Chers amis,

Je suis heureux de vous accueillir, avec les membres du Conseil Episcopal, pour cette cérémonie traditionnelle des vœux. La présentation des vœux ne relève pas, malgré les apparences, d’une démarche purement conventionnelle. En nous présentant des vœux les uns aux autres, nous manifestons véritablement notre souci du bien des autres… De ceux et celles qui nous sont proches, et de toutes les personnes avec qui nous vivons et travaillons. Et, nous pouvons être sûrs que cette nouvelle année est porteuse d’une telle espérance ! Je souhaite à chacune et chacun d’entre vous ici, et à tous les périgourdins, que l’année 2017 soit avant tout une année de paix. Nous avons besoin de paix, tout comme nos sociétés et l’humanité ont besoin de paix. Nous pensons notamment à nos frères en Syrie, en Irak et de tous les pays (bien trop nombreux) qui sont toujours en guerre. Nous désirons la paix dans notre société, parce que nous portons encore les blessures de l’année 2016 dues à la violence aveugle du terrorisme. Nous espérons pouvoir faire progresser cette paix en nous et autour de nous, par l’audace et le courage du dialogue, de la rencontre, de l’ouverture, de la connaissance mutuelle. Ne l’oublions pas : la guerre, la violence, c’est toujours la défaite du dialogue et de la rencontre et de tout ce qui est créateur de lien social… !

Je voudrais saluer fraternellement les autres confessions chrétiennes :

Nous venons de vivre, en différents lieux du diocèse, des célébrations œcuméniques dans le cadre de la semaine de l’unité des chrétiens. J’ai encore en mémoire la célébration vécue au temple de Périgueux. Cette année, le thème retenu nous invitait à faire reculer en nous ce qui nourrit les divisions, les préjugés, la discrimination, tout ce qui construit des murs entre nous et à reconnaître, en même temps, que le dialogue, les rencontres et les prières communes ont contribué à faire tomber des murs dans notre histoire. Comment ne pas le souligner à l’occasion de la commémoration commune de la réforme de 1517, c’est-à-dire cinq cents ans après ! Alors, chers amis, je souhaite que l’Evangile nous aide à avancer sur le chemin de l’unité et entretienne en nous ce goût pour le dialogue, la rencontre, la prière et la mission.

Je voudrais saluer aussi les représentants des autres religions :

Des liens d’amitiés demeurent entre nous dans nos religions respectives. Mais je voudrais aussi souligner les liens particuliers qui existent avec les différentes branches du bouddhisme présentes dans notre département.

D’autre part, depuis les tragiques attentats de Paris le 13 novembre 2015, des liens profonds se sont tissés entre des membres de la communauté catholique de Périgueux et des responsables de l’Association des Musulmans de Périgueux. De nombreux rendez-vous ont marqué l’année 2016, tels que la marche blanche à travers la ville, organisée à l’initiative de l’association « Union femmes et partage » le vendredi 29 juillet, en signe de solidarité avec la communauté catholique touchée par l’assassinat du père Jacques Hamel. Oui, le dialogue interreligieux devient, peu à peu, une réalité. La nomination d’un prêtre comme coordinateur de ce dialogue manifeste notre volonté de le développer.

Nous voulons témoigner que les religions reconnues à leur juste place, dans le cadre de l’Etat laïc, apportent leur contribution à la fraternité et à un véritable vivre ensemble respectueux des différences et de la liberté des individus.

Je tiens à saluer, bien évidemment, mes frères et sœurs catholiques du diocèse :

Chers amis, vous venez de différentes paroisses de notre diocèse, ainsi que des Services diocésains et des mouvements. Vous le savez : nous avons reçu, au jour de notre baptême, la responsabilité d’incarner le message du Christ et la vision chrétienne ; non seulement pour les hommes et les femmes de nos communautés, mais aussi dans toutes les réalités de l’existence personnelle, relationnelle, professionnelle, sociale.

Dans le respect de la laïcité qui « n’est pas la négation du fait religieux » comme l’ont souvent rappelé différents Ministres de l’Intérieur à l’occasion des rencontres avec les représentants des religions, la parole de l’Eglise ne sera jamais ringarde tant que les croyants lui donneront corps et sauront proposer des rapports sociaux fondés sur le respect de la vie, de la personne, de la dignité humaine et l’attention à celles et ceux qui sont en situation de précarité, de souffrance, de marginalisation, ou encore d’exclusion.

C’est ce que l’ensemble de notre Eglise diocésaine essaie de vivre humblement sur cette terre aimée de Dieu qu’est notre beau Périgord.

