Nous avons probablement entendu parler de ces fuites massives de documents confidentiels qui ont déstabilisé le Vatican et donné lieu à une enquête approfondie pour tenter d’en identifier les responsables… Ces faits n’ont pas manqué d’étayer diverses théories de complots, allant même jusqu’à celle d’un coup d’état !

Il ne nous appartient pas ici de juger de la réalité de ces théories, ni d’engager une polémique à l’encontre des médias qui trouvent toujours l’occasion de s’en prendre à l’Eglise catholique et d’en dénoncer les dysfonctionnements… Probablement parce qu’une telle polémique s’avèrerait stérile mais aussi et surtout parce que les interrogations et les critiques des médias –si injustes puissent-elles nous sembler dans certaines circonstances– ne sont pas toujours dénuées de pertinence !

Les faits avérés et leurs dommages collatéraux, les insinuations auxquelles ils ont donné prise, sont l’occasion de nous interroger sur la manière dont le pouvoir est exercé au sein de l’Eglise… Et pas seulement au niveau du pape et des évêques, ni même au niveau de cette instance de gouvernement de l’Eglise qu’est la curie, mais aussi au sein de nos communautés chrétiennes… Parce que les conflits d’intérêts et de personnes, les luttes de pouvoir –secrètes ou affichées–, les jalousies de tous ordres, ne sont pas l’apanage de la bureaucratie vaticane que nous pourrions prendre plaisir à dénoncer, en l’accusant de porter atteinte à la mission même de l’Eglise en ce monde !

De fait, ces réalités –conflits, luttes, jalousies– peuvent aussi marquer la vie de nos communautés chrétiennes et contribuer à entretenir des rivalités et des divisions qui font obstacle à la communion et constituent un frein dans notre mission commune… Et je ne m’étends pas ici sur les dégâts causés par toutes ces rumeurs que nous déplorons dans les médias mais dont nous sommes parfois complices dans l’ordinaire de nos vies !

Pourtant nous avons tous présents à l’esprit l’appel de Jésus à devenir et à être des serviteurs quelconques, l’appel de Jésus à ne pas agir entre nous comme les grands qui font sentir leur pouvoir (Cf. Mc 10, 32-45).

Dès lors cet appel retentit en nous comme un chemin de conversion. Mais nous l’accueillons aussi comme une invitation à la vigilance au sein de nos communautés : une vigilance qui ne consiste pas à soupçonner qui que ce soit, encore moins à accuser les autres sans jamais nous remettre en question… Car, cette vigilance est à exercer dans la capacité à nous écouter et à nous parler, dans le respect dont nous rivalisons les uns pour les autres, dans le souci du bien de tous qui nous amène à reconnaître ce que chacun a d’unique et à mettre en commun nos richesses et nos pauvretés. 

N’est-ce pas là le chemin du Serviteur, de ce Seigneur et Maître que nous sommes appelés à rendre visible en paroles et en actes ? Car si l’autorité de l’enseignement de Jésus a été reconnue par nombre de ces contemporains, n’est-ce pas d’abord à la lumière du serviteur qu’il a été, ne retenant pas comme une proie à saisir le rang qui l’égalait à Dieu (Cf. Phil 2) ? N’est-ce pas avec lui, par lui et en lui, le Serviteur, que la mission de nos communautés peut trouver, dans l’Esprit Saint, un nouvel élan et rendre à ce monde un vrai service en manifestant la proximité du Règne de Dieu ?

P. Thierry Niquot,
vicaire épiscopal du Périgord Centre

Publié dans Eglise en Périgord N°12 du 9 juin 2012

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