année 2016, est une Année Sainte extraordinaire.

LE JUBILÉ DE LA MISÉRICORDE…  POURQUOI FAIRE ?

Relisons ce que le pape François écrit dans le texte qui annonce le Jubilé de la Miséricorde :

“A travers sa parole, ses gestes, et toute sa personne, Jésus de Nazareth révèle la miséricorde de Dieu […] La miséricorde, c’est l’acte ultime et suprême par lequel Dieu vient à notre rencontre. La miséricorde, c’est la loi fondamentale qui habite le cœur de chacun lorsqu’il jette un regard sincère sur le frère qu’il rencontre sur le chemin de la vie. La miséricorde, c’est le chemin qui unit Dieu et l’homme, pour qu’il ouvre son cœur à l’espérance d’être aimé pour toujours malgré les limites de notre péché […] Il y a des moments où nous sommes appelés de façon encore plus pressante, à fixer notre regard sur la miséricorde […] C’est la raison pour laquelle j’ai voulu ce Jubilé Extraordinaire de la Miséricorde, comme un temps favorable pour l’Eglise, afin que le témoignage rendu par les croyants soit plus fort et plus efficace. “ (Bulle d’indiction, avril 2015, n°1-2 et 3)

Cette Année Sainte est donc un moment privilégié proposé à tous les catholiques pour faire l’expérience de la miséricorde de Dieu manifestée en Jésus-Christ et pour témoigner, en paroles et en actes, de cette Bonne Nouvelle auprès de tous, et plus particulièrement des petits et des pauvres, de celles et ceux qui, dans nos sociétés, sont exclus, méprisés, ignorés.

LE JUBILÉ… UN PÉLERINAGE…

L’Année Sainte de la Miséricorde commence le 8 décembre 2015 et s’achèvera le 20 novembre 2016. Le début de l’Année Sainte est signifié par le rite de l’ouverture d’une Porte Sainte à St Pierre de Rome. C’est le pape, l’évêque de Rome, qui ouvre cette Porte.

Dans le cadre du Jubilé de la Miséricorde, la porte sainte est appelée “Porte de la Miséricorde“. Le pape François a demandé que chaque évêque ouvre dans la cathédrale du diocèse dont il a reçu la charge une “Porte de la Miséricorde“, le dimanche 13 décembre 2015.

Pour le diocèse de Périgueux et Sarlat, la “Porte de la Miséricorde“ sera ouverte par notre évêque à la cathédrale St Front de Périgueux.

Ouvrir une porte, c’est donner à chacun la possibilité d’entrer dans un lieu, et, ce faisant, d’accomplir un déplacement de l’extérieur vers l’intérieur.

Ainsi, du point de vue symbolique, passer par la Porte de la Miséricorde, c’est manifester notre volonté d’entrer plus avant dans l’expérience de la Miséricorde de Dieu pour mieux en vivre et en témoigner.

Cette perspective laisse espérer qu’une fois passé cette porte, le cheminement accompli nous permette de ressortir autrement, transformés, renouvelés par la Miséricorde de Dieu.

Ainsi, l’un des signes particuliers de l’Année Sainte est le pèlerinage, celui que des personnes vivent, en allant jusqu’à Rome ou dans l’un des lieux où a été ouverte une Porte sainte.

Le pèlerinage “est l’image du chemin que chacun parcourt au long de son existence. La vie est un pèlerinage, et l’être humain un viator, un pèlerin qui parcourt un chemin jusqu’au but désiré. Pour passer la Porte Sainte à Rome, et en tous lieux, chacun devra, selon ses forces, faire un pèlerinage. Ce sera le signe que la miséricorde est un but à atteindre, qui demande engagement et sacrifice. Que le pèlerinage stimule notre conversion : en passant la Porte Sainte, nous nous laisserons embrasser par la miséricorde de Dieu, et nous nous engagerons à être miséricordieux avec les autres comme le Père l’est avec nous. “ (Pape François, Bulle d’indiction, avril 2015, n°14)

A l’intérieur de la cathédrale St Front, une fois passé la Porte de la Miséricorde, un itinéraire spirituel est proposé aux pèlerins.

Il commence au baptistère se continue avec la statue du Sacré Cœur, puis le retable de l’Assomption de la Vierge Marie, la 12ème station du Chemin de croix (Jésus meurt sur la croix), pour se terminer au niveau des vitraux des Béatitudes, et plus précisément du vitrail qui symbolise la Béatitude proclamant “Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde“.

Avec cet itinéraire spirituel, ce cheminement à l’intérieur de la cathédrale, il s’agit pour tout pèlerin de faire mémoire dans l’action de grâce de l’infinie miséricorde de Dieu… Cette miséricorde qu’Il nous a manifestée au jour de notre baptême… Cette miséricorde dont Jésus-Christ est le visage dans notre histoire… Cette miséricorde qui par le oui de la Vierge Marie est venue jusqu’à nous…Cette miséricorde dont la vie livrée de Jésus le Christ, dans sa mort et sa résurrection, est la source pour que nous ayons la vie… Cette miséricorde dont nous sommes appelés à être les témoins par le don de l’Esprit Saint.

Un livret sera disponible pour aider les pèlerins à vivre cette démarche spirituelle.

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