L’année écoulée fut dense ! Je mentionnerai très brièvement tel ou tel évènement :

 La journée diocésaine du 1er octobre à Périgueux et la découverte d’une vingtaine d’ateliers d’initiatives missionnaires nouvelles autour de l’annonce de l’Evangile, avec l’apport du Père Philippe Lefèbvre, Dominicain. Cette journée nous a aidé à redécouvrir que la Parole de Dieu donne du sens et du goût à notre vie et que, pour cette raison, nous sommes envoyés dans le monde pour faire connaître et partager ce trésor qui nous a été confié !

L’ordination de Mr Stéphane Julien, diacre permanent, une joie pour notre Eglise diocésaine qui est invitée, à travers le ministère des diacres permanents, à ne pas oublier qu’elle est appelée à être servante de tous les hommes, et en particulier de ceux qui sont situés aux périphéries du monde et de l’existence, de ceux qui se tiennent sur le seuil de notre Eglise !

Mais encore, les activités proposées par la Pastorale des Jeunes, avec les JMJ en Pologne, la Church Academy et le Pélé VTT qui marquent si profondément les jeunes, sur le sens de leur vie et la beauté de l’engagement, du don de soi pour construire avec d’autres une société plus juste et plus fraternelle, à la lumière de l’Evangile.

Je mesure que tous ces temps forts diocésains sont possibles grâce à la vie locale des aumôneries, de la catéchèse, des paroisses, des mouvements de jeunes !

Je note aussi le redémarrage de l’Ecole de la Foi et le nouveau départ du Pôle Annonce la Foi. Je n’oublie pas l’Enseignement Catholique qui, ici en Dordogne, avec 6000 élèves et plus de 800 adultes enseignants ou personnels d’administration, propose un projet éducatif et pastoral au service de l’éducation des jeunes.

Je pense au Conseil de la Diaconie, et à tous ceux et celles qui sont engagés d’une manière ou d’une autre dans des œuvres de solidarité ou caritatives : à chaque fois que le lien social se distend, se détruit, nous savons que cela conduit toujours à aggraver la crise que nous traversons ; à l’inverse, chaque fois que nous devenons des créateurs de liens, que nous construisons des ponts et non pas des murs, nous contribuons à réduire les inégalités et à faire reculer la crise.

Je n’oublie pas l’engagement d’un certain nombre de catholiques dans le monde de la santé, auprès des personnes âgées et des personnes malades.

Je n’oublie pas, non plus, ce beau travail de proximité accompli par les membres des équipes d’Aumônerie des trois établissements pénitentiaires de notre département.

Je salue donc avec joie et reconnaissance l’engagement des catholiques dans la pastorale et la mission de l’Eglise.

Et merci aux prêtres et aux diacres pour l’exercice de leurs beaux ministères. Je veux leur redire, ce soir, ma proximité spirituelle, mon amitié et mon affection fraternelle.

Je salue avec joie et reconnaissance les religieuses, religieux et consacrées. Leur présence manifeste humblement et simplement la proximité du Christ dans le quotidien de la vie.

Pour l’avenir, nous sommes invités à poursuivre cette dynamique missionnaire de l’annonce, de la transmission et du partage, de la solidarité et de la charité.

Nous réfléchissons, sous l’égide de la Commission d’Art Sacré, suite à la demande de nombreux maires de Dordogne, au projet d’une rencontre entre les services d’état chargés du patrimoine, l’union des maires de Dordogne et les affectataires, concernant le patrimoine religieux et sa conservation.

Je voudrais dire quelques mots sur les territoires ruraux en recomposition et les paroisses qui s’interrogent aussi sur la présence de l’Eglise en rural :

Depuis le mois de septembre, une équipe, coordonnée par un prêtre, a reçu la mission d’observer et d’approfondir la présence de l’Eglise aujourd’hui dans ce que l’on appelle « le monde rural », un monde complexe, composé de plusieurs ruralités, ce qui rend la mission plus délicate mais la diversifie et l’enrichit d’autant.

L’Evangélisation dans la ruralité profonde se poursuit ainsi dans notre département, humblement, à petits pas, mais avec confiance.

Nous sommes témoins qu’au milieu même de ce qui change, de ce qui s’effondre, se défait, se développent des solidarités, des initiatives qui ouvrent des perspectives nouvelles, souvent fragiles mais réelles. Tout un travail se fait pour créer du lien. Des espaces de rencontres, de paroles se vivent déjà et restent attendus.

