Visuel 11 novembre

“Le don de soi, dans la charité et le dialogue, au service de la paix”

Deux femmes bibliques, veuves et pauvres, sont proposées par la liturgie en ce jour où nous célébrons le centenaire de l’armistice. Avec St Martin que nous fêtons aujourd’hui, ces figures projettent une lumière particulière sur cet évènement.

Frères et sœurs, chers amis,

Nous savons que les deux femmes dont il est question dans la première lecture et l’Evangile, sont veuves, sans soutien sûr, ni sur le plan humain, ni sur le plan économique. Mais elles ont deux caractéristiques : elles ont choisi l’abandon total à Dieu, la pleine disponibilité à la parole de Dieu et à la prédication de Jésus. Parmi d’autres choix possibles, elles ont considéré délibérément que Le Règne de Dieu annoncé par la parole et prêché par le Christ n’a pas de prix, mais celui-ci vaut tout ce qu’une personne possède, et fonde l’engagement total de soi sur ce chemin.

Ça me fait penser à St Martin, dont c’est la fête aujourd’hui. L’histoire du soldat Martin. Sur sa route, dans un hiver très froid, alors qu’il avançait sur son cheval, revêtu de son manteau épais, il a vu devant lui un homme misérable, sans défense, presque sans vêtements, abandonné de tous. Il l’a vu et, comme le Bon Samaritain, il s’est arrêté et il a vêtu ce pauvre de son manteau. Alors qu’il fait froid, il a donné son manteau pour le bien de l’autre. En se dépouillant de son vêtement, ce soldat Martin devient un grand témoin de la bonté qui sauve, à l’image du Christ Jésus. En donnant, tout en se donnant lui-même, il va marquer profondément son époque. Au milieu même de la grande pauvreté et des violences qui détruisent et qui tuent, il montre que l’espérance est toujours possible et parfois même l’espoir de réconciliations apparemment impossibles.

Il met en lumière la beauté de l’engagement multiforme pour le service du bien d’autrui et du bien commun. Chaque expérience, petite ou grande, participe des petites victoires de la vie sur la mort et sur la violence. Autant de lumières qui nourrissent l’espérance en un monde meilleur.

C’est bien cela que nous voulons mettre en valeur ici, en cette cathédrale, en cette commémoration particulière, cent ans après, de l’armistice ; Le saint pape Paul VI, récemment canonisé, avait trouvé des mots pour le dire à l’ONU en 1965 en rappelant « … le sang de millions d’hommes, que des souffrances inouïes et innombrables (sans oublier les familles), que les inutiles massacres et d’épouvantables ruines, doivent fonder ce nouveau serment qui nous engage à changer l’histoire future du monde ». Il disait encore que la paix est fragile, jamais acquise, toujours à faire et à construire : « On n’a pas besoin de longs discours pour comprendre que c’est la paix qui doit guider le destin des peuples et de toute l’humanité ».

Comment ne pas rendre hommage aux artisans de paix, à ceux qui le sont dans leurs hautes responsabilités et à ceux qui le sont dans leur vie quotidienne ; La paix se construit dans les cœurs. C’est de là que partent les pensées violentes, les désirs de domination, le mépris des frères et sœurs en humanité, les appétits monstrueux. Oui, ce message « Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu » des béatitudes proclamé par Jésus, demeure toujours actuel, puissent nos cœurs en être le réceptacle pour aujourd’hui et demain.

Déployons tous nos trésors pour mettre en valeur tout ce qui concerne la recherche de la paix, du dialogue, rempart contre les replis sur soi, dans un monde profondément marqué par des violences multiformes et des conflits armés en certains endroits de notre planète. Nous voulons y contribuer ici, en ce moment, dans le respect et l’humilité : au cœur de la mort s’annonce la Résurrection du Christ, au milieu de la violence absurde et insensée renaît l’esprit de la paix.

Nos convictions pour promouvoir la paix et le dialogue, même dérisoires et fragiles face à toutes ces violences, croyons qu’elles sont vraiment comme des petites lumières qui éclairent notre vie et notre monde, des petites victoires de sorte que ne s’éteigne jamais la lumière dont nous sommes porteurs. Amen !

 

        …  + Philippe MOUSSET, Evêque de Périgueux et Sarlat

Share this post