C’est la mission de l’Eglise que de participer, d’une manière ou d’une autre, même modestement, à ce travail de lien entre les personnes dans le respect des particularités et des différences. Avant le succès immédiat des initiatives, il faut naitre, croître avec la fragilité des commencements. « La grande richesse de la spiritualité chrétienne, générée par vingt siècles d’expériences personnelles et communautaires, (peut offrir) une belle contribution à la tentative de renouveler l’humanité. […] La spiritualité chrétienne propose une autre manière de comprendre la qualité de vie, et encourage un style de vie… capable d’aider à apprécier profondément les choses sans être obsédé par la consommation. » (Et le succès immédiat) aime à répéter le pape François.

Pour nous insérer dans une sociologie territoriale, l’équipe Mission en Rural a pris conscience de la nécessité de rencontrer d’autres acteurs extérieurs à l’Eglise et à la sphère religieuse, comme des agriculteurs et des organismes divers qui agissent en milieu rural. Récemment nous avons rencontré le Secrétaire général de la préfecture, lequel, au cours d’un échange ouvert, intéressant et stimulant, a témoigné de l’attention particulière portée par les services préfectoraux au monde rural, évoquant les nombreux défis à relever, n’hésitant pas à aborder lui-même la situation de l’Eglise (dont la question des églises en tant que patrimoine) dans les campagnes et proposant d’entretenir un dialogue dans le respect des spécificités.

Dans cet esprit, nous avons pris contact également avec le Conseil départemental : une première rencontre est prévue dans les jours qui viennent.

Encore quelques mots concernant le Jubilé de la Miséricorde :

A l’initiative du Pape François, nous venons de vivre ici en Périgord, comme dans toutes les Eglises diocésaines, le Jubilé de la miséricorde qui a été clôturé le 13 novembre à Périgueux et le 20 novembre à Rome ! Je suis convaincu que cet évènement propre à l’Eglise catholique a permis à beaucoup de personnes diversement situées au plan religieux, philosophique, de découvrir la « grande et positive incidence de la miséricorde en tant que valeur sociale ».

Aussi ai-je à cœur, ce soir, de relayer l’appel du Pape François à l’adresse de tous les hommes et de toutes les femmes de bonne volonté, ici en Périgord : appel à donner vie, à promouvoir, « à faire grandir une culture de la miséricorde, fondée sur la redécouverte de la rencontre des autres : une culture dans laquelle personne ne regarde l’autre avec indifférence ni ne détourne le regard quand il voit la souffrance des frères ».

Nous avons conscience que le défi est de taille dans une société où tant de réalités pourraient nous conduire à la fermeture, au repli sur nous-mêmes, au recours à la violence par peur des autres… Mais le périgourdin est d’un naturel volontaire et n’est pas à un défi près !

Plus sérieusement, je souhaite que tout au long de l’année à venir, nous nous donnions les moyens de poursuivre la construction d’une société ouverte et accueillante, une société au sein de laquelle chaque personne est respectée dans sa dignité, une société au sein de laquelle se développe une véritable attention à toutes les personnes en situation de précarité, de souffrance, de marginalisation.

Avec une pensée particulière pour les réfugiés et les migrants :

La migration des populations a toujours été dans l’histoire un phénomène délicat et sensible. Les évènements dramatiques qui frappent les populations du Moyen-Orient ou d’Afrique jettent sur les routes des centaines de milliers de réfugiés, de véritables naufragés humains. Nous devons nous interroger sur la manière dont nous traitons les migrants qui arrivent en Europe. Tout en reconnaissant les difficultés de ce problème, nous tenons à redire notre disponibilité pour étudier en partenariat et dans le respect des différents acteurs, les moyens d’accompagnement et d’intégrations. Je salue, en particulier, le travail de la cellule de référence, des différents organismes et associations impliqués dans cette réalité.

Enfin, je ne vous apprends rien si je vous annonce que, pour notre pays, cette année sera une année électorale importante avec l’élection du président de la république et des députés :

Permettez-moi de souhaiter que les chrétiens soient de ceux et celles qui contribuent au respect des personnes, à travers des débats qui soient vraiment des lieux d’échanges sur les idées et les projets et qu’ils soient ainsi des témoins et des serviteurs de ce qui, dans une société, devrait toujours nous préoccuper, à savoir la recherche du bien commun, afin de nous prémunir contre toute tentation de repli et de crispation sur des intérêts seulement particuliers.

Je vous souhaite à tous une année de concorde et de paix. Bonne année !

        +… Philippe MOUSSET,  évêque de Périgueux et Sarlat